« Je suis Africain » : Rachid Taha, même pas mort !

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Le Roi du Rock’n’Raï revient avec Je suis Africain. Un tout nouvel album. Un retour de l’au-delà auquel on ne s’attendait pas. Attention, bonheur !

Rachid Taha aura tout fait. Du punk au raï, en passant par le reggae, la pop, la chanson française, le chaâbi, la techno, le rock, il aura touché à tout avec brio. Le 12 septembre 2018, cet artiste hors normes disparaissait brutalement, victime d’une crise cardiaque en plein sommeil.

Fondateur en 1980 de Carte De Séjour, le groupe fait parler de lui en 1986 avec sa reprise de Douce France, morceau de Charles Trénet en hommage aux soldats emprisonnés par les allemands en 1943. La version fut si critiquée que le groupe décida d’envoyer le texte à chaque député de l’Assemblée Nationale.

Au début des années 90, Rachid Taha s’envole pour une carrière solo. À la fin des années 90, sa reprise de Ya Rayah, un des morceaux les plus populaires en Algérie signé Dahmane El Harrachi, sorti originellement en 1973, fait de lui une star mondiale. Suprême consécration quelques années plus tard avec Rock El Casbah, sublime reprise du Rock The Casbah des Clash. Une de ses idoles, Mick Jones, chanteur et guitariste du groupe anglais, dira même préférer la version de Rachid Taha à l’originale. Par la suite, les deux hommes interpréteront ensemble le morceau à maintes reprises.

Rachid Taha a toujours été un artiste engagé. En 1993, il interprétait Voilà, Voilà, excellent morceau contre la montée en puissance de l’extrême droite en France. Morceau, malheureusement, toujours d’actualité. Sur son nouvel album, le chanteur se revendique citoyen du monde en clamant Je Suis Africain. Il y cite aussi quelques exemples comme Jimi Hendrix ou Bob Marley.  Ses mélanges musicaux  sont d’ailleurs la preuve que Rachid Taha était un homme ouvert. Il n’y a qu’à écouter Ansit, mélange de pop anglaise années 60 et de raï, ou encore la musique arabo-andalouse de Wahdi, enregistré avec l’artiste suisso-algérienne Flèche Love, pour réaliser que ce mix des cultures était un grand combat pour l’artiste. Il le confirme dans plusieurs morceaux.

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Dans le titre électro punk Andy Waloo, consacré à Andy Warhol, il cite quelques unes de ses nombreuses influences si diverses comme Elvis Presley, Oum Kalsoum, ou Patti Smith. Il ne cesse de répéter «Est-ce que tu connais l’autre ?» Cette chanson résume presque tout à elle seule. Autre titre qui évoque les personnages qu’il admire, Like A Dervish. Interprété en anglais, en arabe, et en français, un nom sort du lot. Celui de Miles Davis. Rachid Taha aimait aussi le jazz. Le terrible Striptease, qui aborde la solitude, est LE titre jazz de l’album. Sublimement écrit, il donne quelques frissons et va jusqu’à révéler la personnalité du chanteur. Sa solitude, sa personnalité loin du show bizz. Il joue presque un un jeu en permanence. D’apparence bourru au prime abord, Rachid Taha se détend lorsque vous parlez avec lui et qu’il comprend que vous n’aimez pas SA musique, mais LA musique…

Dans ce nouvel album solo, il y a évidemment de nombreux textes en arabe. Même si on ne les comprend pas, des morceaux comme Insomnia, digne d’une B.O d’un western de Sergio Leone, nous transporte vers des horizons lointains. Aïta, totalement remanié le dernier jour de l’enregistrement, peut être lu de deux façons. Il aborde le thème de l’exil, d’un voyage sans retour, qui peut aussi être celui de la mort.

Minouche, et son thème gitan-rock, évoque la liberté, la différence. Le texte, en français, prône la tolérance, le respect, mais aussi la difficulté que peuvent avoir certains émigrés à être simplement acceptés. Avec Happy End, sa rythmique rock et ses cordes orientales, Rachid Taha interprète une chanson d’amour presque à l’ancienne. Pourquoi presque ? Parce qu’il se joue de lui-même, ne se prend pas au sérieux même s’il prône la tolérance et l’Amour avec un grand A.

Je Suis Africain n’est pas une compilation posthume comme peuvent en sortir certaines maisons de disques avec des artistes fans de Harley Davidson, très connus en France, uniquement pour payer les dettes et une partie de l’héritage. Non, là, c’est du vrai. L’opus a été entièrement enregistré par Rachid Taha peu de temps avant sa mort. Ce n’est pas une énième compilation. Tous les morceaux sont originaux.

Rachid Taha chante brillamment. On le sent s’amuser, on le sent bien, on le sent vivre. On en parle au présent, simplement parce qu’on a l’impression qu’il est toujours là et qu’il va débouler d’un coin où on ne l’attend pas. Je Suis Africain est bien plus qu’un album. C’est une sorte de testament musical. Magique et magnifique.

Laurent Borde

Rachid Taha / Je Suis Africain / Naïve Records      

(Crédit Photo de une : Baltel, agence Sipa)

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