Les Foulées Mélomanes du Violoncelliste : de l’Aube au Crépuscule

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Musicien et marathonien, lorsqu’il court, Xavier Berlingen n’est qu’images et musiques. Avec lui, vous redécouvrez les plus beaux classiques. Aujourd’hui, Debussy et Aerosmith.

Par un froid vivifiant, je rejoins les abords du quai Victor Augagneur, à Lyon. Il est quatre heures de l’après-midi et je ne suis pas le seul à avoir eu l’idée d’y venir.

Bien qu’en général j’effectue mes parcours en solitaire dans la nature, j’aime bien de temps en temps me retrouver en compagnie d’autres coureurs. Vu la température, c’est toujours sympathique de se rendre compte que l’on n’est pas le seul mordu. 

Séparé par le Rhône, j’aperçois de l’autre côté de la rive l’ancien Hôtel-Dieu et juste derrière, du haut de sa colline, la basilique de Fourvière. Le ciel d’un bleu mat clair, caractéristique en cette période de l’année, nous plonge déjà dans une ambiance de début de soirée.

Le soleil, d’un jaune foncé visible à l’œil nu de par sa faible luminosité effleure les deux monuments en les habillant de teintes orangées. L’effet me renvoie à un tableau, celui de Claude Monet, Impression. Soleil levant… La perception d’une aurore en fin de journée.

Les Foulées Mélomanes du Violoncelliste-De l'Aube au Crépuscule-Impression Soleil Levant-Monet-ParisBazaar-Berlingen

Cette impression n’est finalement pas si étonnante quand on pense au soleil parfois acteur d’un spectacle de couleurs dont les représentations sont sensiblement analogues, pour son lever comme pour son baisser de rideau. D’ailleurs, il y a même eu un temps une polémique d’historiens autour du tableau de Monet pour savoir s’il représentait bien un soleil levant plutôt qu’un soleil couchant.

Ce qui est sûr, c’est que cette œuvre est à la genèse du courant impressionniste. Un courant artistique dont l’influence débutera également en musique par une création, une composition d’un autre Claude. Debussy, celui-ci.

Claude a 32 ans lorsqu’est joué pour la première fois sa symphonie Prélude à l’après-midi d’un Faune, inspirée d’un poème de Stéphane Mallarmé. Nous sommes en 1894 à trois jours de noël et le concert touche à sa fin. La flûte accompagnée des autres vents entame les derniers accords. Le public de la salle Erard est captivé par cette œuvre d’un nouveau style. Un silence de quelques secondes clôt la symphonie jusqu’à ce qu’éclate un déchainement d’applaudissements qui conduira le chef d’orchestre Gustave Doret à la rejouer dans son intégralité.

Les Foulées Mélomanes du Violoncelliste-Après Midi d'un Faune-ParisBazaar-Berlingen

À cet instant, Claude sent une paix l’envahir en lui, contrastant fortement avec la perpétuelle agitation qui l’habitait jusqu’alors. C’est comme s’il avait atteint le bout d’un chemin entamé des années auparavant. Il se replonge dans le souvenir de ses premières années d’études au Conservatoire de Paris, durant lesquelles il détonnait déjà par son anticonformisme, affichant un certain rejet de l’autorité et de la discipline.

Plus tard, après avoir remporté le prix de Rome, y avoir séjourné quelques temps avant de démissionner en raison de son envie d’une plus grande liberté artistique, il retourne sur Paris pour y connaître une vie de bohème. Rejetant la sphère musicale académique, Claude se sent plus à l’aise dans les cercles littéraires où il se lie d’amitié avec des écrivains, des poètes et des peintres.

À ses amitiés s’ajoute une réelle admiration pour ces disciplines artistiques autres que la sienne. Une influence qui le conduira à façonner un langage musical lui permettant de créer par le son des tableaux dont les timbres des instruments en définissent les couleurs. D’ailleurs, lui-même le dira : « Je parle d’une partition d’orchestre comme d’un tableau » … Et comme dans la peinture impressionniste où les jeux de couleur et de lumière sont omniprésents, ils le seront également dans les partitions de Claude…

Sorti de Lyon, je me trouve dans le parc de la Feyssine. Le ciel bien que sans un nuage, s’est assombri. La lune déjà présente en cette fin de journée semble vouloir concurrencer le soleil par sa clarté. Finalement, depuis le début de mon parcours, je suis dans un véritable jeu de chaise musicale entre le jour et la nuit, le soleil et la lune…Une œuvre pour piano bien connue de Claude me vient en tête, son Clair de Lune, inspiré d’un poème du même nom de Paul Verlaine.

Lorsque que je l’écoute, il me revient en général des moments tendres de ma vie. Mais là, c’est plutôt à un film que je pense, Ocean’s Eleven, et plus précisément à une scène dans laquelle l’amour tient le rôle essentiel…

Georges Clooney, Brad Pitt et leur équipe viennent de braquer avec ingéniosité un casino. Julia Roberts se rend compte que son ancien mari Georges Clooney s’est lancé dans cette histoire pour la reconquérir, alors que son nouveau compagnon Andy Garcia, le patron du casino, se révèle sous son vrai jour, plus intéressé par l’argent que par elle. On la voit quitter Andy Garcia pour courir rejoindre quelques instants son ancien mari embarqué par la police.

Pendant ce temps, toute l’équipe de Georges Clooney se délecte d’un jeu d’eau et de lumière, en pensant aux millions de dollars qu’ils ont dérobés. Tout cela sur la musique de Clair de Lune, un peu arrangée il est vrai à la sauce hollywoodienne. Magnifique…

De retour sur les quais, il fait maintenant pratiquement nuit. J’ai toujours aimé l’ambiance de la nuit que je trouve propice à l’évasion. C’est comme si quelque part les vicissitudes de la vie s’endormaient, pour laisser la place à un peu de quiétude, voire de lâcher-prise. Cette tendance nocturne s’explique sans doute aussi par ma vie de musicien, car bien souvent les concerts prennent vie à la tombée de la nuit. 

Face au froid persistant, je me réchauffe en pensant à une période plus ensoleillée de l’année… L’ouverture du Songe d’une Nuit d’Été a été écrite par Félix Mendelssohn en un mois, au courant du mois de juillet 1826, à l’âge de 17 ans. Pas mal non ? Il l’a composé après avoir lu la pièce comique de William Shakespeare Le Songe d’une Nuit d’Été. 

L’histoire se passe en Grèce au 16e siècle. Hermia est amoureuse de Lysandre mais son père l’a promise à un autre homme, Démétrius qui, bien qu’attiré par Hermia, est en couple avec une autre femme Héléna. Pour pouvoir vivre leur idylle, Hermia et Lysandre s’enfuient dans une forêt, suivis de Démétrius et Héléna, celle-ci ayant été informé de cette fuite par son amie Hermia.

C’est dans cette forêt que tout va se jouer car ils n’y sont vraiment pas seuls ! Il y a une troupe d’artisans qui s’y sont réunis pour répéter une pièce de théâtre devant être donnée lors du prochain mariage du Duc de la contrée. Et il y a surtout le peuple des Fées dont le roi Obéron demande à son fidèle serviteur, un lutin du nom de Puck, d’extraire le jus d’une fleur magique qui a le pouvoir, en la déposant sur les yeux d’une personne endormie, de rendre cette dernière amoureuse de la première personne qu’elle verra à son réveil.

Un stratagème voulu par Obéron dans le but de se venger de sa femme, la reine des Fées. 

Les Foulées Mélomanes du Violoncelliste-Songe d'une Nuit d'Été-ParisBazaar-Berlingen

Mais sa vengeance ne va pas vraiment se passer tel qu’il le souhaitait, le jus n’étant pas utilisé par Puck à bon escient et même pas sur les bonnes personnes. Après un beau bazar, Obéron décide de remettre de l’ordre. C’est là qu’arrivent le Duc et sa fiancée la reine des Amazones en train de chasser dans la forêt.

Ils rencontrent les deux jeunes couples. Le Duc décide d’accorder la main d’Hermia à Lysandre. Les trois couples retournent ainsi au Palais afin de célébrer leur mariage respectif. Tout est bien qui finit bien… Mais en toute fin de pièce, Puck intervient sur la scène pour interpeller le spectateur une dernière fois en déclamant : « Et si tout ceci n’avait été qu’un rêve ? » 

Les premiers accords des bois, puis le frétillement des violons de l’ouverture du Songe d’une Nuit d’Été prennent vie…

Rêver… On ne rêve jamais assez selon moi. C’est d’autant plus vital dans des périodes telles que la nôtre, au regard de l’année que nous venons de quitter et de celle qui commence, malgré tout pleine d’espoir. L’espoir étant un rêve éveillé, selon Aristote.

Les thèmes du temps qui passe et du rêve font raisonner en moi les premiers accords du tube Dream On du groupe de rock Aerosmith. « And it went by, like dusk to dawn*dream on, dream on…dream until your dream come true**… »

Le chanteur du groupe, Steven Tyler, nous la délivre ici en mode classique…

Revenu devant chez moi, je monte en courant l’escalier de quatre étages qui me séparent de mon appartement, comme dernier petit exercice. Arrivé sur mon balcon pour y souffler quelques instants, j’observe mon quartier qui, malgré l’heure peu tardive, n’a déjà plus trop de vie.

Ayant toujours Dream On en tête, je m’accroche à mon monde imaginaire pour compenser le vide que nous offre notre monde réel d’aujourd’hui…

Oui, vous qui me lisez, rêvez toujours et encore.

Xavier Berlingen

* « et le temps est passé, comme l’aube au crépuscule »

** « rêve encore, rêve encore…rêve jusqu’à ce que ton rêve se réalise »

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