Entre absurde et non sens : Glen Baxter, le maître du rire à retardement

GLEN BAXTER MAIN PAGE - Paris Bazaar

Au Diable le Brexit ! Glen Baxter, sujet de Sa (jadis) Gracieuse Majesté expose à Paris. Savourez l’humour inimitable de cet illustrateur ! C’est cadeau !!

 

POURQUOI CETTE EXPO ?

Un dessin de Glen Baxter, c’est un glissement de terrain. 

Pas le petit, l’aimable, qui secoue gentiment vos rosiers. 

Non, plutôt celui qui entaille le jardin en deux ou flanque le salon sur l’autoroute… Mais sans fracas, sans heurt, en toute quiétude. 

Car ça n’a l’air de rien un dessin de Baxter. 

Vite fait, comme ça, on dirait l’un de ces crayonnés, façon Paris Vintage, qui foisonnent chez les bouquinistes du Quai Voltaire. 

Le trait est léger, presque naïf, avec ce parfum désuet que gardent les bédés oubliées, écornées, lues cent fois… aux heures sans fins de l’enfance.

Et puis, l’œil s’arrête sur un détail : une tasse de thé, par exemple, délicate porcelaine bleue et blanche, partagée entre deux cow-boys à cheval, au milieu de l’Arizona  (voir dessin au-dessus).

Ah… Un discret « Mais qu’est-ce que ça fout là ? » vous échappe. Ce qui pousse votre regard vers la légende, où vous lisez : 

  • «Breaking with old english traditions was proving to be difficult for some»*.

Tout l’art de Baxter est là : cette scène incongrue, décrite avec un flegme, comme un phénomène normal… cette tendresse amusée… cette malice à télescoper les époques et les situations pour que, subitement, l’étrange s’invite dans le réel : un étrange à la fois cocasse et plausible (le plus souvent), comme chez les frères Coen. D’autant plus drôle donc.   

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Mieux vaut donc regarder ses dessins deux ou trois fois avant de tourner la page. Car Baxter sait toujours où placer le détail anodin, que l’on ne distingue pas d’entrée… et qui, une fois découvert, change tout le sens de la scène. 

Conséquence : Vous rirez souvent à retardement. Au point, peut-être, de passer pour lunatique ou dérangé… Si ce n’est déjà fait.

ET SINON, QUI EST CE MONSIEUR ?

• Né en 1944, fils de soudeur, formé à l’Art School de Leeds (GB), Glen Baxter reste à jamais marqué par les films d’aventures et les illustrés des années 50 : d’où un graphisme au charme délibérément rétro, quelque part entre Tintin, Buck Danny et nos dessins de CM2. 

• En digne sujet de Sa Gracieuse Majesté, Baxter, confesse un penchant naturel pour le nonsense. 

• Mais c’est après avoir découvert le surréalisme et le dadaïsme (Picabia, Magritte, Beckett, Roussel…) que l’artiste développe son goût pour l’absurde, l’incongru, l’ironie. 

• Pour expliquer sa démarche, Baxter évoque donc forcément les surréalistes et leur volonté de provoquer chez le spectateur ce qu’ils appelaient le « frisson » : cette sensation que, soudain, le sol se dérobe, qu’on est allé trop vite. Comme si l’esprit perdait l’équilibre. « C’est Exactement ce que j’essaie de faire, confesse Baxter : j’ai toujours adoré ces accrocs dans la réalité ».

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• Ses dessins ont illustré de prestigieux magazines The New Yorker, The Independent on Sunday, Vanity Fair, Le Monde…

• La notoriété aidant, Baxter a été exposé aux quatre coins du globe. Mais une bonne partie de son œuvre se trouve désormais dans les collections de la Tate Gallery, du V&A Museum à Londres. 

• Enfin, pour l’anecdote, Salman Rushdie, vieil ami de Baxter, a déclaré : « le baxtérisme est avant tout une affaire de regard ». La formule pouvant s’appliquer à 99% des illustrateurs, vous conviendrez avec moi que c’est une phrase très co***. Comme quoi : on peut être un grand artiste, avoir pour ami un grand écrivain et ne pas être épargné par la niaiserie. 

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OUI, BON, D’ACCORD : MAIS C’EST OÙ ?

Galerie Isabelle Gounod

 • 13 Rue Chapon • 75003 Paris

• Jusqu’au 12 janvier 2019

• Du mardi au samedi de 11h à 19h

• Entrée libre
Galerie Gounod

Olivier Ghis

NOTES

* « Rompre avec les vieilles traditions anglaises s’avéra difficile pour certains »

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