Alors que le confinement, on l’espère, touche définitivement à sa fin, pourquoi ne pas fêter le retour à la liberté en musique ? Paris Bazaar vous met sur les bonnes voies.
Le déconfinement est là ! Enfin… À nous la fête, les folies, les concerts, les soirées en terrasse à picoler jusqu’à plus soif et à rentrer en rampant… Ah ben oui, mais non, en fait… C’est pas fini tout ça. La liberté se mérite.
La difficile période qui vient de se terminer pourrait être décrite par une simple chanson : The Long And Winding Road. Crédité Lennon-Mc Cartney, bien qu’écrit par le Paulo tout seul avec son piano dans sa propriété écossaise, le sublime morceau des Beatles, qui figure sur la face B de l’album Let It Be, fut enregistré en janvier 1969, plus d’un an avant sa sortie en tant que single, en mai 70.
Cette extraordinaire ballade, dont les cordes furent rajoutées par le mythique producteur Phil Spector lors des mixes et des arrangements finaux en avril 1970, fut offerte à Tom Jones à condition qu’il en fasse le single de son album Tom. La maison de disques refusa et préféra la reprise de Without Love (There Is Nothing).
Quoiqu’il en soit, ce titre exceptionnel est à la fois triste et plein d’espoir. Les paroles «You left me standing here/A long long time ago/Don’t keep me waiting here/Lead me to your door» reflètent une avancée vers la délivrance. La liberté ? Peut-être…
Puisque nous sommes presque libres, pourquoi ne pas, logiquement, écouter le groupe Free. À l’époque, c’est à dire en 1968, Free n’était pas synonyme d’«opérateur téléphonique discount avec un service technique pas forcément à la hauteur mais qui tente de garder ses clients en racontant n’importe quoi.» Free (Libre, en french in ze text) était juste un groupe de rock anglais qui, en seulement cinq années de carrière, réussit à sortir LE tube qui marque une époque, en l’occurence All Right Now.
Sorti sur l’album Fire And Water en 1970, le morceau permit au quatuor londonien de connaître un succès planétaire. Depuis sa création, All Right Now a été diffusé plus de 3 millions de fois sur les radios américaines. Un véritable record ! Le morceau de hard rock aux relents «zeppeliniens» fut repris par de nombreux artistes comme Mike Oldfield, Rod Stewart, et connut même une horrible version disco par un obscur musicien canadien nommé Gino Soccio, connu aussi sous le pseudo de Witch Queen.
Free est surtout connu grâce à son chanteur, Paul Rodgers. Il quitta le groupe en 1973 avec le batteur, Simon Kirke, pour former Bad Company, puis retourna avec Free. Il tenta ensuite une carrière solo, forma quelques groupes avant de rejoindre ce qu’il restait de Queen (Brian May et Roger Taylor, John Deacon ayant jeté l’éponge) pour remplacer Freddie Mercury. Il resta avec les deux musiciens pendant cinq ans au début des années 2000, avant de retrouver quelques copains de Bad Company, puis de reformer Free pour la énième fois.
Evidemment, on ne peut pas oublier le mythique I’m Free des Rolling Stones. Le titre folk parut sur deux albums la même année : Out Of Your Heads, au Royaume-Uni, en septembre 65, et sur December’s Children (And Everybody’s), aux Etats-Unis, en décembre 65.
Il fut également la face B du tube Get Off My Cloud. Avec des paroles simples, «I’m free to do what I want any old time», la chanson écrite et composée par l’inégalable duo Jagger/Richards prône la liberté. Pas celle dans laquelle nous vivons actuellement. Mais plutôt celle que nous avons connue il y a encore peu, où on pouvait faire ce qu’on voulait, aller où on voulait, et surtout, une époque où les lettres de dénonciations, véritables chefs d’œuvre anonymes, écrites consciencieusement par des pourritures zélées, n’étaient pas redevenues à la mode.
I’m Free est aussi connu par sa «proximité» avec Eight Days A Week des Beatles. Les deux morceaux comportent les mêmes paroles «Hold me, love me, hold me, love me» pour les gars de Liverpool et «I say love me, hold me / Love me, hold me» pour le quintet londonien. Coïncidence ?… Allez savoir…
Le morceau des Stones fut repris par de nombreux artistes dont Richard Hell And The Voidoids en 1989. Mais c’est un an plus tard, en 1990, qu’il connut une seconde jeunesse grâce à un groupe écossais, les Soup Dragons. Cette version accélérée, entre dance et rock, permit à toute une génération de découvrir ou redécouvrir cette chanson trop méconnue et rencontra un petit succès mondial.
S’il y a bien un groupe qui est libre, qui fait ce qu’il veut, quand il veut, c’est Soul Asylum. Mais si, vous connaissez ! C’est ce groupe américain qui, en 1993, interprétait la sublime ballade Runaway Train. Un titre fabuleux, illustré par un clip marquant sur lequel figuraient des photos d’enfants et d’adolescents américains disparus. Une vidéo également salvatrice qui permit de retrouver 26 enfants disparus.
Dix-huit ans plus tard, le groupe continue sa route. Malgré plusieurs échecs commerciaux et le décès de son bassiste originel Karl Mueller à cause d’un cancer de la gorge, Soul Asylum sort son douzième album studio. Intitulé Hurry Up And Wait, cet opus regroupe les diverses influences du groupe de Minneapolis. Pop rock avec Busy Signals et Here We Go, punk avec Got It Pretty Good et Hopped Up Feeling, country rock avec Social Butterfly et Landmines, et même John Lennon, avec la rythmique de Dead Letter qui n’est pas sans rappeler fortement le Working Class Hero de l’ex-Beatles.
Toujours mené de main de maître par Dave Pirner, le chanteur aux cheveux longs et blonds délavés, le quatuor américain aborde des thèmes aussi variés que les désirs de chacun, la déconnection totale, ou encore l’avancée inéluctable vers la Grande Faucheuse, tout en s’éclatant et se foutant de tout. Loin des stéréotypes et des étiquettes collées à tort et à travers sur chaque artiste ou groupe, Soul Asylum prouve qu’il est un groupe inclassable et surtout libre de faire ce qu’il veut. Une chance pour lui, une joie pour nos oreilles. Quoi de mieux ?
Laurent Borde
PS : On aurait pu aussi aborder « Free » de Stevie Wonder, « Freedom! ‘90″ de George Michael, ou l’autre « Freedom » de Jojo Michael et de ses copains de Wham avec short à paillettes intégré, « Freedom » de Pharrell Williams, « Freedom Song » d’Oscar Peterson, et tant d’autres…
Chez nous, il y avait aussi « Libre Comme L’Air » de Reciprok, « Ma Liberté De Penser » de Florent Pagny, « Il Est Libre Max » d’Hervé Christiani ou encore « Je Chante Avec Toi Liberté », basé sur le Chœur des Hébreux extrait de Nabucco de Verdi, et interprété par Nana Mouskouri…Oui, mais non !
Soul Asylum : Hurry Up And Wait / Blue Élan Records

