La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Vartan, Rivat et les autres

Eddie et Sylvie Vartan-Rock'n'Râleur - Paris Bazaar - Basset

Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

Dis-lui toi-même, Ducon !

J’ai toujours eu du mal avec les paroles de chansons basées sur les injonctions du style : « Bats-toi ! Libère -toi ! Vis ! etc…  » Au cas où on hésiterait sur une conduite à tenir dans la vie. Là, on a la solution. Suffit d’acheter le disque.

Mais le rejet intégral, l’urticaire, c’est le texte où le mec délègue avec le gimmick « Dis-lui ».

« Dis-lui, fais ça pour moi dis-lui » (Mike Brant). « Alors regarde ! » (Bruel). Bats toi pour être toi ! Ou « Dites-lui que je suis comme elle, dites-lui que j’ai peur pour elle » (Cloclo)…

Ces mecs-là, faut toujours leur faire leurs commissions. Ben, va lui dire toi-même Ducon ! Tu vas pas te salir et elle mord pas ! Vachement condescendant le mec : « Firmin, allez dire à cette fille qui en pince grave pour ma pomme-faut dire qu’il y a de quoi-que finalement je regrette pour la dernière fois et que je lui en remettrais bien un p’tit coup. »

Ca me rappelle le lycée. Y’avait toujours le mignon de la classe qui envoyait des coursiers dire à ses soupirantes que finalement peut-être. Et toi, comme tu te trouves pas terrible avec ton grand nez et tes yeux de chinois, tu l’envies. Il correspond aux normes du « vu à la télé » de l’époque quand toi tu te sens de bric et de broc, juste bon à aller te tirer sur la fronde avec un bouquin de femmes à poil.

Bref, je n’ai jamais écrit une chanson à base de « dis-lui ». J’aurais été très mal à l’aise avec mes droits d’auteur.

Sex-drugs-Rock-n-Roll-Rock'n'Râleur-ParisBazaar-Basset

Tombés au Champ d’Honneur

J’ai vu tous mes potes artistes, musique, cinéma, peinture ou autre, tomber les uns après les autres, d’alcool ou de « substances ». Ça me fait comme si j’étais sorti d’une tranchée avec eux pour monter à l’assaut de la vie et que je m’apercevais me retrouver tout seul. Ou presque. Morts au combat de leur art et de leur aspiration à une autre vie. Une vie qui ne crie pas sa réalité, avec ses mesquineries et ses routines et qu’ils se sont appliqués à masquer en s’embrumant le cerveau. 

Et moi c’était tout le contraire. Je voulais et je veux toujours être lucide. Voir les choses telles qu’elles sont, regarder la saloperie en face. C’est ce qui m’a « sauvé ». Je n’ai jamais touché un pétard, encore moins absorbé des hallucinogènes ou des trucs pour m’absenter du monde, même en doses homéopathiques, et j’ai toujours picolé limitrophe. Juste le confort convivial de l’alcool. 

Un des pires souvenirs de ma vie c’est mon premier groupe où j’étais le plus jeune et où les autres-des lascars qui travaillaient à la fonderie locale-m’avaient saoulé au bazooka. Cocktail qui consistait en un mélange de calva, de vin blanc et de kirsch. Ils m’avaient ramené en bagnole chez mes parents. Je suis tombé à plat ventre dans l’allée du jardin, estourbi et vomissant. Mon père m’a porté dans ma chambre où j’ai eu l’impression d’agoniser toute la soirée et toute la nuit.

Chère lucidité tu ne m’a plus quitté. Je veux voir le monde tel qu’il est sans cacher la merde du chat. Jusqu’où vont-« ils » aller ? Je veux assister à l’apocalypse gants blancs et sabre au clair, comme les Saint-Cyriens. C’est sûrement pour ça que je me shoote à la nostalgie et que je me suis pris à chérir la sincérité chez LA femme, moi que ça ne dérangeait pas de m’embrumer d’hypocrisie, il n’y a pas encore si longtemps.

Et c’est sûrement pour ça aussi que je ne me suis jamais pris pour un artiste. De voir mes potes talentueux payer le prix de leur talent au prix fort dans la défonce. Et leur survivre.

Eddie Vartan-Rock'n'Râleur-ParisBazaar-Basset

Trois Maîtres 

Victor Hugo écrivait : « J’eus dans ma blonde enfance hélas trop éphémère, trois maîtres : un jardin, un vieux prêtre et ma mère. »

Humblement, j’en ai eu trois aussi : Jean Michel Rivat, Eddie Vartan, Max Amphoux. Tous trois étaient, en plus, comme des grands frères pour moi. Je leur rends hommage parce que j’ai besoin de me mettre à jour avec eux. Deux sont partis, Eddy et Max. Jean-Michel est encore là. Je leur dois tout à tous les trois. 

Rivat était producteur d’un groupe dans lequel je jouais avec Langolff. Je voulais être le guitariste le plus rapide de ma région.  Plus rapide qu’Alvin Lee. Jean-Michel, qui était tombé sur un truc que j’avais écrit, m’avait dit: « Tu devrais plutôt aller par là parce que tu peux être le meilleur dans ta langue. Comme guitariste tu en trouveras toujours plein de bons sur ta route, en Angleterre, aux États-Unis ou en Belgique ». Je l’ai écouté et j’ai toujours vécu de ma plume, même si je ne suis pas le meilleur.

Avec Eddie j’avais une relation extraordinaire. On s’est aperçus qu’on avait les mêmes jurons en polonais qu’en bulgare. Face triviale de nos affinités ataviques. Grâce à lui, j’ai appris mon métier de parolier en écrivant pour sa soeur Sylvie. Je l’intriguais et je l’amusais. Il me donnait toujours rendez-vous devant les restaus, par exemple à 13 heures rue Vignon, et il arrivait à 13h 15. Pendant ce quart d’heure, il m’observait. Il me disait, rigolard : « T’es venu inquiéter dans mon quartier !? » On pouvait passer une heure du déjeuner à ne pas se dire un mot. On se comprenait. Celui qui venait se greffer à notre table était gêné et meublait, croyant qu’on était en froid.

Max Amphoux était un pro de haut vol. Il me faisait penser aux éclaireurs dans les westerns qui faisaient le boulot de fond que les tuniques bleues de l’armée régulière ne savaient pas faire. Max infiltrait les lignes ennemies, faisait les liaisons, jonglant avec les psychologies des boss du marché du disque. Quel découvreur ! De Bashung à Clarika et la grande Sophie en passant par Enzo Enzo ! Que peut-on faire d’autre avec un type de cette trempe qu’apprendre et se bonifier?

Ces mecs étaient d’une générosité et d’une humanité incroyables. Je dis « étaient « mais Jean-Michel est toujours dans la course . 

On n’entre pas comme ça dans l’amitié de ces gens-là. Ils m’ont fait entrer. J’ai dû la mériter. C’est ma grande fierté. C’est si bon de retrouver sa nostalgie parfois.

Francis Basset

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