Des Bonnes Musiques pour rompre le Silence

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Durant cette période, deux groupes ont décidé de surprendre tout le monde. Nine Inch Nails et Pearl Jam. Deux styles, mais un seul bonheur !

Ah, le confinement ! Ce moment de grâce où nous pouvons lire, écrire, apprécier des programmes intellectuels comme «Les Marseillais à la Bibliothèque» ou «4 Mariages pour une Émission Pourrie»… Heureusement, la musique est là pour nous sauver. Et du choix, il y en a.

Pour preuve, le «One World Together At Home» organisé par Lady Gaga. Il y en avait pour tous les goûts. De la prestation chaotique de Christine (sans The Queens) avec écho à gogo et synthé Bontempi, en passant par celle d’Adèle, entourée de ses machines, plutôt réussie, à celle des Rolling Stones, assez drôle, avec Keith Richards n’arrivant pas à aligner une note et Charlie Watts jouant de l’Air Drums, probablement avec des baguettes d’Aerodrums.

Un des shows les plus remarqués fut celui d’Elton John. La légende vivante de la pop n’a pas hésité à faire installer son piano dehors, à côté du garage, près des paniers de basket de ses enfants. Moumoute bien accrochée et astiquée pour l’occasion, costard avec ronds multicolores, lunettes fumées couleur rose saumon mal cuit, et visage tellement botoxé qu’il pouvait à peine articuler, probablement de peur de faire péter toutes les coutures ou de craquer les raccords en cire, Elton a interprété I’m Still Standing de façon… prudente !  

Autre prestation remarquée, et remarquable, celle d’Eddie Vedder. Le chanteur-leader de Pearl Jam s’est présenté seul face à la caméra, casquette vissée sur la tête, assis devant un harmonium entouré de bougies, pour interpréter River Cross. Le morceau figure sur Gigaton, dernier album du groupe de Seattle.

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Pearl Jam n’est pas un groupe de grunge. Loin de cette appellation surannée créée par des journaleux souhaitant se donner une attitude au début des années 90, Pearl Jam est un groupe de rock. Pas du rock mou façon  Bon Jovi. Non, du vrai gros rock, qui vous retourne, fout des tâches partout, et finit par vous péter à la gueule quand vous ne vous y attendez pas. Ce onzième album studio est de cette trempe.

Il suffit juste d’écouter Never Destination pour se prendre la trempe tant attendue. Faut dire que des titres comme Superblood Wolfmoon, Who Ever Said, ou Quick Escape, avec un joli solo de Stone Gossard, nous y avaient préparé. Take The Long Way incite davantage à faire du headbanging contre le mur de la salle de bain.

De nombreux autres morceaux donnent aussi dans la «calmitude». C’est le cas de Comes Then Goes ou de Seven O’Clock, violent morceau anti-Trump, dont la rythmique n’est pas sans rappeler It Used To Be Me de The Cure. Pearl Jam a été, et reste toujours, un groupe engagé. Politiquement et écologiquement, notamment contre le réchauffement climatique. Retrograde aborde le sujet calmement et brillamment, tout en prédisant un futur plutôt sombre.

Sur le même registre, River Cross démonte la pseudo politique climatique de Trump tout en dénonçant la nécessité d’un changement de cap immédiat. Ce n’est probablement pas un hasard si une photo prise par le réalisateur et biologiste marin canadien Paul Nicklen, représentant la terrible et angoissante fonte des glaces, figure sur la pochette de l’album.

Ce n’est pas un hasard non plus si Gigaton, une unité de mesure explosive équivalente à un milliard de tonnes de TNT, est le titre de cet album. La planète est en pleine destruction. Une destruction qui semble ralentie par cette saloperie de virus. Peut-être le seul effet positif de ce COVID-19. À l’inverse, Pearl Jam n’est ni ralenti, ni en voie de destruction. Le quintet de Seattle est plus inspiré que jamais. On les attend impatiemment sur scène l’an prochain à Paris, pour le Lollapalooza.

Autre groupe que l’on espère revoir très vite en France : Nine Inch Nails. Pour le confinement, Trent Reznor s’est montré plus que généreux. Le musicien génial, originaire de Pennsylvanie, créateur et leader incontestable du groupe, a donné gratuitement deux albums, en téléchargement libre, sans aucune contrepartie, sur le site officiel du groupe. Ghosts V: Together et Ghosts VI: Locusts, représentent un total de 23 titres, plus de 2h30 de musique. Il s’agit bien de musique ici. Pas de chanson, pas d’indus hardcore, pas de rock, de metal ou de punk. Que des morceaux plus ou moins planants, plus ou moins longs aussi.

Chaque album comporte au moins un morceau de 13 minutes. Un véritable appel à la relaxation, au délassement. Une véritable B.O pour film fantôme, B.O parfaite à l’instar de The Social Network ou de Gone Girl, composées par Reznor. Certains morceaux comme Really Bad Night, Turn This Off Please, What It Happens (Don’t Mind Me) avec son piano dissonnant, ou Run Like Hell avec sa trompette jazzy et ses machines «Nine Inhnailsiennes», au son reconnaissable entre toutes, pourraient largement figurer sur la B.O d’un film de David Lynch ou de David Cronenberg tant ils peuvent, par certains côtés, se montrer angoissants, voire inquiétants.

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Trent Reznor est à Nine Inch Nails ce que Matt Johnson est à The The: le seul membre permanent du groupe. Avec ces deux albums, Nine Inch Nails nous emmène très loin. Vers des contrées inexplorées. Il suffit d’écouter Ghosts V en regardant One Breathe Around The World, le captivant et sublime court-métrage du plongeur français Guillaume Néry, pour s’en rendre compte. Les images sont extraordinaires, le voyage est impressionnant et sublime. Difficile de ne pas être attiré vers une sorte de rêverie extatique, surtout lorsqu’on y ajoute la musique de Reznor. Quel bonheur ! Quel bien être ! Putain que c’est bon !

Pearl Jam et Nine Inch Nails sont deux groupes, apparemment différents, pourtant porteurs du même état d’esprit. Leur but n’est pas de faire de la musique facile pour ramasser un maximum de blé, genre Oasis ou Bruno Mars. Ces deux groupes sont capables de surprendre et l’ont déjà prouvé à maintes reprises. Pearl Jam en travaillant avec Neil Young et Eddie Vedder avec l’artiste pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan. Trent Reznor en travaillant avec les rappeurs DR Dre et Saul Williams.  

Grâce à Nine Inch Nails et Pearl Jam, le confinement passe mieux. Il en devient presque agréable. Trois albums synonymes de bonheur. Pourquoi s’en priver ?  

Laurent Borde 

Les albums de Nine Inch Nails sont à écouter sur la page YouTube officielle du groupe à l’adresse suivante :

https://www.youtube.com/channel/UC4a5d57ZAWl999-YXw0C1Vg

 

Page YouTube officielle de Pearl Jam avec notamment les vidéos de « River Cross » et « Dance Of The Clairvoyants » : 

https://www.youtube.com/channel/UClQT6Vnsm6BUm0I5kR26EkQ

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