La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Goldman et moi, surtout sans moi

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Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

Bobin, Houellebecq, Goldman et moi et moi et moi

Quoi de plus chiant quand vous écrivez quelque chose avec vos tripes, votre humeur du moment, suicidaire ou exaltée, que quelqu’un qui vous cite en écho une pensée de Houellebecq ou de Bobin, du style : « Tiens, prends ça dans ta gueule ! Tu t’es cru malin avec ta digression sur la beauté de l’âme féminine, regarde ce qu’il dit, Lui, le connu et reconnu, le gros vendeur, l’adulé. T’as vu comme c’est ressenti, vécu ?! »

Et toi t’es là : « Bon ben, (Bobin même), au temps pour moi. C’est vrai, maintenant que je me relis, j’ai l’air d’un con. Si j’avais su j’aurais pas écrit ce post, j’aurais balancé un truc à base de plantes pour l’érythème fessier ou une histoire drôle d’ UN AUTRE, D’UN VRAI, qui fait rire, estampillé « Vu à la Télé » . Qu’est ce que je regrette…! Bien sûr, Bobin….!

En plus, comme je ne fais pas mon intéressant que sur Facebook ou Paris Bazaar et que j’ai « vraiment » écrit des livres, si je râle rapport à la notoriété de Houellebecq ou de Bobin, je passe tout de suite pour un aigri, un envieux, un jaloux. Eh ben non, je ne suis rien de tout ça, et j’irais même jusqu’à dire que « j’aime beaucoup ce qu’ils font » , selon la formule consacrée.

Ce qui est gonflant, c’est l’attitude des gens face à une gloire entérinée, reconnue. Évidemment, sous les feux de la rampe, Brad Pitt a beaucoup plus de chances de fourrer que Jean Pierre Moulard de Touffreville-la-Corbeline, à physique et talent égaux. Et ce pauvre Jean-Pierre n’aura juste qu’à faire profil bas d’avoir joué dans des pièces à Rouen ou au Havre. Vous allez me dire que le but d’un beau talentueux n’est pas le rodéo à moustaches. OK, mais c’était juste un raccourci alors me faites pas chier !

Étant « aussi » parolier de chansons, j’ai beaucoup plus de mal avec Jean-Jacques Goldman. J’ai d’ailleurs tendance à  dire : « Quand la musique est bonne, c’est pas la sienne. » À chaque fois, on me le brandit comme référent absolu alors que ses chansons ne m’ont jamais troué. Les titres, déjà : Comme Toi, Là -Bas, Je te Donne… ça me fait un peu penser aux gaufrettes de mon enfance. Y’avait ce genre de truc écrit dessus : Demain…Tu viens?…Toi et moi…Un  jour, etc… On pouvait converser de gaufrette à gaufrette, ça marchait à tous les coups et dans tous les sens.

Et dans ses chansons, toujours ce besoin de s’identifier aux gens, de les embarquer, les pauvres. Ils sont tellement comme nous… Et la voix perchée tout là-haut… j’ai toujours peur qu’elle tombe. « Descends de là, bois un coup ! » , on a envie de lui dire.

Un jour, Patricia Kaas enregistrait une chanson à nous, Langolff et moi. Son manager est venu l’ interrompre en pleine prise de voix pour lui dire que Goldman était finalement d’accord pour lui faire une autre chanson sur son album. Ouf ! « De toute façon avec Jean-Jacques, c’est toujours bien » a lâché Patricia, ses beaux yeux bleus au bord du panard. Et nous, notre chanson, on a eu du pot qu’elle soit assez bonne pour figurer sur son album ?

Voilà. Je ne suis pas fou de Goldman, ça va finir par se voir et je vais me faire éreinter, mais je m’en branle. D’ailleurs, je vais monter le club de ceux qui n’aiment pas Jean-Jacques Goldman. On sera que trois ou quatre, je sais. Mais au moins, je pourrai faire ça dans ma cuisine.

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Chapeau pas bas du tout

Ça faisait trois fois que j’essayais d’acheter un chapeau sur Internet. Pour la bonne raison que je ne trouvais le modèle désiré chez aucun chapelier. Et trois fois, je l’ai retourné à l’expéditeur. Rien à voir avec le modèle que j’avais précisé sur photo, avec couleur, hauteur, largeur des bords, matière. À chaque fois, je recevais une espèce de crêpe orthodoxe, noire, en poils de cul de tamanoir, alors que j’avais demandé marron, et que j’avais spécifié « feutre » . 

Le dernier chapeau en date reçu, et renvoyé aussitôt, ressemblait à une soucoupe volante. Comment faut faire pour recevoir l’article qu’on veut ? Qui c’est le mec ou la nana qui prend ma commande ? Il /elle est aveugle ? Analphabète ? Bobo ? Il/elle nie la réalité de ma commande ? Il/elle est politisé (e) dogmatique ? Laxiste-Léniniste ? Il/elle interprète ce qui ferait mon bonheur ?

Et bien sûr, pas de numéro de téléphone où je pourrais m’expliquer sur le choix de mon modèle et rectifier en direct live. Non non. Direct, la queue à la Poste. L’expedition pour la réexpédition. C’est à dire une journée de foutue. Quand on sait qu’on va à la Poste, on ne peut pas dire : « Je vais à la Poste et après je… » Non. Il n’y a pas d’après à la Poste. Ni à Saint-Germain-des-Près. La Poste, et après le soleil se couche. J’ai posté un billet sur la Poste voici quelques jours. Système, je te hais. Je te pisse à l’arrêt du bus. Comme ce serait bon de te dévaster en coupe réglée… Je sais, ce n’est qu’un chapeau, ma colère. Mais Hitler, c’était qu’une moustache et une mèche à l’origine. On a vu ce que ça a donné.

Finalement, je l’ai fait faire sur mesure mon chapeau. Ça m’a coûté la peau des couilles, mais c’est le feutre que je voulais. En peau de couilles, en quelque sorte.

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Sois décibel et tais- toi !

Terrible ces gens qui vous imposent la musique. Au café ou au restau maintenant. Et fort. Tu ne peux plus parler à ton vis-à vis. C’est le bras de fer avec la brailleuse en suraigus et le rappeur en infra-basse. Quand il faisait si froid, dans un bistrot des Grands Boulevards, j’ai voulu avoir une discussion importante avec un pote autour d’un café. Impossible. Il nous aurait fallu maîtriser la langue des signes. J’ai demandé au barman de baisser un peu le son. Rien à faire. Alors on a pris le café dehors, par zéro degré, avec la tête chauffée au grille-pain et les couilles en surgelé. Merveilleux.

Y’a le voisinage aussi. J’ai demandé un jour à mon voisin immédiat de baisser, il a été surpris.

« -T’aimes pas la musique ?! »

« -Si, mais quand j’en ai envie, et LA MIENNE… Si ça ne VOUS dérange pas. »

C’est comme quand tu accompagnes une copine dans une parfumerie et que tu te fais asperger de Brut de Fabergé ou autre chimie outrancière olfactive. La vendeuse est toute surprise de ton esquive. Elle ne comprend pas que tu veuilles garder ton odeur corporelle, qui vaut ce qu’elle vaut puisqu’elle te parfume GRATUITEMENT.

Pour la musique, je morfle doublement parce que c’est, c’était, mon métier et ceux qui le savaient et qui m’ invitaient me mettaient systématiquement de la musique « pour me faire plaisir. » J’essayais de leur expliquer que c’était l’absence totale de musique qui me ferait un plaisir dingue. Quand on invite un dentiste, on ne lui met pas un bruit de roulette en fond sonore. Et quand on invite madame pipi, des bruits de chasse d’eau…

Voilà. J’ai encore fait mon bougon. Bientôt l’euthanasie. Ouf. Puisque c’est vers ça que tout tend insidieusement. Dégage, Francis ! Place au bruit ad nauseam.

Francis Basset

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