Le Gimmick Rock du Rock’n’Râleur : « Black is Black »

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Le Rock’n’Râleur vous livre ses anecdotes que lui inspirent des célèbres Gimmicks Rock qui demeurent dans son cœur et dans son froc. Aujourd’hui, Black is Black des Los Bravos !

Ce gimmick est lié pour moi au syndrome de l’abandon. En 3ème, dans l’année du brevet, ils ont voulu « m’ orienter » , ces cons. Il n’ ont rien trouvé de mieux que l’électromécanique pour moi. Finauds ! Tout à fait moi.

La semaine où je suis entré dans ce lycée technique à Caucriauville près du Havre, je me suis senti comme quand j’étais tout petit à la rentrée des classes quand ma mère me laissait seul dans la cour de l’école avec les autres, ces petits enfers programmés, ces promesses d’enfoirés d’adultes. Je la regardais partir, la gorge nouée, en respirant mon mouchoir où elle avait mis une goutte d’eau de Cologne.

Je me suis senti comme un fil électrique dénudé, sans sa gaine protectrice. J’étais sensible à  tout, dans le sens où tout me blessait, m’agressait, m’entamait et m’agaçait.

Donc, Black is Black. Ça ne vous a pas échappé. Bien sûr, Johnny après a rendu la chanson célèbre en France avec Noir c’est Noir. Mais j’aime pas trop les adaptations françaises des chansons anglo-saxonnes. Surtout des histoires comme celle-là, où faut les comprendre en anglais. Y’a forcément une déperdition en français.

Surtout quand on veut à toute force faire rentrer le français dans la musique. L’accoupler avec elle. Comme si on voulait faire rentrer un polochon dans le carton à chapeau. Ça ne va pas. Et le signifiant nous explose à la gueule et ne nous laisse pas le choix de notre appropriation perso du texte. « Noir c est noir, il n’ y a plus d’espoir » ... Bon. On va se coucher. Ou on allume le gaz en scotchant les fenêtres.

Déraciné dans ce lycée technique, j’avais ce Black is Black dans la tête. Tellement de circonstance ! Mais c’est surtout « I’m feeling blue » que je retenais dans les paroles. J’étais bluesy comme jamais. En plus j’avais laissé ma grande sœur avec sa copine pour intégrer ce bahut de merde. Sa copine dont j’étais secrètement amoureux. Elle était plus « vieille » que moi. J’aimais ça. Le côté « moi-le-jeunot-j’ai-réussi-à-emballer-une-grande. » Elle habitait loin et je ne la reverrai pas si je ne rentrais que le week-end suivant. Alors, j’ai pris la décision de rentrer chez moi.

Avant de fuguer, un prof d’atelier m’avait dit, me voyant maladroit lorsque je devais répéter un geste sur une machine: « Laisse tomber, garde tes mains pour pisser. » C’est ce que j’ai fait. Aussi. Mais plus tard, j’ai joué de la guitare, écrit et caressé des filles avec ces mains-là. Et j’ai vécu de ma grande évasion jusqu’à maintenant. En montagnes Russes, souvent, mais vécu.

Je devrais donc être heureux mais il me manque l’insouciance des années folles. Non mais t’as vu c’qui passe? Que des conneries et des horreurs ! J’veux l’feuilleton à la place ! Même Les Feux de l’Amour.

La première fois que je t’ai entendue prononcer ce titre de feuilleton que je ne connaissais pas, je croyais que tu déconnais, maman. Pour moi les feux de l’amour, c’est quand on a le cul rouge comme une guenon d’avoir trop été « aimée » par son partenaire. Mais non. C’était sérieux, ce titre.

Je voudrais bien les regarder avec toi maintenant, les Feux de l’Amour. Du moment que je serais assis à côté de toi sur le canapé en skaï. Maman, pourquoi m’as-tu abandonné ?

J’ai parfois la chanson du Train Sifflera Trois Fois avec Grace Kelly et Gary Cooper qui me revient.. « Si toi aussi tu m’abandonnes… Si toi aussi tu m’abandonnes/ Il ne me restera plus rien/ Plus rien au monde et plus personne… »
C’est une chanson que les moins de 3×20 ans ne peuvent pas connaître.

Et donc, j’ai fugué. Je suis allé prendre mes affaires au dortoir. J’ai balancé ma blouse bleue d’atelier sur le lit. J’ai mis mes fringues dans ma valise et je suis parti le troisième jour.

J’ai passé la porte comme une fleur. J’étais libre. Je n’avais plus les paroles Black is Black dans la tronche, mais « It’s grey, it’s grey. De belles nuances de grey. Une longue marche m’attendait.

Francis Basse

Lire le Gimmick Rock du Rock’n’Râleur, c’est bien.

 L’écouter, c’est très bien aussi… En plus, il y a la guitare !

 

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