Le Temps qui Reste : le Carpe Diem de Philippe Lellouche

le temps qui reste - affiche -Paris Bazaar - Marion

Avec le Temps qui Reste, Philippe Lellouche et sa bande nous offrent une bulle d’espoir. Mieux vaut tard que jamais, il est toujours temps de s’aimer.

C’est sa signature. Sa marque. Son empreinte. Et c’est aussi pour ça qu’on l’aime, qu’on le suit et qu’on retourne chez lui comme on retourne chez un ami. Il y a toujours de l’amour et de l’amitié dans l’air que respire Philippe Lellouche. Elles mordent, elles grincent mais il y a toujours de la tendresse et de la bienveillance dans ses comédies. Une heureuse constance qui, depuis le Jeu de la Vérité il y a déjà quelques saisons jusqu’au Temps qui reste aujourd’hui, ne se dément pas.

Si l’époque prête beaucoup, sans doute beaucoup trop, à la débine, au flingage en règle et au ricanement, l’auteur et comédien, garde résolument son cap de bonne espérance. Et c’est fou comme avec lui, le plus grave quand il survient peut en même temps offrir la chance de vivre enfin le meilleur. Le deuil offre ici celle de lever enfin le voile. La mort de l’un va faire la renaissance des autres.

C’est ce qui va arriver à Emma, Adrien, Paul et Franck. Quatre amis de toujours, quatre copains d’abord en dépit de tous les vents et marées que la vie a pu dresser sur leurs chemins. Réunis le jour des obsèques du cinquième, fauché dans sa cinquantaine, ils vont prendre le temps du regard dans le rétroviseur des années passées. Ils vont surtout prendre celui de se dire ce qu’ils ont tu avant de reprendre le cours de leurs vies. Elles ne seront plus jamais tout à fait les mêmes. À l’heure du glas, sonne aussi celle de la mise au point et de la seconde chance. Et dieu que c’est drôle ! Et diable que c’est émouvant !

Philippe Lellouche-letempsquireste-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Parce que Philippe Lellouche sait de quoi il nous parle. Les questionnements, les renoncements, les peurs et les élans tout juvéniles de ses personnages, sont fondamentalement les siens, et les nôtres. Parce qu’il ne sait pas se murer dans ses certitudes, qu’il n’en a tout simplement pas, qu’il doute et qu’il cherchera sans doute toujours, ce qui lui évite au passage de moraliser. Et il y a chez lui, ici particulièrement, ce mot, ce trait d’esprit, ce sens du cocasse et même parfois du burlesque qui, à point nommé, viennent nous rappeler qu’il vaut peut-être mieux rire que pleurer, oser aimer que regretter de ne pas avoir risqué. L’idée de cette pièce lui est venue un soir d’été quand il s’est subitement posé la question de savoir combien de mois d’août il lui restait encore à vivre et savourer.

« Le temps est un ennemi qui est mon meilleur ami, qui m’inspire en permanence et qui en même temps me terrifie. Et comme tout ce qui me fait peur, m’angoisse, me terrorise, j’en fais des pièces drôles parce que c’est le meilleur moyen de faire la paix. Chateaubriand disait : « Ce que tu ne peux pas éviter, embrasse-le ! » Voilà, c’est ce que j’essaye de faire. Tout en riant.

Dans la jubilation du temps, il y a cet amour fou que j’ai pour l’amitié. Je pense qu’une femme s’en va et qu’un ami reste. J’ai encore ce machisme en moi que j’essaie de soigner. Je le fais dire à un moment dans la pièce : « Tu es un ami formidable, un amant merveilleux mais tu es un mari déplorable. » J’espère ne pas être tout à fait ça mais il y a quelque chose en moi là-dedans qui n’est pas faux. Je suis un pédé qui n’aime pas le cul avec les hommes !  Je suis un mec qui adore ses copains !! »

Philippe Lellouche ne papillonne pas plus avec sa famille qu’avec les frères qu’il s’est choisis. Il a le sens de l’amitié durable. Les hommes de sa vie de théâtre sont donc toujours là. Impeccable en dandy soucieux de ses souliers et surprenant de loufoquerie, David Brécourt. Celui qui dans l’histoire a « réussi » mais a trop longtemps omis de dire qui il était vraiment et qui il aimait surtout.

David-Brécourt-letempsquireste-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Irrésistible de drôlerie, sans doute le plus môme de tous, Christian Vadim, qui de mieux en mieux se fait un prénom. Il est ici flic à la BAC mais dans un bureau. Le flair d’un basset enrhumé et les tics de Columbo sans le talent de son imper. Il rêvait d’autre chose, évidemment. Ses jours et ses nuits sont sans surprise et solitaires. Et si ce jour funèbre lui donnait la chance d’un nouveau départ ?

Christian Vadim-letempsquireste-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Après Noémie Elbaz la saison passée, c’est Mélanie Page qui s’intercale aujourd’hui au sein de cette fratrie que le temps a su composer, à la scène comme à la ville. Elle n’est venue jouer ni la beauté utile ni la blonde accessoire. Elle est le trait d’union de l’histoire. Une femme d’aujourd’hui qui ne cache pas ses sentiments à l’ombre des paravents de circonstance et choisit d’aimer celui qu’elle a toujours espéré. La comédienne compose une femme à la beauté d’aquarelle dont la délicatesse n’est qu’apparente. Elle se révèle la plus forte des quatre. Le soleil autour duquel gravitent les hommes de sa vie. Sa présence sur scène rebat les cartes du jeu qu’on pensait connaître. Et c’est finalement une tout autre pièce qu’on redécouvre avec elle. Mélanie Page donnerait raison à ceux qui pensent, si fous soient-ils, que les femmes sauveront le monde.

Mélanie Page-letempsquireste-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Mélanie, Christian, David et Philippe, une bande comme le théâtre a parfois la bonne idée de nous les tricoter. Le Temps qui reste, une comédie pour bien commencer cette année nouvelle, porté par le rire et l’émotion. Une histoire pour ne pas perdre le goût de la nôtre.

O.D

Le Temps qui Reste, une comédie écrite et mise en scène par Philippe Lellouche.

Avec Mélanie Page, Philippe Lellouche, David Brécourt et Christian Vadim.

Au théâtre de la Madeleine jusqu’au 19 janvier.

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