Psychologue, psychanalyste, Totto Chan propose son regard de femme sur le cinéma, sur l’amour et le désir qui animent le cœur des plus grands réalisateurs. Aujourd’hui, Une Place au Soleil de George Stevens.
George Eastman fréquente une jeune ouvrière, Alice Tripp, dans l’usine de son oncle, un riche industriel dans le textile. Leur relation doit rester clandestine, le règlement de la société interdisant toute relation de couple entre employés.
George est issu d’un milieu modeste : son père, le frère du patron, Charles Eastman, est décédé, le laissant à la charge de sa mère, qui vit pauvrement dans la foi évangéliste. Mais George est ambitieux, il s’adapte très vite à la cadence de la chaîne de production, et souhaite progresser.
À la faveur d’une invitation protocolaire chez son oncle, George découvre Angela Vickers, une jeune fille fortunée, amie de la famille Eastman. Si celle-ci ne lui jette pas un seul regard, George est bouleversé par sa beauté et ne parvient pas à l’oublier.
Charles Eastman, décidé à être bienveillant à l’égard de son neveu, le convie à une soirée festive privée. George est solitaire, un peu gauche, et peine à trouver sa place au sein de la jet-set. Mais il rencontre à nouveau la douce Angela, qui le remarque cette fois-ci.
Une passion torride naît entre eux, que George peine à cacher à Alice qui souffre de son éloignement progressif. Se découvrant enceinte de lui et ne pouvant avorter, Alice pleure, le supplie de l’épouser, puis menace de révéler la nature de leur relation à sa famille. George se sent pris au piège et acculé à commettre l’irréparable.
Une Place au Soleil, de Georges Stevens, est un film noir, une œuvre morale au ton désabusé, qui réunit pour la première fois à l’écran, le couple légendaire Montgomery Clift et Elizabeth Taylor, seulement âgée de 17 ans au moment du tournage.
L’adaptation du roman de Theodore Dreiser a dû déjouer les fourches caudines de la censure hollywoodienne, elle-même soumise aux tensions sociales générées par le marccarthysme ambiant, afin d’aborder les questions des relations charnelles hors mariage et de l’avortement.
George aspire à devenir riche, et à briller en société, sans en posséder ni les codes ni le carnet d’adresses. La rencontre avec Angela l’émerveille dans ce qu’elle recèle de promesses à venir, l’aisance financière, la puissance, la dolce vita.
Son désir pour Alice, incarnée dans une fragilité toute féminine par l’actrice Shelley Winters, en devient de fait encombrant, et contrarie son espoir d’ascension sociale que son amour naissant pour Angela lui permet désormais d’imaginer. Pire encore, il lui faudrait alors assumer une paternité qui l’obligerait à quitter ses fonctions à l’usine, en dévoilant la nature transgressive de sa relation à Alice.
Pris au piège d’un cruel dilemme, George élabore dans la précipitation un scénario de crime, mais hésite à donner la mort, lors d’une partie de canotage en pleine nuit, à celle qui fut la première à le remarquer à l’usine, et à poser sur lui un regard d’amour. George n’a pas le courage de tuer Alice, ni de lui en vouloir, car il comprend les sentiments qu’elle éprouve.
Il l’écoute lui déclarer sa peur de le perdre et les joies promises d’une existence ouvrière, toute entière vouée à l’espérance d’une vie meilleure. Les affres de son incertitude se lisent sur son front perlé de sueur, au fur à mesure que la nuit glaciale et silencieuse tombe sur ses épaules.
Et lorsqu’Alice tombe accidentellement à l’eau lors d’un élan de générosité amoureuse, George n’a pas non plus le courage de la sauver. Sa non-assistance, puis sa fuite seront retenues contre lui, au cours d’un procès où le Procureur Marlowe n’aura de cesse de prouver l’intentionnalité de son crime.
George, l’anti-héros pathétique, ne trouvera nulle place au soleil, malgré un désir légitime d’en convoiter une. Son beau visage torturé et ses grands yeux fixés sur la rive désormais inaccessible du bonheur, lové dans la chevelure parfumée de la belle Angela, traduisent sa perplexité devant l’horreur de son propre geste.
En prison, en compagnie de sa mère et d’un prêtre, sa culpabilité lui apparaît dans toute sa cruauté, à quelques minutes de son exécution par chaise électrique. George comprend trop tard qu’il a été le jouet docile de sa propre avidité, refusant un bonheur désintéressé, à sa portée, avec une femme qui l’aime.
Totto Chan
Une Place au Soleil (A Place in the Sun) est un film dramatique américain réalisé par George Stevens, sorti en 1951. Le film s’inspire du roman « Une tragédie américaine », de Theodore Dreiser. Il reçoit en 1952 six Oscars, dont celui du meilleur réalisateur.
Lire Totto Chan est un bonheur. L’écouter est une joie !






