Chants d’Honneur : Pour eux sonne le Glas

Chants d'Honneur-Dave Greenfield-ParisBazaar-Borde

La période du confinement aura été fatale pour bon nombre d’artistes renommés. Quelques-uns des plus grands s’en sont allés. Paris Bazaar se souvient.

Le confinement et le déconfinement nous auront eu jusqu’au bout. La musique, même si elle nous a réconfortés, aura payé un lourd tribut à cette saleté de coronavirus. De nombreux artistes ont succombé à cette saloperie. Parmi eux, Dave Greenfield. Ce nom ne vous dit peut-être rien… Et pourtant ! Ce musicien exceptionnel n’était autre que le clavier des Stranglers. Le groupe qui oscille entre pop et punk avait réussi à imposer une véritable marque, un «son» Stranglers grâce à Greenfield.

Parfois comparé à Ray Manzarek, le clavier légendaire des Doors, Dave Greenfield savait manier orgue et synthé de façon incroyable. Il suffisait de le voir sur scène pour s’en rendre compte. Une bière dans la main droite, il était capable de jouer un solo d’une seule main alors qu’il en faudrait au moins trois pour le commun des mortels.

Ses parties de clavier étaient toujours brillantes comme pour European Female, Nice In Nice (écrit après un concert en juin 80 à Nissa la bella qui avait dégénéré en baston générale), Always The Sun, et l’ hyper-célèbre Golden Brown, une valse dont le thème principal est l’héroïne, écrite par Hugh Cornwell et quasiment entièrement composée par lui. Pas mal pour un gars, fils de musicien professionnel, qui a appris à jouer du piano tout seul !

Sa plus grande performance reste sans doute sur la reprise de Walk On By. En 1978, les Stranglers, aussi appelés «Men In Black» de par la couleur de leurs vêtements, sont synonymes de rock lourd, de provocation et de violence. Aussi connus pour être des gros déconneurs, ils décident de reprendre ce standard de la soul écrit par Burt Bacharach au début des années 60, et interprété par Dionne Warwick, la cousine de Whitney Houston. À la différence près que la version des anglais est plus rude. Une basse ronflante et agressive, un chant totalement déglingué, et un clavier exceptionnel. Le solo de Greenfield fait partie des grands jeux de synthé, comparable à ce que joue Ray Manzarek sur Touch Me ou When The Music’s Over.

Même scénario en 1990 avec la reprise, plus fidèle cette fois, de 96 Tears, où le clavier de Greenfield est simplement sublime. Avec la mort de cet immense musicien, les Stranglers sont décimés. Rebondiront-ils ?… La tâche risque d’être difficile.

Autre artiste de légende, Manu Dibango a, lui aussi, été emporté par cette ordure de virus. Papa Manu, a été lâchement fauché, le 24 mars, à l’âge de 86 piges. Le pape du jazz et du funk africain a connu la gloire en 1972 grâce au mythique Soul Makossa, morceau connu mondialement, et repris ou samplé, voire modifié et/ou massacré, par divers artistes dont Michael Jackson,  Rihanna, les Black Eyed Peas, Will Smith, ou encore Kanye West. Tout a déjà été dit sur cet immense artiste de légende, d’une gentillesse colossale, proportionnelle à son talent.

L’afrobeat a été sévèrement touché durant cette période maudite. Tony Allen, le batteur nigérian de légende, est décédé le 30 avril à l’âge de 79 ans. Lui n’est en revanche pas mort du coronavirus mais suite à un malaise. Ce musicien génial, trop méconnu du grand public, a enregistré une quarantaine d’albums avec le groupe du légendaire Fela, dont il était aussi le directeur musical.

Son énorme technique et son sens du rythme hors du commun lui ont permis de jouer avec des artistes aussi variés que le génial Charlie Parker, Gorillaz, Jean-Louis Aubert, ou encore Sébastien Tellier. La batterie de La Ritournelle, c’est lui !

Cet homme savait tout faire. Lors de sa séparation avec Fela au début des années 80, après plus de trente albums en commun, le pionnier de l’afrobeat le remplace par rien de moins que quatre batteurs ! Tony Allen restera à jamais comme un des créateurs de l’afrobeat. Une perte inestimable pour la musique.

On ne peut pas non plus oublier Lucky Peterson. Le bluesman de Buffalo, dans l’État de New-York, avait commencé sa carrière à l’âge de 5 ans. Il avait été repéré par Willie Dixon, un grand représentant du Chicago Blues, alors qu’il jouait de l’orgue. Il passa ensuite à la guitare pour notre plus grand bonheur. Son style, plutôt blues-rock, a souvent été comparé à BB King ou Buddy Guy, deux artistes qu’il avait côtoyés.

Très ouvert musicalement, il s’était même essayé au reggae avec des morceaux comme The Blues Is Driving Me et au funk avec des titres tels que Pack It Up. À noter, sa reprise de Purple Rain, un chef d’œuvre du genre. Lucky Peterson est mort des suites d’un violent AVC survenu dans sa maison de Dallas, le 17 mai.

D’autres artistes sont morts durant cette sale période : Bill Withers (connu pour son interprétation d’Ain’t No Sunshine), John Prine (le «Mark Twain» des paroliers), Ellis Marsalis Jr (célèbre jazzman, multi instrumentiste, père de Brandon et Wynton Marsalis), ou encore Christophe (brillamment évoqué par Jean-Pierre Dionnet sur Paris Bazaar).

Tous nous laissent bien seuls. Mais on n’a pas fini de les écouter. C’est aussi à ça qu’on reconnaît les grands. Leurs sons, leurs musiques et leurs talents sont la promesse de leur éternité.

Laurent Borde

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