Didier Caron : Libre de ses Joies

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Un drame, une comédie, deux succès. Avec Zola, l’Infréquentable et Un Cadeau ParticulierDidier Caron savoure tout le bonheur de sa liberté retrouvée d’être l’auteur de ses choix comme de ses joies.

 

ll fête en ce moment ses cinquante ans au Funambule, où il reçoit chaque soir des mains de son meilleur ami un cadeau dont il est peu de dire qu’il est particulier.

Si seul le geste compte, celui-ci résonne comme une baffe monumentale à fissurer l’ego du quinqua conquérant. Sa désillusion fait notre miel et sa colère gronde aussi fort que la salle se gondole. En habile horloger de la comédie, Didier Caron signe avec Un Cadeau Particulier une pièce on ne peut mieux à l’heure de ses promesses.

S’il fait rire à Montmartre, il propose, dans un tout autre registre, de vivre à la Contrescarpe la rencontre entre Émile Zola et Léon Daudet au soir de la dégradation d’Alfred Dreyfus, le 5 janvier 1895.  Zola l’Infréquentable, raconte avec force et éloquence le choc de deux mondes, de deux Frances, qui allait décider de l’engagement ardent et passionné de Zola dans la défense du capitaine injustement déchu et relégué.

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« Je ne sais pas ce qui m’inspire… Il faut que ça me touche. Donc, ça peut être tout autant une comédie, un drame… Que ça me touche ou que ça m’amuse, ou qu’il y ait un fond… Mais avant tout, il faut qu’il y ait une singularité dans l’histoire… Que j’ai envie de l’écrire en me disant : « Tiens, c’est intéressant. »

Et j’essaie toujours de prendre un peu de hauteur en me disant : « Est-ce que cette histoire peut intéresser les gens ? » Parce que lorsqu’on part dans une écriture, on part de nombreux mois, donc il faut que le démarrage soit une bonne idée… Et on ne sait jamais si c’est une bonne idée (sourire) mais autant partir avec une idée qui a l’air de séduire…

Donc, à chaque fois, je teste… J’ai cette idée-là, je la teste auprès des gens, je vois comment ils réagissent et si j’observe qu’il y a un intérêt, alors j’y vais (sourire).

Pour « Un Cadeau Particulier », très honnêtement, je ne me souviens plus comment j’ai eu l’idée… En général, une idée vient souvent d’une anecdote…  Évidemment, là, on ne va pas dévoiler le contenu du cadeau, qui est assez singulier et qu’on ne m’a d’ailleurs jamais offert, je mets les gens en garde de ne pas offrir ce genre de cadeau, ils risqueraient de se mettre mal avec la personne à laquelle ils l’offriraient (sourire)… Alors, je ne sais pas où j’ai eu cette idée-là, mais à un moment je l’ai eue (sourire)…

Et ce cadeau qui va enflammer l’anniversaire parle en réalité de l’image… Quand on offre un cadeau, c’est jamais anodin, c’est pour faire plaisir. On se dit que ça va correspondre un peu à l’image de la personne, qu’elle va l’aimer… 

Quand on m’offre dans la pièce ce cadeau, justement je pose la question : « Quelle image vous avez de moi pour que vous puissiez penser une seule seconde que ce cadeau puisse me faire plaisir !? » En plus, c’est mon meilleur ami et associé qui me l’offre, il a demandé à tout le bureau, aux filles de la comptabilité si c’était une bonne idée, tout le monde a répondu : « C’est pour lui ! » … Je me dis : Mais, c’est pas possible (sourire) !! »

Et à partir de là, mon épouse soulève toute la poussière qui était sous le tapis : « Si on t’offre ce cadeau, ce n’est pas anodin mon p’tit pépère… C’est peut-être parce qu’on a cette image-là de toi… » 

Évidemment, après, on va de révélation en révélation, avec, toujours en filigrane, le thème de l’image qu’on croit avoir de soi et celle qu’on donne. »

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©Jean-Marie Marion

« Pour Zola, après avoir monté « Fausse Note » à la Contrescarpe, Maud Mazur, la directrice artistique, m’avait proposé d’écrire autre chose. On avait cherché ensemble et on était tombés sur Zola, que je connaissais mal. Et Léon Daudet, encore moins…

J’ai mis beaucoup de temps à trouver l’angle d’attaque, beaucoup de choses avaient été écrites sur lui. Et puis un jour, au détour d’une bio, j’ai lu cette anecdote vraie de cette rencontre de Zola avec Daudet. 

Zola, tous les jeudis, allait dîner chez son ami, Alphonse Daudet. Ils n’avaient pourtant pas les mêmes points de vue. Alphonse était, comme son fils, comme beaucoup d’autres à l’époque, à flirter voire plus avec les idées antisémites.

Et ce jeudi-là, Léon Daudet rentre de l’école militaire où il a assisté à la dégradation du capitaine Dreyfus. Zola est là. Comme tout le monde, il est au courant mais il ne prête pas plus attention à « cette histoire » comme il dit. C’est la façon dont en parle Léon Daudet qui le pousse vraiment dans l’histoire et la défense de Dreyfus…

Et il y a cette question que Daudet pose à Zola : « Est-ce que lorsque vous défendez Dreyfus, vous le faites de façon intègre, ou est-ce que vous courez après quelque chose de plus personnel ? » …

Il y a cette interrogation dans la pièce, où on en apprend évidemment beaucoup sur cette affaire, où on apprend aussi des choses sur Zola qui vont sans doute moins dans la superbe du grand romancier qu’il était…

J’ai beaucoup cherché, beaucoup lu et ce n’est que mon analyse personnelle mais Zola est d’abord un homme avec, comme vous, comme moi, sa part d’ombre et ses paradoxes… Il a défendu Dreyfus, c’est indéniable.

Il a eu ce courage et il en a payé le prix. Il a perdu beaucoup de choses, notamment son entrée à l’Académie Française… Dix-neuf fois refoulé parce ce que populaire et que son écriture naturaliste dérangeait les Immortels, et puis aussi parce qu’il a défendu Dreyfus… Et finalement, peu importe pourquoi il l’a fait… Il l’a fait !

Dans « Zola, l’Infréquentable » , je me positionne évidemment de son côté, même si les questions que pose Daudet sont très intéressantes… 

Zola s’insurge. Il est effaré de cet antisémitisme, mais il espère que ça ne soit qu’un moment qui va s’estomper… Or, on observe que plus d’un siècle après, ça ne s’est évidemment pas estompé, que ça ne s’estompera malheureusement jamais, et que c’est aujourd’hui tout aussi violent… 

Ça m’intéressait de voir que l’homme n’apprend rien et que cet antisémitisme, qui est un des sujets qui m’importent dans mes pièces même si je le traite parfois sur le ton de la comédie, subsiste toujours…

Et de voir aussi la virulence des propos de l’époque. Aujourd’hui, on va directement en prison, mais à ce moment-là, ils étaient d’un antisémitisme totalement décomplexé, Daudet notamment… Tous les propos, tous les mots les plus durs, les plus ignobles sont vrais ! Quand Daudet parle des Juifs, ce sont ses mots et ses mots sont incroyablement violents ! »

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©Jean-Marie Marion

La dernière fois qu’on avait croisé Didier Caron, c’était au Théâtre Michel qu’il a dirigé avec bonheur et talent pendant dix ans, prenant sans relâche le risque de donner leur chance à des jeunes comédiens, et de faire exister ainsi des projets où peu se seraient aventurés. On se souvient notamment du Repas des Fauves qui fut joué 600 fois !

Il confiait alors son envie de se consacrer davantage à ses propres projets. On sentait chez lui le profond désir de s’écrire autrement. S’il a gardé en mémoire « les grandes joies » que ses années à la tête du Michel lui ont offertes, il n’oublie pas non plus que ce rôle avait fini par l’éloigner de la création. À cet égard, il confie, en souriant, dormir aujourd’hui mieux qu’hier.

Et quand il remonte à avant-hier, il se revoit non loin du Funambule, au pied de ces mêmes marches montmartroises avec sa bande de l’époque.

Il y avait déjà Roland Marchisio et Pascal Elbé. Les trois copains fréquentaient le même Cours Viriot. Ils avaient bien compris qu’on ne vient que rarement vous chercher et que pour vivre son rêve de théâtre, il peut être judicieux de commencer par l’écrire. Ce qu’ils firent avec Charité bien Ordonnée, qui tint l’affiche du Splendid pendant un an, avant d’être reprise et reprise encore.

Didier Caron retrouve au Funambule comme à la Contrescarpe ce qu’il aimait au Michel. Un même esprit de famille. Il savoure la joie de s’amuser chaque soir avec Bénédicte Bailby et Christophe Corsand, des « camarades sur scène et dans la vie extrêmement délicieux » . Mais au jeu, il dit sans ambages préférer aujourd’hui l’écriture.

Penser et raconter des histoires, imaginer des personnages, les faire dialoguer et leur inventer un langage, voilà ce qui fait rêver cet homme rendu à sa liberté de créer. Voilà ce qui le remue et fait sa joie.

Et il achève de nous régaler quand il conclut qu’il doit se « hâter d’écrire car les personnages s’impatientent d’exister. »

O.D

Un Cadeau Particulier. Texte de Didier Caron. Mise en scène Didier CARON et Karina MARIMON. Avec Karina MARIMON ou Bénédicte BAILBY, Christian MULOT ou Didier CARON, Pierre-Jean CHERER ou Christophe CORSAND.

À l’affiche du Théâtre Le Funambule.

 

Zola, l’Infréquentable. Texte et mise en scène de Didier CARON. Avec Pierre AZÉMA et Bruno PAVIOT.

Créateur lumières : Denis SCHLEPP
Costumes : Mélisande de SERRES
Scénographe : Capucine GROU-RADENEZ
Perruques : Vincenzo FERRANTE

À l’affiche du Théâtre de la Contrescarpe.

 

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