Rosemary nous écrit d’Avignon !

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Rosemary aime le théâtre tout le temps, même l’été. Surtout à Avignon. Comme beaucoup d’autres Parisiennes, elle a pris le temps de la belle parenthèse. Sa carte postale.

10 Juillet…
Je viens juste d’arriver sur Avignon. Dans le train, le Monde m’a prévenue. Cette année, le Off cumule environ 29 000 représentations !! Ah oui, quand même… sont fous, je ne pourrai jamais tout voir ! De toute façon, j’ai déjà fait mes choix.

Comme à chaque fois, je vais me mettre au frais sous mon figuier préféré, dans la cour du théâtre Buffon. J’y retrouve chaque année les amis pour boire la boisson à la mode d’Avignon. Elle s’intitule : « le Pac à l’Eau » , une eau délicieusement citronnée. Chacun son programme, chacune ses préférences, et ses indécisions. Moi, j’ai tout préparé à l’avance. Et ça s’annonce sportif. Deux à trois pièces par jour et marcher des kilomètres et des kilomètres. Mais il en faudrait beaucoup plus pour user la festivalière que je suis.

 

Maux d'Amour-ParisBazaar-Rosemary

Premier spectacle, Maux d’Amour, à 18h au théâtre la Luna.
Tirée du fabuleux film américain Tendres Passions (5 fois oscarisé), que Pierre Laville a brillamment adapté.  Avec la touchante Corinne Touzet et la très émouvante Salomé Villiers dans les rôles principaux. Il y a aussi Gregory Benchenafi, Yannis Baraban, ainsi que Marine Deshu.

Cette pièce retrace, sur 20 ans, la relation entre une mère castratrice mais toujours optimiste et sa fille qui mène sa vie comme elle l’entend malgré les réticences et les engeulades. L’histoire est bouleversante et toutes les mères se retrouveront dans le rôle qu’interprète, avec justesse et sensibilité, Corinne Touzet. J’en sors touchée, les larmes aux yeux.

Beaucoup de Bruit pour RIen-ParisBazaar-Rosemary

19H50, il me faut courir pour être à l’heure au théâtre du Roi René pour Beaucoup de Bruit pour Rien, de William Shakespeare. J’apprends que la mise en scène est de Salomé Villiers… je l’ai pas déjà vue quelque part ??… et de Pierre Hélie.

En Sicile, Don Pedro et ses troupes rentrent victorieux de guerre, accueillis chez Leonato. L’heure est aux réjouissances mais des amours se nouent, des rivalités aussi… Le comte Claudio aime la jeune Hero, fille de Leonato, mais le frère de Pedro va monter une machination pour faire échouer leur mariage.

Pierre Helie et Salomé Villiers ont su donner à cette comédie joie et dynamisme. Les comédiens se régalent. Le public aussi, littéralement sous le charme de cette jeune troupe, dont le bonheur de jouer ensemble est aussi palpable qu’irrésistible. J’adore aussi la chorégraphie de Johan Nus. Comment dire mieux ? On en redemande !!

Une mise en scène originale, des costumes superbes de Virginie Houdiniere et une distribution brillante… un beau cadeau théâtral comme Avignon sait parfois nous en offrir !!

Avec : Arnaud Denis, Pierre Hélie, Clara Hesse, Éric Laugérias ou Didier Niverd, Étienne Launay, Bertrand Mounier, François Nambot, Violaine Nouveau, Georges Vauraz, Salomé Villiers.

 

11 Juillet…

Tiens, on est déjà demain. Un petit café croissant au bar-tabac, la lecture des derniers articles sur Avignon, et zou ! C’est reparti ! À 11H25, je suis au théâtre Arto, qui propose Mimosa. Écrite et mise en scène par Amandine Raiteux, avec l’excellente Julie Cavanna, Molière de la Révélation Féminine en 2018 pour Adieu Monsieur Haffman,  Mimosa nous donne une envie grave de réfléchir sur le thème très dur de l’anorexie. Avec cette jeune fille, on se questionne en essayant, comme elle, de comprendre ce terrible mal être et ses troubles.

Ce problème grave et difficile est abordé avec une authenticité à la fois simple, superbe et poignante. Julie Cavanna se joue des écueils en apportant à son rôle douceur et sobriété, que vient intelligemment souligner la mise en scène, sensible et délicate, d’Amandine Raiteux. À voir, à vivre !!

Je me restaure à une table qui ne paye pas de mine mais au nom charmant, « Au Chapelier Toque ». Le hasard fait quelques fois bien les choses, je découvre au passage un gastro où chaque plat est une tuerie, mais sans le coup de fusil de l’addition. Je recommande !

16H10, je retourne au théâtre la Luna où s’affiche Comment Ça Va ? de Stephane Guerin, un auteur hors-normes, un homme qui aime les femmes. Il en parle si bien de ces femmes de 50 ans, qui abordent ce tournant de la vie. Comment le vivent-elles ? Comment les hommes qui les aiment le vivent-ils , eux aussi ?

Changements intimes, bouleversements, remises en question, désirs et séduction, passionnant ! La mise en scène, énergique et drôle, est signée de Raphaëlle Cambray. Avec la belle Florence Pernel, Patrick Catalifo, la sublime Rapheline Goupilleau et Pascal Gauthier.

19H10, je file au théâtre du Roi René où se joue aussi Ho Maman !, de Stephane Guérin. 

Comédie décapante  sur la famille et les rapports entre frères et sœurs, Ho Maman ! met en scène une fratrie qui se retrouve quelques jours avant les funérailles de leur mère. Vieux antagonismes, querelles à régler, l’heure du grand déballage a sonné, attention ça va ruer et remuer ! C’est très drôle et incroyablement incorrect ! Un bonheur !!

Un bonheur emmené par l’étonnant Guillaume Sentou, la tendre et drôle Alysson Paradis, le sobre Grégory-Antoine Magana et la virevoltante Garance Bocobza. Dans une mise en scène, en outre, superbement bien enlevée d’Hélène Zidi.

Je prolonge le plaisir en savourant un petit verre de rosé, juste un, avec Stephane Guérin et son producteur Jérôme Réveillère. On se sent toujours bien au Roi René… et demain peut attendre !

En ce temps là-ParisBazaar-Rosemary

12 Juillet…

11H10, chic ! Une nouvelle journée avignonnaise commence ! En cette fin de matinée, l’envie me prend de pousser jusqu’au théâtre théâtre Au Coin de la Lune, qui me tente avec En ce Temps-là, l’Amour. Une belle découverte !

Cette pièce de Gilles Ségal nous raconte la vie, la mort, la liberté, à travers la transmission du savoir entre un père et son fils, dans un train qui les conduit aux camps de la mort.

L’interprétation de David Brécourt et la mise en scène de Christophe Gand font de ce vibrant monologue un magnifique et grand moment d’humanité. À ne pas manquer !

Il faut que je retrouve un peu de ma sérénité, je m’installe à l’abri, sur la terrasse du théâtre Actuel, en attendant que sonne 15H30. Et je bois trois verres de ce délicieux thé à la menthe, trois au moins… délicieux, vraiment.

15H30, le rideau se lève sur Mauvaises Filles, d’Aurélie Bargem, qui pose la bonne question : aujourd’hui plus qu’hier, peut-on vraiment échapper à son destin de « mauvaise fille » ?

2001. Maud, jeune femme banale et sans histoire qui travaille à la Poste, voit sa vie bouleversée le jour où elle tombe sur une lettre égarée par les services postaux. Expédiée d’Irlande dans les années 80, cette lettre est adressée à un certain Chris Roberts. Avec sa collègue et copine Vava, elle décide d’enquêter sur ce destinataire inconnu, nous plongeant quarante ans plus tôt en Irlande, dans l’un des Couvents de la Madeleine où Rose, une timide fille-mère, est séquestrée et maltraitée avec d’autres jeunes femmes.

Une histoire dure et difficile. Une histoire vraie. Celle des jeunes filles-mères irlandaises dans les années 1960. Les nonnes, auprès desquelles ces jeunes femmes démunies et sans famille espéraient pouvoir trouver refuge, jouèrent un rôle effroyable.

Mauvaises Filles est la première pièce d’Aurélie Bargème . Elle l’a écrite et mise en scène. Avec une très belle distribution, Christine Bonnard, Charlotte Matzneff, Chloé Berthier, Gilles-Vincent Kapps, Natacha Krief et Marie Arnaudy. Belle découverte !

Bientôt 18h, je cours au théâtre Buffon, découvrir Marie des Poules, de Gérard Savoisien. La pièce nous raconte George Sand et Marie Caillaud. Deux femmes, deux destins, un même combat pour la liberté.

Lorsque, à onze ans, Marie Caillaud entre à Nohant au service de George Sand, elle ne sait pas encore qu’on l’appellera Marie des Poules, la servante qui va chercher les œufs au poulailler. Elle ne sait pas non plus qu’elle y apprendra à lire, à écrire, à jouer la comédie et à interpréter 35 pièces écrites par George Sand.  Elle sait encore moins qu’elle éprouvera les souffrances d’un amour qui va la marquer à vie. Maurice, le fils de George, entretiendra en effet avec elle une liaison qui la perdra.

Béatrice Agenin, qui incarne George Sand avec classe et sa servante avec humilité, est impressionnante. La comédienne se montre ici au sommet de son talent. Arnaud Denis, qui signe aussi la mise en scène, est sublime d’arrogance pour sa maîtresse et d’amour  pour sa mère.  

Marie des Poules, un conseil, foncez-y !!

Artaud Passion-ParisBazaar-Rosemary

13 Juillet…

On est déjà le 13 ?? Comment ça ? Aujourd’hui, dernier jour, je vais vraiment prendre tout mon temps…

12H30, j’ai rendez-vous avec Antonin. Il m’attend au théâtre du Roi René. Artaud Passion de Patrice Trigano dans une mise en scène d’Ewa Kraska, avec William Mesguich et Nathalie  Lucas.

Artaud Passion ou l’histoire d’une passion flamboyante pour ce génie de la poésie qu’était Antonin Artaud.

Florence est contaminée par la folie d’Antonin. Toute la pièce se vit dans la tête de la jeune femme, à travers un délire amoureux qui fait du poète un personnage de fiction, sous l’influence des hallucinations ressenties au cours de son voyage chez les Indiens Tarahumaras. Dans ses divagations, Florence mêle son parcours à celui d’Artaud qui nous apparaît comme un personnage psychédélique, tragique et flamboyant.

Puissance, force, poésie, amour des mots et du théâtre…  Passion Artaud est qui plus est porté par un William Mesguich transcendé, comme envouté lui aussi par Artaud. Immanquable !

Ensuite, petite visite au Palais des Papes avant de descendre tranquille vers le Chien qui Fume . « C’est dans la rue des Teintes ! » me renseigne un Avignonnais. « Pardon, vous êtes sûr ? » , je lui réponds. « Oui… enfin, des Teinturiers si vous voulez » il me dit. Ils ont un joli accent, dans le Sud.

19H10, je savoure ma dernière pièce à Avignon. Une Vie avec Clémentine Célarié.

« Une vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais » , c’est sur cette phrase, que s’achève le roman de Maupassant. Il nous raconte l’histoire de Jeanne, avec toutes les découvertes, les grandes joie , les plaisirs et la souffrance d’avoir un mari volage. Ce chef d’œuvre de la littérature française, Clémentine Célarié le porte seule en scène. Elle est époustouflante !

Une Vie ? Une claque !! Dont le souffle, je le sais déjà, va m’accompagner longtemps, même lorsque le train du retour m’aura ramenée à Paris.

Gare de Lyon, terminus. Gare d’Avignon, à l’année prochaine ! Et vivement !!

Rosemary

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