La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Estardy, ce Génie !

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Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

Estardy, l’empreinte d’un géant. Je te l’emprunte, Bernard.

Ah, le studio d’enregistrement mythique CBE de Bernard Estardy, dans un endroit improbable rue Championnet dans le 18 ème ! On y accédait par une petite porte en bois comme une entrée furtive de boxon. Et alors on tombait tout de suite sur le géant derrière sa console. J’y allais surtout pour les séances d’enregistrement d’Herbert Léonard. Ce cher Herbert à qui j’ai rendu un vibrant érothommage lundi dernier. Bernard se levait pour nous faire la bise. Il se baissait pour me la faire du haut de ses deux mètres. Avec mon mètre quatre-vingt-cinq, j’avais l’impression d’être Toulouse Lautrec.

Il adorait prendre la voix d’Herbert. Quand Herbert chantait, il me faisait remarquer les vumètres. « Regarde, il me disait, c’est le seul que je connaisse qui arrive à me les foutre dans le rouge. » Il en avait vu des chanteurs pourtant. Et il en avait fait des tubes pour Cloclo, Sardou, Pierre Bachelet, Marc Lavoine, Barbelivien,  entre beaucoup d’autres. Quand je dis qu’il en a « fait » des tubes, ce n’est pas en tant qu’auteur ou compositeur mais en tant que bidouilleur de génie et musicien hors normes. 

On lui amenait une chanson normale et il en faisait un succès. Une mélodie à l’agonie, il la prenait en réa dans son studio et lui donnait un second souffle. D’une chanson morte-née, il faisait la toilette du mort avant de la ressusciter autrement jusqu’au succès. Il bricolait ses sons sur ses synthés maison, pivotant sur lui-même sur son siège, de la console à la boîte à sons magiques derrière lui contre le mur. Il avait l’art de « rattraper » les chansons, de les repêcher. Ou quand elles étaient déjà bonnes au départ, de les booster, de les amener à l’efficacité absolue. 

Il avait fait ça avec Dagmar, un sublime mannequin allemand que je connaissais. Elle baragouinait le français et ses fautes avec son accent étaient charmantes. Avec Philippe Lhomlet, on en a fait une chanson, Berlin, avec un texte trébuchant de fautes de français. Bernard avait fait une prise de voix somptueuse de la Berlinoise qui ne chantait quand même que très approximativement. Après chaque prise, il disait souvent: « Vérifions ! Comme disait Orlando. » Évidemment, si on ne savait pas que le coach de Dalida était homo ça tombait à plat. Je vous parle d’un temps…

Un matin, avec Langolff -encore lui- on enregistrait je ne sais quoi chez CBE. Il était relativement tôt le matin, et on n’avait pratiquement pas dormi après avoir joué et bringué. J’avais bien vu que Bernard nous observait depuis un moment pendant une pause. Et il nous a lâché : « Je vous aime bien tous les deux… vous êtes malsains. »

Avec le recul, je le prends comme un compliment parce que Dieu sait qu’il n’avait pas rencontré beaucoup de mecs traditionnels au cours de sa carrière.

C’était  Bernard.

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Pantoufles de verre… recyclable ?

Quand j’étais petit et qu’on me racontait Cendrillon, j’étais toujours chagriné par sa pantoufle de verre. Les deux termes me choquaient. « Pantoufle » et « Verre » .

D’abord pantoufle, qui ne faisait pas tellement princesse mais plus Germaine Fléchard qui épluche les poireaux sur la toile cirée de la table de la cuisine, le soir, avec TF1 en fond sonore.

Et ensuite verre. Je me disais qu’à part voir les panards de la belle en transparence ça ne devait pas être bien pratique pour crapahuter dans les palais. Et en plus si elle shootait dans un trottoir, elle pouvait gravement se couper, voire s’amputer de ses délicats petits orteils.

Et puis on m’a dit que finalement les pompes c’était pas du verre mais du vair. Le vair étant un petit écureuil du nord, je comprenais mieux. Je pensais au vison ou à la belette ou encore au castor. Des fourrures qui tiennent chaud et qui évitent les engelures. Et plus tard, j’ai pensé que si Perrault avait choisi le blaireau à la place du vair, il aurait vraiment pourri l’image de sa princesse. Cendrillon et ses pantoufles de blaireau. Une héroïne des temps modernes avec Flunch, Bricodéco, et Hanouna.

Mais j’ai vu aussi récemment que les deux étaient acceptés. Verre erreur vair. Pour le verre je ne suis pas surpris, avec la fièvre du recyclable à tout prix. Comme ça, on peut recycler aussi Cendrillon tout entière dans la foulée et en faire un travelo ou un transgenre. Tout est possible maintenant avec le Progrès. Et la peur de passer pour des ringards nous fait accepter tout. Comme par exemple les mecs-nanas avec les guêpières, les bas, les escarpins et… la barbe. L’avantage, c’est dans la pipe. La verge élue jouit de la lèvre ET de la moustache qui arrive en ressac. L’effet rasoir à double lame où la deuxième termine le boulot. Mais je m’égare.

Pour la pantoufle de vair en revanche, je suis surpris que ce ne soit pas supprimé des contes. Y’a une telle campagne contre les fourrures et les petites bêtes qui souffrent pour notre confort thermique.

Donc Cendrillon tu m’as compris, le verre oui parce que c’est recyclable et c’est pour l’écologie de la planète, l’avenir de nos enfants, etc etc. Et le vair non, parce que cette petite bête ne demande qu’à vivre et fait partie de l’écologie du système car elle se nourrit exclusivement de…  je sais plus. J’ai plus ma tête, comme dit Blier dans la scène de la cuisine des Tontons Flingueurs. De toute façon Cendrillon, si on devait baiser un jour, je préférerais quand même que tu m’éperonnes les flancs en vair. Et contre tout.

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Ma femme m’a dit

Y’a en gros deux catégories de mecs : les indépendants, qui pensent et décident par eux-mêmes, et les « ma femme m’a dit » . J’en ai connu, ils sont épuisants : « Ma femme m’a dit que c’est même pas la peine de prendre la route le week end de l’Ascension. » « Ma femme m’a dit que pour rien au monde elle irait vivre à la campagne. » « Ma femme m’a dit que c’est pas la peine d’aller voter parce que de toute façon… » « Ma femme m’a dit que pour mon poids, faut que j’arrête les viennoiseries et que je devrais faire de la marche. » Et toi, tu dis quoi ?

Et y’a la variante : « Avec ma femme » « Avec ma femme, on va peut-être aller à Argelès cet été. » « Avec ma femme, quand on a vu l’autre con à la télé on s’est dit : il est encore là, lui ? » « Avec ma femme, on a fait un vide grenier mais y’avait que de la merde. » « Avec ma femme, on est allé voir un film mais on s’est fait chier. Pourtant mon pote Gilbert qu’a pas des goûts de chiottes nous avait dit que c’était bien. J’ai dit à  ma femme : « t’as remarqué, quand un film est nul t’as mal au cul sur ton siège. » Tu changes de fesse toutes les cinq minutes. »

Le mec « ma femme m’a dit » est finalement comme un poisson dans l’eau avec cette époque de diktats et de « fais où on te dit ! » Il est peinard, il n’a plus rien à décider par lui-même. Il peut juste consacrer son pouvoir décisionnaire à se gratter le cul ou bouffer ses crottes de nez. Et éventuellement, acquiescer énergiquement devant BFM TV jusqu’à porter une minerve.

Ma femme m’a dit… Et sans ta femme, t’arrives à aller acheter des timbres ou à décider d’aller pisser ?

Francis Basset

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