Au Théâtre ce soir : Canard Vibrant !

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Avec le Canard à l’Orange, dont il signe la mise en scène, Nicolas Briançon fait briller le Boulevard et régale le public de la Michodière. C’est tellement bon, parfois, de rire beaucoup !

Par ces temps qui courent de travers et qui n’invitent pas exactement au bonheur de vivre, on ne peut que se réjouir d’avoir trouvé au théâtre la parenthèse joyeuse et salutaire qui nous manquait cruellement. Les vents mauvais peuvent bien souffler toujours et encore, les rires qu’on partage en ce moment à la Michodière vont nous tenir chaud au minimum jusqu’aux beaux jours. Une salle qui se gondole comme celle-là, c’est typiquement le genre de symphonie qu’on aimerait garder avec soi, même quand tout sera fini.

Le Canard à l’Orange de Williams Douglas Home ou les quatre temps d’une valse folle dont un mari sur le point de tout perdre est le chorégraphe espiègle et inventif. D’autres que lui sombreraient probablement dans des abimes de remords et de désespoir, mais ce ne serait pas la même pièce et ce serait mal le connaître.

Lui, c’est Hugh Preston. Brillant sujet de sa Majesté et présentateur vedette de la BBC, il aime sa femme et quelques autres aussi. Il est surtout très joueur. Au tennis comme aux échecs, il vous met cinq sets et mat comme qui rigole. Et il rigole souvent, convaincu sans doute que la vie est une comédie dont il faut se presser de rire. Liz, son épouse, goûte de moins en moins la farce et fréquente depuis quelque temps John Bronlow, un trader dont l’humour et l’esprit sont inversement proportionnels à l’argent qu’il fait chaque jour.

Hugh, trop fin pour ne pas sentir le vent tourner, va proposer à sa femme de se séparer et de prendre en outre tout le poids de la faute sur ses épaules. Pas un jour de plus à perdre, puisque elle doit s’envoler avec lui dimanche pour l’Italie, autant inviter tout de suite l’amant à passer la journée du samedi chez eux. Pour que le tableau soit complet et que l’adultère soit consommé, invitons aussi Patricia-Patty Pat-Forsyth, cette délicieuse secrétaire, au charme qui laisse sans voix. En rebattant ainsi les cartes,  il s’attribue le meilleur des atouts et s’assure d’avoir toujours un coup d’avance. Diabolique.

Ne manque plus que l’arbitre malgré elle du double-mixte qui va s’improviser, ce sera Madame Grey, intraitable et rigide gouvernante que la cuisson du canard intéresse manifestement moins que l’intrigue qui est en train de se nouer. Et maintenant que les joueurs sont sur le court, les pièces sur l’échiquier, la partie peut commencer. Dans la salle, le public se régale déjà.

Canard à l'Orange-Nicolas Briançon-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

« La pièce est construite de façon assez diabolique, explique Nicolas Briançonparce qu’on sait dès le départ qui va gagner mais ce qui est excitant, c’est comment ?… Oui ! ajoute François Vincentelli, d’autant que la fenêtre le tir est très étroite. Le mec est beau, il est riche, elle a décidé de partir avec lui. Même par orgueil ! Quand elle n’en peut plus de son amant, de ce grand con, elle veut partir quand-même !… Et ça tient jusqu’à l’acte IV, reprend Briançon, il la récupère in extremis ! Ça se joue sur une discussion… Et c’est pas gagné non plus, précise Vincentelli, quand tu luis dis de foutre le camp, tu prends un risque énorme, c’est un gros coup de poker !! »

Ce court échange entre les deux comédiens dit toute la belle et rare complicité qui les anime. Nicolas, Vincent. Briançon, Vincentelli. Ces deux-là étaient faits pour jouer ensemble. Il aura juste fallu attendre ce jour de milieu de semaine où Nicolas a relu le Canard pour que lui viennent aussitôt l’envie et la bande avec qui la monter.

« À mesure que je lisais la pièce, je voyais les comédiennes, les comédiens se placer. Je les ai appelés tout de suite, je leur ai dit : « On fait une lecture ! Là ! Vite ! (sourire) » On a fait une lecture le dimanche, on s’est tellement marrés qu’on s’est dits : « On le fait ! » Et voilà.

De temps en temps, le théâtre c’est compliqué. Les projets sont longs à monter, difficiles. Parfois, on doit les abandonner. « Voyage avec ma Tante » par exemple, je l’ai eu quinze ans dans mes tiroirs avant d’avoir pu le monter et ça se reprend pour la troisième saison et ça fonctionne (au théâtre Hébertot jusqu’au 14 avril-ndlr). Et puis d’autres fois, c’est facile.

Et c’est tellement heureux quand c’est le cas ! C’est tellement génial de faire du théâtre avec des potes ! C’est tellement joyeux d’arriver et de se dire : « Je ne vais pas avoir à gérer d’égos ! Ça va être cool, on va se marrer ! On va se retrouver sur scène et on va jouer ensemble ! »… ça devrait être tout le temps ça, le théâtre (grand sourire). »

Canard à l'Orange-François Vincentelli-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

François Vincentelli, qui démontre ici encore qu’il est aussi drôle qu’il est beau, c’est dire s’il sait faire rire, est au diapason. Et c’est bon à entendre.

« Hier encore, je faisais la réflexion à Nicolas. Quand j’ai commencé à caresser le projet de faire ce métier, j’étais en Belgique, j’avais pas mal de rêves et un de ces rêves était celui-là. Celui que je touche du doigt aujourd’hui. De jouer dans un des plus beaux théâtres de Paris, avec des potes, une pièce qui fait marrer les gens… c’est extraordinaire !

J’arrive à un âge où je commence à travailler avec des amis. Avant, j’avais des patrons, des gens plus âgés qui me parlaient avec une forme de condescendance filiale parfois. Maintenant, je commence à devenir un vieil acteur, je travaille avec des vieux acteurs… il n’y a qu’à voir Nicolas Briançon… (rires de l’intéressé), c’est tellement agréable d’arriver à faire ce métier que j’ai toujours eu envie de faire dans ces conditions.

Je me suis toujours demandé si j’avais le mental de mon physique. C’est plus compliqué en France où le physique induit beaucoup de choses. Si je force un peu le trait, quelqu’un de beau ne peut pas être drôle. Ou c’est Belmondo ou bien c’est Delon mais pas les deux. Ce que m’apporte l’expérience, surtout depuis Hard, comme vous le soulignez, c’est qu’on me voit aussi maintenant comme quelqu’un de drôle.

Et puis Nicolas et moi, on est un peu faits du même bois. On aime la sincérité, quel que soit le genre. Il n’y a pas de distanciation dans notre jeu. On ne joue pas « à », on « est ». Parce que sinon on tombe dans la caricature de ce genre-là. Le Boulevard, ça peut très vite tourner au « pouet-pouet » et « regardez comme je suis drôle ! »… Au contraire, c’est « regardez moi, je suis ce personnage ! » 

Canard à l'Orange-Briançon-Vincentelli-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Portés par leur bon sens et leur intelligence du jeu, Nicolas, François, Anne, Alice et Sophie se livrent à des échanges irrésistibles et jubilatoires qui rallument les lumières du Boulevard. Si le texte de William Douglas Home est un bijou, ils en sont les orfèvres.

Des trois premiers coups jusqu’à la dernière note qui rappellera de bons et beaux souvenirs à beaucoup d’entre vous, qui ira saura, ils sont tout simplement les interprètes talentueux d’un air de jazz qu’on pensait connaître et qu’on redécouvre, heureux et ravi d’avoir été aussi élégamment cueilli.

O.D

Le Canard à l’Orange, une pièce de William Douglas Home, mise en scène par Nicolas Briançon

Avec : Nicolas Briançon, Anne Charrier, François Vincentelli, Alice Dufour et Sophie Artur.

Au théâtre de la Michodière

 

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