La Nostalgie Combattante de Sanseverino

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Certains artistes pensent faire plaisir en s’invitant chez Johnny ou Abba. Sanseverino, lui, a le bon goût de rendre hommage à François Béranger.

Il y a des albums hommages plus ou moins ou réussis… Non, je ne parlerais pas de Nolwenn Leroy et de ses hommages gênants à la musique bretonne… Non, car avec Sanseverino, on est dans le vrai ! Amateur de jazz et de blues, fan de François Béranger, il rend hommage à son idole, représentant de la chanson contestataire des années 70. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les treize morceaux choisis lui collent à la peau.

En 2001, l’Artiste avait déjà « osé » reprendre avec brio Le Tango De L’Ennui sur Le Tango Des Gens, véritable premier album qui le sortit de l’anonymat. Cette fois-ci, il le reprend encore, avec d’autres morceaux qu’il triture, s’approprie, tout en utilisant uniquement une guitare sèche ou une steel guitar comme sur Y A Que La Foi Qui Sauve. A l’écoute de ces différentes reprises, on se rend compte que les paroles de Béranger sont toujours terriblement d’actualité. Magouille Blues, Le Blues Parlé Du Syndicat, ou encore Paris Lumière, morceau presque visionnaire et terriblement contemporain, pourtant sorti en… 1975 !

Sanseverino a aussi des morceaux plus personnels de Béranger. Département 26, qui aborde la vie rurale, Le Vieux ou Pour Ma Grand-Mère, deux morceaux ultra tendres qui ont gardé une sorte de nostalgie, de tendresse, de bienveillance. Béranger était certes, un contestataire, un emmerdeur pour les politiques, ou un moins que rien pour la grande bourgeoisie, mais surtout un homme au grand cœur. La preuve encore avec Y A Dix Ans, sorti originellement en 1970.

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En ce sens, Sanseverino est son digne représentant, pour ne pas dire son digne descendant. Lui aussi a été admiré, adulé, s’en est pris plein la gueule par des connards jaloux de son talent, pour ne pas dire de ses talents musicaux et écrits ! Comme son idole, il s’est toujours relevé, a fait des bras d’honneur à peu près à tout le monde, mais est resté un personnage incontournable de la scène musicale française.

Manifeste est probablement un des morceaux qui lui vont le mieux. Là dedans, tout y passe, ou presque ! Une espèce de chanson punk, drôle, grinçante mais tellement brillante. Et puis, musicalement, le Parigot n’est pas en reste. Guitare à la main, il joue le blues, des accords jazzy, parfois plus légers, tout ça renforcé avec une production simple, épurée, pas prétentieuse, toujours proche des versions originales tout en réussissant à s’en démarquer.

Comme Thiéfaine pourrait être le fils caché de Léo Ferré, Sanseverino pourrait être celui de François Béranger. Le titre de cet opus, The BeBer Project Vol.1 (qui n’est pas un hommage à Justin Bieber), laisserait donc entendre qu’un volume 2 pourrait voir le jour plus ou moins prochainement ? Serait-ce un choix justifié ? Lorsqu’on sait que la dernière apparition de Béranger sur scène fut aux côtés de Sanseverino pour interpréter Le Tango De L’Ennui en 2002, on ne peut qu’acquiescer. Oui, en 2002, l’élève a été adoubé par le Maître. Il est donc logique qu’il ait envie de la faire découvrir aux plus ou moins jeunes et surtout, qu’il ait envie de reprendre de tels morceaux engagés, enragés qui collent si bien à notre époque… Un peu comme lorsque Vincent Niclo rend hommage à Luis Mariano… Nan, j’déconne ! 

Quoi qu’il en soit, Sanseverino sur scène est extraordinaire. Toujours un grand moment. Il sillonne d’ailleurs en ce moment notre beau pays avec sa guitare en bandoulière. S’il passe près de chez vous, n’y allez pas… Courez-y ! 

Laurent Borde

Sanseverino, The BeBer Project Vol.1, Les Editions Du Narvalo

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