« Nous Sommes ce que Nous Fumes » IV : le Feuilleton de Paris Bazaar

Nous sommes ce que nous Fûmes-Ava-Frankie-ParisBazaar-Bergman

Avec Boris Bergman suivez les folles aventures d’Alex Korn, songwriter passé de vie à trépas. Vous découvrirez que l’Enfer n’est pas ce qu’on croit, qu’il est même très bien fréquenté et que l’ange Gabriel porte le Perfecto. Un feuilleton totalement barré. Un bonheur pur Bazaar !

Chapitre IV : « Je me suis fait buter dans un parking »

Où l’on apprend que tonton Léonide se porte bien. Qu’il sera le guide et le mentor d’Alex tel qu’il le fût en bas.
Où l’on assistera aussi aux séances de co-écriture entre Alex et l’Ange Gabriel qui rêve de devenir Stephen Sondheim et Joni Mitchell, avant d’assister à la grande fête donnée en l’honneur de cette dernière et d’Alex Korn qui reste quand même le héros de cette triste saga.

« Voyant allumé sur l’av’nue

T’inquièt’s pas j’garde ton sac

L’amour valait bien ça…

Le plus verni des deux

Est-ce celui qui craque… ?

Nous sommes ce que nous fûmes sans les plumes

J’t’attends au quai des brunes»

Les trois coups sur la porte de la chambre du metteur en scène italien suivi du thème sifflé de Pierre et le Loup, suivi du premier couplet de  I’ll be your Mirror.

Sergio Leone ouvre la porte.

Alors comme ça tu chantes du Nico, Jim…

– Je lui dois bien ça, Sergio. On peut savoir c’que tu dessines ?

– Un storyboard

– Tu crois que ça va nous aider ?

– Môssieur Morrison… Une évasion c’est comme un film : ça s’anticipe et ça se storyboardise… Regarde, nous sommes ici en zone C, capice ?

– T’ avais raison. Tu as toujours raison…

– E vero… j’ai passé ma vie à le répéter aux producteurs… Regarde.. si on ne s’étaient pas conduits comme de dangereux galopins, on t’aurait pas muté en zone B… et moi en zone C…

– … Qui est près de la salle des machines mon Sergio…

– Elle-même proche de la sortie…

– You’re the hell of a guy, Sergio.

– Jimmyni « le vent se lève…

– Il faut tenter de vivre »…

– Paul Valery, j’aime beaucoup, mais il va falloir rejoindre votre chambre, monsieur Morrison.

– Oui monsieur Monsieur.

Et Monsieur s’éloigne le sourire aux lèvres. Il se pince l’accroche-cœur dans le miroir accroché à l’extérieur de la chambre d’Ava Gardner.

Monsieur Monsieur démarre un joli dialogue avec son reflet.

– Tu vois Gabriel, tu as fait le nécessaire pour que messieurs Morrison et Léone soient à bonne distance l’un de l’autre, mais ce faisant, tu n’as fais qu’attiser leur désir de sortir de cet Enfer… D’autres veulent déjà les imiter. Tu sais c’que ça veut dire… Ils vont finir par découvrir la vérité et je ne donne pas cher de nos miches jusqu’ici bien protégées.

À deux couloirs du miroir provisoire de Monsieur, Alex Korn s’est endormi sur le fauteuil d’Emmanuelle que Gabriel a rénové à son attention.

Gabriel s’est penché sur le songwriter quasiment inerte en articulant un : « Que pensez-vous de ce nouveau départ, Alex ?  Je t’éteins, tu m’allumes comme le feu sur l’enclume »

– Mais c’est qu’il s’est endormi, le vilain. Monsieur, ramenez-le à sa chambre.

Nous sommes ce que nous Fûmes-Sinatra-ParisBazaar-Bergman

Monsieur pince le bras d‘Alex Korn et l’invite à sortir à reculons dans la position chère au discobole, grâce antique qui décroche une moue de satisfaction chez l’Ange Créateur. Pas pour longtemps. Amalia Rodrigues déclame Les Amants du Tage.

Hé bien, décrochez Monsieur, vous voyez bien que le téléphone sonne.

– Qu’est-ce que je fais de lui, votre Angerie?

– Posez-le par terre. Il dort, il ne fera pas la différence.

Monsieur boude en appuyant le téléphone sur son plexus.

– C’est encore Sinatra…

– T’es sûr ? Ce n’est pas Morrison qui imite Sinatra pour avoir les privilèges que j’accorde à Sinatra

– Je ne crois pas, Gaby

– Appelle-moi « votre Angerie », s’il te plait.

– Il dort.

– Il fait peut-être semblant. C’est le vrai Sinatra ?

Monsieur hoche la tête et passe le combiné à l’ange suprême. L’Ange fait non des ailes et de la tête.

Qu’est-ce qu’il veut ?

– Un nouveau « Pork Pie »,  votre Angerie.

– Ah, Franky et ses chapeaux. Et où vais-je trouver un chapeau Pork Pie en 24 heures , moi ? Bon, ramène le parolier dans sa piaule et reviens m’voir.

Monsieur porte Alex Korn dans ses bras calins.

Les gens marchent pieds nus chez vous ?

– Ça arrive, monsieur Korn. Comment le savez-vous ?

– Il y a plein de traces humides sur le parquet.

– Ne vous inquiétez pas, Alex. C’est Ava Gardner qui essaye de rejoindre Sinatra.

– On aurait peut être pu les mettre ensemble….

– Ils ont essayé mais ça se terminait toujours en jet de projectiles et en brasier… Les flammes gagnaient le couloir et le bureau de notre cher Ange Gabriel. Gabriel est allergique à la fumée… On les a séparés. Ils se verront demain à la fête.

– Parce qu’il y a une fête, en quel honneur ?

– En l’honneur de vous, cher Alex Korn. Et en hommage à cette grande dame de la chanson qu’est Joni Mitchell.

– Elle est ici ?

– Je confirme.

– Mais elle est encore vivante..

– Elle a un passe-droit pour faire des stages semi-semestriels en Enfer… Apparemment, cet endroit l’inspire… Je vous sens perplexe Alex. Je vous explique. Elle voulait visiter ce Paradis qu’on lui a tant chanté mais Gabriel et moi avons pensé qu’elle retrouverait plus de connaissances ici.

C’est si chiant que ça le Paradis ?

– Au début, bien sûr, tous en rêvent mais au bout de 24 heures, j’en connais très peu qui veulent rester…

C’est à ce moment précis qu’Alex et Monsieur se mirent à chanter ce couplet de la chanson de Joni M. A Case of You
« I’m frightened by the devil and I’m drawn to those that ain’t afraid »

Alex s’est endormi en sursaut. La voix de l’Ange Gabriel à de drôles de fréquences. Demain, Alex commencera le journal qu’il s’est toujours refusé d’écrire. En attendant, l’oncle Léonide s’est assis sur le bord du lit. Il siffle la Complainte Cosaque, dépose un samovar à deux robinets sur le bureau de la chambre de son neveu, l’auteur-compositeur Alex Korn…

Je t’ai préparé un thé, réveille-toi. Je reviens dans un moment. Gabriel veut me voir d’urgence…

Entre le samovar et la tasse Astroboy, une invitation à la confession écrite. Un cahier d’écolier avec la tronche du Spirit. Alex a toujours été fan de Will Eisner.

Gabriel et ses sbires ont pensé à tout, même le stylo y est et il a mauvaise mine. Les stylos à plume vieillissent aussi, pas seulement ceux qui les portent. Hé oui, l’heure est venue de te raconter petit saltimbanque.

Nous sommes ce que nous Fûmes-Brighton Pier-ParisBazaar-Bergman

« Journal d’Alex : Enfer-jour 3.

Si l’on m’avait dit en bas qu’il y avait une vie après la vie pour l’oncle Léonide et pour tous ceux dont j’ai croisé le chemin…
Léonide, que l’on croyait disparu en mer ou mort dans une impasse pour cause de dettes de jeu impayées.

Quel plaisir de revoir mon vieil oncle… Pourtant, quelque chose à changé… Je le voyais plus petit qu’il ne l’est actuellement, plus enveloppé… La mémoire change la morphologie de ceux que l’on aime. Je me pose trop de question sans doute et pourtant, je ne comprends pas très bien cette poupée au doigt gauche du tonton Léonide Sanders… Nous sommes immortels mais morts. Si j’en crois ce que j’ai vu, les morts saignent encore. Je me pose trop de questions. J’ai par moment l’impression d’être Jonathan Harker entamant son journal après sa rencontre avec le comte Dracula… Certes, Gabriel n’a rien à voir avec le vlad glorifié par Bram Stocker mais si j’y pense, cela ne peut être un hasard. Je ne crois plus au hasard, pas plus pour les autres que pour ma présence ici. »

La grand-mère sorcière et de surcroit russophone de Moldavie… New York, Brighton Beach. Tout me ramène à Brighton Beach.
J’ai vécu à L.A. J’ai été à la mode à Venice, Californie, mais tout s’est joué à Brigthon Beach. Pardonne-moi, petite mère. J’en aurais fait des bêtises…

Je n’aurai pas du sauter du 27ème étage. 27 ? 28 ? Je ne me souviens plus. Qu’importe. De toute façon, le téléphone ne sonnait plus que pour les deux erreurs d’un inconnu ou ma mère me reprochant de ne pas l’avoir appelé depuis quinze minutes.

La force des mères ashkénazes est qu’elles n’admettront jamais que leur progéniture puisse devenir adulte. Elles n’ont pas complètement tort.

« Journal Enfer-jour 4.

Il faisait 40 degrés sous les palmiers.

Les marchands de glace mouillaient leur chemise hawaiienne. Les mini-jupes du bord de mer se transformaient progressivement en maxi ceintures et la jeune avocate stagiaire chantait River de Joni Mitchell devant le Sidewalk Café à Venice, California… Elle venait tout les samedis à la même heure. Je reconnaissais le bruit de ses patins à roulettes. Ils me faisaient lever les yeux de mon Ruben sandwich et puis c’est arrivé. Elle s’est appuyée sur la rambarde.

– Vous m’offrez un café ?

– Faites le tour, je passe la commande.

Elle s’appelait Sue. Son père chantait avec elle le long de la promenade. Ils commençaient toujours leurs mini concerts par A boy called Sue. Cela va de soi. »

Nous sommes ce que nous Fîmes-Sidewalk Café-ParisBazaar-Bergman

La main de Léonide s’est posée sur celle d’Alex.

– Tu n’es pas trop fatigué Alex ?

– Vidé serait plutôt le mot.

– Je sais : les cent cinquante départs de chanson de l’Ange sont autant de piqures tsé-tsé injectées au songwriter insomniaque.

– T’es arrivé ici comment, Tonton ?

– Par « l’allée des miroirs », quinze minutes à pied, une heure en calèche.

– Mon oncle..

– Oui ?

– T’es arrivé ici comment ?

– Je me suis fais buter dans un parking.

– Lequel ?

– Le mien.

– Tu m’racontes ?

– Plus tard.

– Et pourquoi pas maintenant, Léonide ?

– Parce que maintenant n’existe plus ici et qu’il faut se préparer pour la fête de demain en ton honneur et en l’honneur de…

– … Joni Mitchell.

– Gabriel t’a prévenu. Tu en as de la chance. Tu dois vraiment être dans ses petits papiers

– Et Dieu sait s’il en a. Il croit qu’il a besoin de moi pour écrire.

– Et alors ?

– Qui peut s’inventer des galères que l’on n’a pas eues.

– Tu m’expliqueras plus tard, Aliocha. Il faut aller chercher nos costumes. Gabriel est très strict sur le dress-code.

– Qui est ?

– Années soixante-dix. Lunettes John Lennon, Katmandou-bâton qui pue.

– Y aura qui ?

– Plein de gens surprenants pour un nouvel arrivant Alex.

– Qui, par exemple ?

– Tu verras bien. Habille-toi.

À suivre…

Où l’on apprendra dans le chapitre 5 ce que l’on apprendra. Ne comptez pas sur moi pour spoiler

Boris Bergman

 

 

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