Les Tréteaux Lyriques : Tout l’Amour du Chant

Les Tréteaux Lyriques-Tout l'Amour du Chant-Ouv-ParisBazaar-Marion

Ils portent avec joie et passion la bonne parole de l’art lyrique depuis plus de cinquante ans. Rencontre avec les amateurs talentueux des Tréteaux Lyriques qui ont fait de leurs chants la mélodie d’un bonheur partagé.

On venait de le croiser sur le grand boulevard, en mode casual chic et casque de scooter à la main. Plus tout à fait dans les quarantièmes rugissants,  plutôt sur les rives de la soixantaine apaisée mais le sourire et le tonus de ses vingt printemps. À peine franchie la porte des artistes du Gymnase, il s’est engouffré dans sa loge et c’est en vice-roi du Pérou qu’il est réapparu.

Redingote rouge, épaulettes à franges dorées, chemise à jabot, le port de tête et le regard de circonstance, c’est à dire altier et le torse tout aussi bombé, il en imposait subitement beaucoup plus. Déjà dans la jubilation de son rôle, il faisait plaisir à voir. D’ici quelques heures, Jean-Philippe Monatte serait sur scène avec ses camarades de jeu, pour une représentation de la Périchole de Jacques Offenbach à laquelle assisteraient plus de 500 spectateurs.

Les Tréteaux Lyriques-Tout l'Amour du Chant-Jean-Philippe Monatte-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Vice-roi du Pérou ce soir-là mais chef des brigands une autre fois. Et puis d’autres fois encore, chef des forains, roi de la terre, baron, grand prêtre et même Jupiter. Des rôles et des vies aux antipodes de son quotidien de chef d’entreprise. Si Jean-Philippe Monatte dirige et manage tous les jours, tous les deux ans et durant quelques soirs, comme les quarante autres membres des Tréteaux Lyriques, il est un autre. Il chante, il se déguise, il joue. Il se régale, il exulte.

« Mon histoire avec les Tréteaux Lyriques a commencé il y aura bientôt vingt ans.. J’avais été repéré par un chef de chant qui m’avait demandé si ça m’intéressait de faire des opérettes, des spectacles où on peut lier tout à la fois le chant et la comédie… J’avais dit oui et je m’étais retrouvé dans « la Fille du Tambour Major » d’Offenbach… déjà lui (sourire)… On avait ensuite monté « la Veuve Joyeuse » de Franz Lehár au Trianon. Et c’est là que les Tréteaux m’ont proposé de jouer leur chef des brigands dans « les Brigands » de Jacques Offenbach… toujours lui (sourire)… 

Depuis ? Depuis, c’est tous les deux ans un vrai grand plaisir ! On est entourés par de vrais professionnels. Je pense notamment à Yves Coudray, notre metteur en scène. Il a une connaissance très fine d’Offenbach… Sur « la Périchole » que j’avais déjà jouée avec d’autres troupes, il m’a apporté un autre éclairage et une approche plus sensible de mon personnage, ce qui m’a permis de le jouer avec sans doute plus de nuances…

Ce vice-roi du Pérou, je le voyais avant comme un coureur de jupons, je le redécouvre réellement amoureux de la Périchole… Et ça change tout (sourire) !

Il y a ce travail avec le metteur en scène, il y a aussi celui que nous propose notre chorégraphe, Francesca Bonato. Je n’oublie pas notre cheffe de choeur, Charlotte Dentzer, ni notre chef d’orchestre, Laurent Goossaert… C’est ça la force aujourd’hui des Tréteaux Lyriques !

Il y a cinquante ans, c’était un peu « plus on est mauvais, plus on fait rire la salle ». Maintenant et depuis quelques années déjà, on se fait entourer de vrais professionnels et on cherche vraiment à égaler un niveau de professionnel… D’autant que le public est lui aussi devenu plus exigeant.

Ce qui pour autant n’a pas changé, c’est le vrai bonheur de nous retrouver et de partager tous ces moments avec la troupe… Ce sont des moments de joie et d’amitié, des moments forts… Et ça nous change de nos milieux habituels…

Cette vie avec les Tréteaux m’a d’ailleurs aidé dans ma vie professionnelle…  Je suis chef d’entreprise et quand j’y pense, c’est vrai qu’en épousant l’état d’esprit et la culture de cette troupe, j’ai appris à mieux valoriser mes équipes, à mieux leur donner envie… De la même façon que sur scène, les solistes sont aussi là pour valoriser les choristes.

 Oui, le temps d’une production, on a le sentiment de vivre plus intensément… Il y a une telle énergie quand on est tous ensemble, avec la troupe, l’orchestre… On ressort de chaque spectacle à la fois plus fort, enrichi, et tellement joyeux (sourire) ! »

Les Tréteaux Lyriques-Tout l'Amour du Chant-Marie Charlotte Nantas-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Elle aussi est passée en l’espace de quelques instants de notre 21é siècle encore jeune et tâtonnant au 19é flamboyant d’Offenbach. Et c’est vêtue d’une robe longue dont le drapé magnifique n’a d’égal que le décolleté vertigineux, à l’époque on savait s’habiller, que Marie-Charlotte Nantas, tout à son aise dans la peau d’une des cousines de la Périchole, a rejoint le vice-roi du Pérou dans la salle du Gymnase.

« Je pratique le chant depuis l’enfance… J’ai fait partie des Petits Chanteurs de Saint-Louis, j’ai aussi chanté avec le Jeune Choeur de Paris dirigé par Laurence Equilbey, j’ai également été dirigée par Michel Piquemal… Le chant est entré dans ma vie un peu par hasard… L’un de mes frères faisait partie d’un choeur et la personne qui s’en occupait m’a vue un jour où je l’avais accompagné avec ma nounou… Elle l’a invitée à me laisser chanter, j’ai accroché tout de suite (sourire) ! J’avais cinq ans.

Ma première tentative avec les Tréteaux Lyriques n’a pas été la bonne, j’avais passé l’audition il y a très longtemps mais je n’avais pas été retenue…Malgré tout, l’envie ne m’a pas quitté de trouver des rôles alliant le chant et la comédie…  Ça me manquait beaucoup, le théâtre… Je n’en avais jamais fait et quand il y a trois ans, j’ai rejoint la Troupe, j’ai enfin réalisé ce rêve (sourire) ! C’est maintenant ma deuxième production et l’idée c’est que je ne m’arrête pas tout de suite (rires) !

Le chant, c’est pour moi un exutoire… Quand je chante, je lâche toutes les vannes et je ne pense à rien d’autre… C’est déstressant, très apaisant… C’est essentiel dans ma vie (sourire)…

D’ailleurs, j’ai été pendant des années responsable de la communication et du marketing au sein d’un groupe mais je sentais qu’il me manquait quelque chose et c’est la musique qui a guidé mon choix… Je me suis réorientée vers le métier de musicothérapeute… Ce que j’ai vécu et trouvé avec les Tréteaux n’est pas étranger, je crois, à ce changement de cap… D’une certaine façon, oui, les Tréteaux m’ont permis de retrouver celui qui était fondamentalement le mien (sourire).

Au-delà du bonheur que je ressens à travers le chant et la comédie, j’ai trouvé ici des gens extraordinaires qui font des Tréteaux Lyriques une aventure humaine fantastique ! L’énergie qui se dégage de cette troupe est incroyable, c’est quelque chose que j’adore ! J’ai en outre la chance de faire parie du bureau directeur où je m’occupe de la com’, on ne chasse pas les vieux démons comme ça (sourire), et l’ambiance est formidable ! 

J’ai trouvé ici un équilibre qui est top… Je dois dire aussi que j’ai un mari qui ne l’est pas moins… Les répétitions nous prennent du temps, des soirées… C’est un week-end sur deux pendant quatre mois… Avoir quelqu’un à la maison qui vous comprend et vous soutient, c’est une vraie chance (sourire) !  

Et puis, regardez le lieu où nous sommes… Le Théâtre du Gymnase… L’un des plus beaux et des plus grands théâtres parisiens… Cette salle, cette scène… (silence)… Le temps d’une représentation, on a vraiment l’impression d’être des pros (sourire) !  C’est incroyable pour des amateurs comme nous de vivre ça ! Avec une telle équipe derrière nous, qui nous porte, qui nous pousse… C’est… C’est absolument génial (rires) !! 

Chaque soir, je ressens la même montée d’adrénaline avant d’entrer en scène. Chaque soir, ça passe à une vitesse folle, l’impression que ça dure trois minutes chrono… Et chaque soir, à la fin du spectacle, je me dis… Waouh ! Tant mieux, j’y retourne demain (sourire) !! »

Les Tréteaux Lyriques-Tout l'Amour du Chant-Katell Martin-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Juste parfaite dans le décorum de dorures et de velours rouge du vénérable Gymnase, Katell Martin est alors apparue au premier balcon et le temps a suspendu sa course. On l’aurait crue tout droit sortie d’un grand bal donné par le président Mac Mahon. Irréelle. La sonnerie de son portable a hélas tout de suite estompé la magie de l’instant.

« Mon vrai métier vient de me rappeler (sourire)… Je suis responsable des ressources humaines au sein d’un grand groupe pharmaceutique, je suis également présidente de la Troupe des Tréteaux Lyriques.

Et je vous avoue qu’au moment où on est dans le dur, entre les représentations, les réservations à gérer, l’organisation avec le Gymnase, l’orchestre, le metteur en scène, tout en même temps… Ça fait des journées un peu chargées (sourire)… Dans mon entreprise, ils ont le sentiment de ne pas beaucoup me voir (sourire)…

Mais j’ai la chance d’avoir un boss hyper-compréhensif, et qui est fan des Tréteaux ! Il vit en Belgique et à chaque fois qu’on joue, il vient en France pour assister aux représentations… Bon an, mal an, il accepte, je crois, ma deuxième vie (sourire).

Les Tréteaux, c’est ma bulle de respiration depuis 2003… C’est là que je viens puiser beaucoup de joie, d’enthousiasme, d’effervescence… Et d’adrénaline aussi ! Ce soir, on attend plus de 500 personnes (sourire) ! Et puis, oui, ma vie avec les Tréteaux me donnent une confiance, une envie qui me servent beaucoup dans ma vie professionnelle…

De la même façon d’ailleurs que mon travail de responsable RH, à travers les problématiques humaines qu’il m’amène à gérer, m’a aussi beaucoup aidée dans mon rôle de présidente des Tréteaux… C’est une évidence (sourire).

Je suis une passionnée de musique, je suis entrée au conservatoire quand j’étais petite et j’ai étudié la flûte traversière pendant des années… C’est le répertoire classique et la pratique de l’instrument qui m’intéressaient surtout…

Le chant, je ne vais pas vous dire que dans cette troupe, je ne suis pas celle qui a l’une des voix les plus atroces mais pas loin quand même (rires), je ne suis pas la meilleure… Je n’ai pas la voix de soliste de Marie-Charlotte par exemple (sourire)… Mais j’adore chanter !

Et c’est en discutant avec Jean-Philippe Alosi, soliste et membre des Tréteaux depuis 2001 je crois, on travaillait à l’époque dans la même entreprise, que j’ai décidé de passer l’audition… J’avais chanté « Dis quand reviendras-tu » de Barbara… J’étais tellement dans l’émotion, que je me suis mise à pleurer… C’était un tel enjeu pour moi, j’avais tellement envie de rejoindre cette troupe… Ils m’ont acceptée quand même (sourire).

Je fais parte du choeur mais ce sont à chaque fois des personnages qu’il faut jouer… Je leur imagine une vie, des traits de caractère… J’adore ça !

Et c’est aussi ce que j’adore dans cette troupe, c’est que le plus jeune, Basile, a dix-neuf ans, le plus âgé fête cette semaine ses soixante-dix ans, on vient comme on est, avec ce qu’on est !

Certes, on n’est pas tous des as de la danse, quand on fait des chorégraphies, on sait que certains vont avoir plus de mal mais la chorégraphe est géniale et s’adapte pour que chacune, chacun soit au mieux sur scène…

Tant mieux si notre pétillance et notre joie suscitent des vocations ! J’espère que des jeunes auront envie de nous rejoindre… C’est la passion qui nous anime toutes et tous, et on a toujours besoin de se renouveler… Et puis, je sais que l’opérette a parfois encore cette image un peu désuète, un peu ringarde… C’est pourtant l’ancêtre de la comédie musicale ! Et c’est même mieux (sourire) !

En plus, c’est un orchestre symphonique qui joue avec nous, vous vous rendez compte ?! Moi, je n’avais jamais vécu ça (sourire) ! »

Les Tréteaux Lyriques-Fin-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Les Tréteaux Lyriques ont fêté leur demi-siècle d’existence. Yves Aubin et ses amis qui en eurent la belle idée un jour de février 1968 savaient-ils alors qu’elle ferait long feu ? On peut penser qu’à tout le moins, ils en caressaient le rêve. Et on ne peut que se réjouir qu’au siècle du tout numérique, l’art lyrique continue toujours et encore à faire entendre ses voix.

Passionnés et totalement investis dans l’aventure qu’ils ont choisie, les amateurs des Tréteaux y contribuent avec joie et talent. On imagine que depuis le coin de ciel d’où il les regarde, Offenbach, tout au bonheur qu’ils lui offrent, aime et savoure.

O.D

Et si à votre tour, vous ressentez l’envie de franchir le pas, les Tréteaux Lyriques vous accueillent ici !  

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

VOUS AIMEZ ? REJOIGNEZ-NOUS ET ABONNEZ-VOUS !

DÉCOUVREZ MAINTENANT