David Bobée : Tout Annuler et Tout Payer !

David Bobée-Ouv-ParisBazaar-Vicaire

Avec un pied à Rouen, l’autre à Paris, et les deux un peu partout où le monde le réclame, David Bobée ne voyait que de loin le temps passer. Celui-ci l’a rattrapé avec un confinement qui a frappé de plein fouet l’ensemble du théâtre vivant et a entraîné pour le métier des conséquences qu’on espère ne pas être irréversibles.

Confronté à trouver dans l’urgence les moyens de colmater les brèches économiques que la situation a entraînées et de se positionner à plus long terme sur une réflexion autour de l’avenir même des spectacles, qu’ils soient à Paris ou en Province, le monde du spectacle fait face à des urgences auxquelles chacun s’emploie à répondre selon ses moyens.

David Bobée a contourné le problème en le prenant à bras-le-corps et, d’une certaine manière, à contre-courant.

Pour le Centre Dramatique de Normandie qu’il dirige ce sont 20 spectacles à Rouen et 60 en tournée qui ont été compromis par le Covid… compromis, annulés… mais payés !

David Bobée-CDN-ParisBazaar-Vicaire

En effet, les artistes et les techniciens, qui étaient appelés à les assurer ont bénéficié d’une décision de leur directeur qui leur permet de ne pas souffrir financièrement du maelström qui emporte le théâtre. Une solution qui ne pouvait pas s’adapter à toutes les spécificités du métier mais que Bobée, dans son souci constant d’être en accord avec sa pensée et ses actions, a décidé très rapidement de mettre en pratique.

Ainsi, le principe du « tout annulé et tout payé »  instauré au Centre Dramatique de Normandie, a répondu aux impératifs financiers et humains selon la philosophie égalitaire et humaniste de son directeur :

« Le CDN est composé de trois salles dont les jauges ne génèrent pas des recettes d’une importance qui mette en péril la maison si elles font défaut. Par contre, les subventions des structures institutionnelles nous étant déjà versées, il n’était pas question de les geler dans la perspective de reporter les spectacles à plus tard.

En plus de l’engorgement qui aurait perturbé les saisons déjà programmées,  les salariés auraient dû attendre, par chômage interposé, un retour hypothétique à la normale. D’ailleurs, la perte des recettes est compensée par la suppression des frais annexes qu’entraîne le fonctionnement d’un spectacle. De plus, nous avons mis en place un « billet solidaire » qui permet aux spectateurs qui le veulent de ne pas se faire rembourser et de se le réserver pour un spectacle à venir. »

En même temps, le confinement a aiguisé le regard qu’il porte sur les perspectives d’avenir qui s’offrent à lui. Pour cela, il ne faut pas regarder en arrière.

« J’essaie de ne pas m’arrêter au temps présent ni à la mélancolie qui pourrait m’assaillir. Je travaille sur l’avenir. Le théâtre, depuis qu’il existe, a traversé les régimes et les épreuves. À chaque fois, il en est ressorti plus fort en s’adaptant…

S’il faut un jour s’adapter, on s’adaptera. S‘il faut espacer, on espacera. S’il faut mettre des masques, on les mettra…

La situation nous force à faire travailler notre imagination, à envisager d’autres manières de vivre,  de montrer et surtout de regarder. » 

Il y a chez David Bobée une exigence avide de personnalités et d’émotions qui le pousse vers un théâtre de tous les possibles. Une démarche qui s’apparente dans son théâtre à de la prouesse physique dans sa direction d’acteur, et dans sa vie à de l’audace intellectuelle, toutes deux empruntes d’une vision sociétale sans concession.

On pourrait parler de provocation alors qu’il s’agit avant tout d’une témérité réfléchie. Et de la témérité, certains diront de l’inconscience, il en fallait pour confier, par exemple, à Béatrice Dalle, personnage improbable s’il en est, la responsabilité d’une Lucrèce Borgia qui faisait un sort au classicisme hugolien.

David Bobée-Elephant Man-ParisBazaar-Vicaire

Dalle, que l’on attendait au tournant, sut le négocier avec assez de démesure frémissante pour s’y montrer convaincante. Au point que, devenue la muse qu’il attendait, Bobée pour Elephant Man se risqua à reconstituer pour elle le couple qu’elle forma à la ville avec Joey Starr. Duo étonnant et détonnant qui fit les beaux soirs des Folies Bergères pendant près d’un mois.

Il y a chez lui une boulimie de l’expérience qui ne lui fait refuser aucune des opportunités qui se présente. D’une certaine manière, la crise sanitaire, pour douloureuse qu’elle soit, a aiguisé son regard. Elle l’a confirmé dans le sentiment que ce besoin vital d’être ensemble, paradoxalement mis en évidence par le confinement, a révélé cette rassurante force communautaire et que cette force, c’était pour une grande part le théâtre qui pouvait l’offrir au monde.

François Vicaire

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