Dans l’Isba californienne de Boris : « C’est toi, Alain ? »

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Londonien et Parisien, il est auteur, acteur et parolier. Il est l’homme aux mille chansons. Il s’appelle Boris Bergman. Et souvent, il se souvient… Aujourd’hui, d’Alain Bashung en Californie.

C’est toi, Alain ?

– Non, c’est nous.

– Qui c’est, « nous »?

– Nous, c’est Martine Kelly , Boris Bergman et Alain Bashung qui te parle… je sais que ça fait longtemps… tu ne reconnais pas ma voix ?

– Dans toutes les tonalités, Alain.

La belle américaine file sous un ciel rouquine le long d’une falaise qui longe la mer… Elle a quatre roues, le rouge Ava Gardner, suffisamment décapotable pour te tanner la peau d’un soleil californien.

Au volant, une actrice chanteuse au sourire ashkénaze exilée au pays de son enfance. Sur la banquette arrière, deux paires de Ray-Ban hilares sur Perfectos en larmes. L’air de la mer sans doute…

Aucun des deux n’a son permis, c’est donc Martine K. qui va se farcir la route de L.A jusqu’à Carmel…

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Quelques jours plus tôt…

St Louis. Missouri. Une ancienne gare aménagée en hôtel,
Un regard panoramique sur la ville qui a acceuilli Jesse James et son frangin. Martine Kelly est venue de L.A chercher le convalescent qui vient de se faire changer les yeux. Elle me guide jusqu’à la voiture que nous abandonnerons lâchement a quelques mètres de l’aéroport. L’hôtesse a la voix et le reste de Betty Boop. Martine se tourne vers moi.

Alain arrive quand ?

– Je sais qu’il est chez Mickey avec sa petite famille, quelque part en Floride. Il devrait nous rejoindre dans quelques jours.

– Je vous ai pris un joli petit motel à Brentwood, pas loin de la maison. Vous pourrez faire tout le bruit que vous voulez, les gosses dans la piscine en feront toujours plus que vous.

– La guitare d’Alain ne devrait pas beaucoup déranger les voisins qui aspirent au sommeil.

Une semaine plus tard, Alain vient déposer dans la chambre du motel de Mister Bates sans Tony Perkins et sa psychose, le flightcase où son instrument de travail attend qu’on le mette à l’épreuve.

Alain B. a dégainé. La guitare qui s’était endormie se réveille en sursaut et fait doucement sonner ses cordes sous les doigts du chanteur. Un gosse s’est arrêté devant la porte de la chambre restée ouverte pour cause de claustro.

You like it ? lance Alain.

– Super, super ! répond l’enfant.

Mini séance de travail interrompue par une belle proposition de la Martine. Ce sera : « Dîner au Chinois du coin et si tout le monde est d’accord, petite excursion à Carmel ou j’ai grandi. »

Carmel, ville dont Dirty Harry est le Maire. Le départ est prévu pour le lendemain…

Sur la mélodie d’Alain, je n’ai trouvé que deux lignes. Alain les aime bien. il n’est pas sûr qu’elles conviennent pour le début de cette chanson. « En vertu des rasoirs, je viens couper court à notre histoire… » Ça, ce sont les deux lignes.

La chanson s’appellera Alcaline, mais ça nous ne le savons pas encore.
Ce n’est pas tout, la soupe aux nids d’hirondelle nous attend et il est de mauvais goût de la faire attendre…

Le jour J. Enfin…

La décapotable rouge ronronne devant le motel. Les deux compères ont les yeux fermés et la langue chargée. Sensemilla ou décollage d’oreille ?

En route pour Carmel, chante Martine aux deux gentils zombies qui ne se réveilleront que quelques heures plus tard

Quand ils ouvrent les yeux, Martine a légèrement appuyé sur le champignon. Nous faisons du 200 à l’heure. La route est déserte et le soleil de plomb. Elle est belle la falaise qui regarde la mer de haut. Les mouettes couvrent de leurs cris la voix de de Kris Kristofferson qui aimerait bien qu’on respecte un peu plus son Me and Bobby Mc Gee. La sirène d’un motard nous invite a nous ranger sur le coté.

J’ai eu du mal à vous suivre, vous avez largement dépassé le 200…

C’est bien sûr la conductrice qui se fait gronder. Les deux feignasses de la banquette arrière font mine de ne pas tout comprendre.
Le motard hollywoodien sous le charme la belle Martine feint de ne pas identifier la fumée qui se dégage de la belle décapotable

Je suis obligé de vous verbaliser, nous dit le policier.

Il nous donnera le maximum du minimum. Il est gentil. Quelque falaises plus tard, c’est une forte odeur de fleur d’oranger qui vient nous chatouiller les naseaux. Il est temps d’en rouler un autre.

Nous approchons de Paso Robles et de ses orangeries, sourit Martine.

Alain attrape la Martin, la guitare pas la copine. Nous fermons tous les trois les yeux. Il y a des moments où tu te souviens déjà du moment que tu es en train de vivre. Je tends un papier à mon voisin de gauche, il hoche la tête. Je vois enfin son regard qui approuve les quelques phrases ajoutées à celles ci-dessus évoquées.

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Arrêt-Essence. Paso Robles.
Le Stetson est tentant, pas pour longtemps.
Paso Robles…

Des toilettes de la station d’essence, on aperçoit le ranch de King Vidor. C’est là qu’il s’est éteint avant d’avoir pu réaliser son dernier film…

Du papier à rouler,  du sixpacks de Bud, un Stetson aux couleurs de la roche, un petit plein…
Fin de pause. La décapotable râle…

Nous dépassons la pompe à essence chère à Edward Hopper. Balançons une ou deux sardines aux lionnes de mer qui se les font piquer par ces voyous à plumes que sont les mouettes.

Le soleil se couche et la mer vient le border quand nous descendons le petit escalier de bois qui mène a la petite plage ou Martine K. a fait ses premiers pâtés.

Ce soir, nous irons à l’Hacienda. Restaurant de Clint Eastwood, le maire de Carmel la bien nommée.
Il fera cuire ses burgers sur le barbecue qui est a l’entrée. Il s’essuiera les mains sur son joli tablier blanc afin de nous serrer les nôtres.

Ce soir, nous dormirons dans un motel en dehors de Carmel. Demain, Alain viendra prendre son café la guitare à la main.

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Ça y est, je crois que j’ai une idée de zique pour le refrain… Le refrain de celle qui ne s’appelle pas encore Alcaline

La décapotable avale la route.
Il n’y a plus personne derrière le volant.

Je me tourne vers Alain. Il n’est plus là non plus.
J’ai failli m’asseoir sur ses Ray-Ban.
Il a dû les chercher avant que la mort l’emporte. Ça a dû lui faire drôle de partir sans…

La décapotable file toujours le long de la falaise. Je suis seul sur la banquette arrière.

Boris Bergman

1 thoughts on “Dans l’Isba californienne de Boris : « C’est toi, Alain ? »

  1. Émouvant souvenir de ce qui forge les légendes avant qu’on ne les empreinte… Belle amitié, belle histoire, belles photos, beaux souvenirs !
    Du BOBO, quoi… !

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