Olivier Marchal : Comme un Singe en Hiver

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L’écriture, ses acteurs, son monde et sa famille, le métier, les critiques et ses prochains films… Olivier Marchal raconte son cinéma. Rencontre avec un cinéaste de caractère. Intense et sensible. Borderline et populaire.

C’était l’autre soir. Un soir confiné avec ce fâcheux couvre-feu en guise de couvre-chef. Quelques irréductibles, une poignée de fameux mousquetaires, avaient quand même décidé de braver la consigne du chacun chez soi pour se retrouver chez lui. Il faut dire qu’à la grande horloge de l’amitié et des copains d’abord, l’heure était grave : une bougie de plus s’annonçait sur le gâteau. C’est dire si c’était du sérieux.

Dehors, on ne comptait plus les rideaux de fer et les bars en berne. Mais dedans, les premiers rires et les bouteilles aux robes de rubis alignées comme la troupe un 14 juillet promettaient à qui savait lire que la nuit serait fraternelle et chaleureuse.

Avant que l’émotion de se retrouver ensemble n’embue les yeux de chacun et que la joie de se sentir bien vivants ne nous fasse tous tituber de bonheur, c’est dans son bureau qu’Olivier Marchal a ouvert la parenthèse.

Bronx, son dernier film, était sorti dix jours plus tôt sur Netflix et trustait déjà, en nombre de vues, les premières marches du podium.

« J’avais deux copains, deux flics, avec qui j’avais bossé pendant des années. Les deux se sont suicidés. L’un par balle, l’autre s’est pendu… Et j’ai toujours eu envie de commencer un film par ça, par le suicide d’un flic, pour ensuite, en flashback, expliquer pourquoi il en est arrivé là… C’est ce que j’ai fait pour « Bronx »…

Comment j’écris ?… Philippe Claudel a dit une chose très belle à « la Grande Librairie », une émission que j’adore et que présente François Busnel que j’adore aussi : « Moi, je me laisse porter par mon écriture. Je commence et je ne sais pas ce que je vais faire. » C’est ce que j’ai fait, j’ai commencé par cette scène et je ne savais pas où j’allais…

Une ouverture de film, c’est comme une ouverture d’opéra… C’est la scène de la gare avec Bronson qui déboule et les trois mecs qui l’attendent dans « Il était une Fois dans l’Ouest »… Pour moi, le cinéma c’est ça… Une ouverture, une fermeture et entre les deux, ça ne doit être que du rythme et de l’émotion… Je suis donc d’abord parti du suicide de ce flic et j’ai ensuite développé cette histoire assez rocambolesque, très touffue pour certains, très limpide pour d’autres…

Après, il y a les gens qui aiment, ceux qui détestent… Moi, ce que je voulais, c’était raconter comment un flic peut finir par se buter.

Olivier Marchal-Comme un Singe en Hiver-1-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Un jour, je parlais d’écriture avec Jean-Christophe Grangé, dont j’aime beaucoup les romans, il m’a dit comment il faisait. Il résume d’abord tous ses chapitres, il les a sur un mur. Et quand il commence le bouquin, c’est surréaliste ce que je vais te dire (sourire), il décide par exemple de commencer par le milieu…

Je lui ai dit : « Mais comment tu peux commencer par ce chapitre-là alors que tu n’as pas encore écrit ce qui se passe avant ?! » Il m’a dit : « Ça m’inspire. C’est juste que le jour où je me lève, j’ai envie de raconter ça. » Grangé écrit comme ça. Claudel, lui, commence sans savoir où il va. Moi, c’est pareil, je commence et je ne sais pas où je vais. Et je me laisse porter… 

Pendant que j’écris, je dors très peu, la nuit je me réveille et comme je suis très cinéphile, je me mets un film. Et si tout d’un coup une scène m’inspire, tak, le lendemain je vais peut-être transformer ce que j’étais en train d’écrire parce que cette scène m’a donné une autre idée… 

L’histoire, j’oserais te dire qu’elle m’embarque dès le début. Après, il y a des histoires que je laisse reposer… Pour « Bronx », par exemple, la scène d’ouverture je l’ai écrite en 2014… Elle était là, il y avait cinq pages… Et puis, j’ai arrêté. J’ai fait l’acteur, j’ai joué au théâtre, j’ai réalisé aussi…  J’ai eu d’autres priorités…

Et après, quand tu reprends l’écriture, tu es obligé de t’isoler. Autrement, tu es tellement détourné par plein de choses du quotidien, les enfants, la vie… Tu es tellement dispersé qu’à un moment, il faut que tu décides de te laisser embarquer… Et là, je m’en vais, je m’enferme dans une maison loin de Paris et j’écris dix-sept heures par jour…

Au printemps dernier, j’étais sept semaines confiné, et je me suis dit : « Il y a deux solutions. Ou je bouffe, je picole tous les jours et je pars dans mes délires, ou je suis sérieux, je me mets au régime, je me lève à six heures et j’écris jusqu’à vingt heures tous les jours. » C’est ce que j’ai fait. Et c’est comme ça que j’ ai écrit le remake de « Police Python 357 », en sept semaines de confinement… On est dessus aujourd’hui avec Netflix…

J’écris et je gomme… Le lundi, par exemple, je vais écrire dix pages. Le mardi, je me lève, je relis les dix pages, je les corrige et j’en écris cinq autres, et ainsi de suite… J’avance comme ça, je relis tous les matins et je corrige ce que j’ai écrit la veille, l’avant-veille et les autres jours…

J’ai des potes qui écrivent à la terrasse des cafés ou avec de la musique, d’autres avec leurs enfants qui jouent autour, moi c’est dans le silence absolu… Il me faut aucun bruit… Même les bruits de la rue me perturbent… C’est pour ça que je pars à la campagne souvent (sourire).

Les dialogues ? Je les joue… Et surtout, tant que je ne visualise pas la séquence en tant que metteur en scène, je n’arrive pas à l’écrire… Et j’écris des phrases très courtes : « Il entre dans le bar, seul. Il boit un verre. Il s’adresse au barman. » … Je ne décris pas « le bar enfumé avec des cloisons marron » parce que ça ne sert à rien… Quand tu repères les décors après, tu vas voir une maison qui ne ressemble en rien à ce que tu as imaginé, mais tout d’un coup tu vas avoir un flash, et tu vas savoir que c’est là que la séquence doit se passer…

Après, on me reproche de faire des films de paires de couilles… Évidemment. C’est un milieu que je maîtrise (sourire)… Jean-Pierre Melville, José Giovanni, Henri Verneuil, Robert Enrico, tous ces types qu’on a aimés faisaient eux aussi des films de mecs… Je suis pétri de cinéma-là…

Et je suis plus à l’aise pour faire parler des mecs… J‘ai du mal à écrire pour les femmes, parce que j’ai peur de les décevoir en les faisant parler comme elles ne parlent pas… Oui, je reste sur le pas de la porte…

Ceci dit, dans mes films, il y a toujours une place pour les femmes, une place très importante… Parce que les hommes ne seraient rien sans les femmes qui les accompagnent… Je n’aurais jamais réussi cette carrière sans la maman de mes enfants. »

Olivier Marchal-Comme un Singe en Hiver-2-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Cette femme, comme un phare dans sa vie aujourd’hui encore, c’est la comédienne Catherine Marchal. Elle était au générique de Gangsters, le premier film d’Olivier. On la retrouve dans Bronxle dernier en date. Elle était bouleversante dans 36, quai des Orfèvres. On n’oublie pas non plus la force de sa composition dans MR-73, ni son intensité dans Borderline pour France 2.

Dans l’oeuvre de Marchal, de rôle en rôle, tout à la fois sombre et solaire, vulnérable et implacable, elle incarne au fond la femme absolue. Celle qui aime, qui subit, et qui souffre de regarder les hommes se débattre et tomber. Celle qui agit, qui lutte pour les sauver, et qui porte la promesse de leur rédemption.

« Catherine, c’est elle qui a lu mes premiers écrits, qui les a corrigés… C’est elle qui a fait le tri dans mes relations, parce que j’aime tout le monde… Et elle s’est jamais plantée, jamais… Elle est très dure, tu mets du temps à rentrer dans ses dix-huit mètres, mais une fois que tu y es, c’est à la vie à la mort… 

On s’est rencontrés en 91. Je jouais « Oncle Vania » de Tchekhov, je faisais Astrov. La fille qui jouait Éléna a quitté le projet au bout d’un mois. Il a donc fallu la remplacer très vite. Et Catherine Brieux qui faisait la mise en scène a dit : « Voilà, je connais une petite qui est en train de répéter chez Robert Hossein, elle fait la Vierge Marie dans « Jésus était son Nom », elle a déjà joué avec moi, je vais l’appeler. »

Catherine arrive, j’étais dans la salle, au début ça me fait rien… À l’époque, j’étais célibataire, j’avais pas mal d’aventures (sourire)… Bon, on commence à répéter, je lui donne la réplique… Et quand tu joues Éléna et Astrov qui ont une histoire d’amour dans la pièce, si vraiment t’es pas en béton armé, tu tombes forcément amoureux de la meuf qui joue Éléna (sourire)…

Donc, je commence à être séduit et on a une histoire ensemble… On pensait que ça durerait le temps de la pièce, ça duré vingt-deux ans, on a fait quatre mômes (sourire)… Après « Vania », j’ai été la voir au Palais des Sports, où elle jouait donc la Vierge Marie enceinte de Jésus, et tout d’un coup je l’ai vue arriver en scène au milieu de dix mille personnes… Catherine pour moi, c’est l’incarnation de ça… La femme dure, triste, en même temps d’une beauté… C’est la femme avec laquelle j’ai eu envie de faire quatre enfants… 

On me dit souvent que je devrais lui écrire d’autres rôles que des rôles de femme fracturée, abimée, dure, mais c’est aussi comme ça que je la vois… Parce que c’est la seule femme qui a accepté de vivre vingt-deux ans avec moi, et que je suis un boucan pour une gonzesse… C’est la femme qui m’a fait confiance, qui m’a fait quatre enfants et qui m’a pardonné plein de choses, mes excès… Qui m’a aimé jusqu’au bout de ce qu’elle pouvait m’aimer…

Au chapitre du tendre, le cinéma a depuis offert à Marchal comme une seconde chance en la personne de Claire, directrice de casting. La tête sur les épaules avec juste ce qu’il faut de rock’n’roll attitude pour faire d’elle l’irrésistible compagne de ses jours comme de ses nuits.Olivier Marchal-Comme un Singe en Hiver-3-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Flic, il n’en a jamais fait mystère, Olivier Marchal l’est devenu parce qu’il a d’abord aimé les flics de roman noir et les flics de cinéma. Pendant quatorze ans, l’inspecteur qu’il était aura vécu ce qu’on ne souhaiterait pas même à son meilleur ennemi. Une vie d’avant qui légitime ses prises de position quoiqu’on puisse en penser, et nourrit aujourd’hui son langage cinématographique qu’on l’aime ou pas.

Mais reprocher à Marchal de raconter ce qu’il raconte, c’est, comme on a pu le faire à une autre époque, instruire le procès de José Giovanni, ancien condamné à mort, qui toute sa vie n’aura eu d’autre tort que de parler avec talent de ce qu’il connaissait mieux que tant d’autres.

Le théâtre a sauvé Olivier Marchal et parce qu’il a d’abord été comédien avant de mettre en scène, les acteurs qu’il choisit montrent chez lui ce qu’on n’avait pas encore vu ailleurs.

Ils sont consacrés, comme Richard Anconina, Daniel Auteuil, Gérard Depardieu, Benoît Magimel, Gérard Lanvin, Tchéky Karyo ou Daniel Duval… Ils s’inscrivent dans la belle tradition des indispensable seconds rôles, comme Guy Lecluyse, Patrick Catalifo, Lionnel Astier, Francis Renaud, Moussa Maaskri, Alain Figlarz, Gérald Laroche, François Levantal, Laurent Olmedo ou Philippe Nahon… On en oublie sûrement… Marchal a pour chacun la même exigence bienveillante. Et récemment, Bronx a offert à Lannick Gautry de se joindre à la famille.

« C’est là où ce métier est fascinant, Lannick c’est le hasard des rencontres. On a fait une lecture au Théâtre de Paris pour une pièce formidable d’Annie Lemoine qui était journaliste à Canal + et aujourd’hui romancière…

Je l’avais vu avant à la télé et dans « Nos Jours Heureux », le film d’Éric Toledano et Olivier Nakache, il jouait le mono bellâtre, dragueur, et un peu bas de plafond (sourire)… Il était parfait et le film est très drôle, très réussi…

On se retrouve donc pour cette lecture, la pièce ne s’est pas montée mais j’avais été très ému par sa lecture, il faisait mon fils et il y avait une vraie évidence… Après, on parle, on va au restau, il me dit qu’il vit en Bretagne avec sa femme et ses mômes, qu’il a un bar à vins, qu’il fait de la voile, du surf… Qu’il en a rien à branler du milieu du cinéma (sourire)… Le mec me touche…

Et quand j’écris « Bronx », je ne veux surtout pas d’acteurs qu’on voit tout le temps. Non pas qu’ils ne soient pas bons, bien au contraire, mais je trouve qu’ils se gâchent parce qu’on les voit trop… Pour qu’on puisse croire à cette équipe de la B.R.I, il me fallait des acteurs pas trop connus justement…

Pour Vronski, je cherchais un beau gosse, physique, sexy… Pour le rôle, il a perdu quinze kilos… Et ma fierté, c’est de l’avoir emmené là, parce qu’à l’arrivée, il porte le film et c’était un vrai pari…

Il est comme nous tous, il est arrivé avec des tics… Au bout de trois jours, je lui ai dit : « Tu dois te débarrasser de tes tics de TF1 (sourire), il va falloir que tu arrêtes de surjouer l’émotion. » Il m’a écouté. Et à la projection, il m’est tombé dans les bras : « Merci Olivier, on ne m’a jamais filmé comme ça ! » … Mais je ne l’ai jamais lâché.

Les acteurs, ils se rassurent… Ils s’installent dans des trucs qui marchent… On est tous comme ça… Pour les emmener ailleurs, je les dirige tous avec la même douceur, je suis une nounou sur un tournage… Je coupe, je quitte le combo, je vais voir l’acteur et je lui parle à l’oreille : « Voilà, t’es bien… » , il faut toujours dire à un acteur qu’il est bien (sourire), « Mais… » (rires)

Après, tu nuances. Gérard Lanvin, par exemple, il est comme moi. Le mec, il écoute. Tu lui dis, il fait… Benoît Magimel, il est sur l’émotion… Dans « Carbone », je m’en suis occupé comme d’un enfant difficile dans une classe (sourire)… Le mec, tu sais qu’il est doué, il fout le bordel au fond de la classe mais tu l’aimes bien… Il avait grossi mais il est beau dans le film… Benoît a cette chance énorme, quand tu poses la caméra, elle baise avec lui… il peut arriver en vrac le matin sur le plateau, tu mets la caméra et à l’écran, le mec il est… waouh !… Tu as des acteurs comme ça…

Le seul avec qui j’ai perdu des kilos et des litres de transpiration (sourire), c’est Gérard Depardieu… Avec tout l’amour qu’on a l’un pour l’autre… Gérard, c’est un vrai fou, un vrai dingo… Généreux mais barjot, il part dans tous les sens… Il faut être très solide… Tu fais un film avec Gérard, c’est comme si tu jouais quatre matchs de rugby à la suite (sourire)… et contre les All Blacks (rires) ! Tu sors, t’es laminé. Mais en même temps, tu a tout ce que tu voulais parce que le mec, il t’a tout donné…

D’ailleurs, je me rappelle que pour « 36, quai des Orfèvres », ça faisait cinq semaines qu’on tournait avec Daniel Auteuil… À l’époque, on faisait encore des films en seize semaines, tu imagines ? Il y avait quatre mois de tournage alors que pour « Bronx », j’ai eu six semaines… Et donc, Gérard se pointe sur le tournage, cinq, six jour avant son arrivée officielle… Ils se mettent à l’écart avec Auteuil et pendant que je règle les plans, ils discutent trois quarts d’heure…

Toutes les deux minutes, je les regardais en me demandant ce qu’ils pouvaient se raconter… Finalement, Gérard se lève : « Bon, allez, à lundi ! » Il se barre en moto et Auteuil vient me voir : « J’ai discuté avec le Gros, c’est bon. Tu t’inquiètes pas, il est venu prendre la température, je lui ai dit que tout était super. »

Gérard arrive le lundi. On faisait la séquence du braquage de fourgon… Dans mon combo, j’ai Auteuil, Depardieu, Duval, Catherine… C’est la scène du début du film, celle de la rencontre entre Gérard et Daniel… J’étais ému… Je m’en souviens, il faisait froid, on était en janvier, il avait neigé, on avait eu la grêle, la flotte…

Bon, Gérard commence à jouer et là, il part en l’air ! Il est à l’ouest… Je vais le voir : « Gérard, c’est pas mal… Mais… Mais, c’est un peu enlevé, il faudrait rentrer la voix, et puis j’aimerais bien que tu sortes la cigarette à tel moment, sur telle phrase. » Et le mec, il me fait une deuxième prise, elle est nickel !

Ce que j’ai appris après, c’est que ce matin-là, il ne voulait pas venir. Il avait peur.

On ne s’en rend pas compte aujourd’hui mais « 36 » en 2004 dans la production française, c’est un truc énorme… C’est quinze millions d’euros, c’est un polar, personne ne veut en faire, ça ne marche plus… Il y avait des paris dans les soirées, on appelait ça le « film du flic »… « Il va faire cent mille entrées et il va aller se coucher avec son casting de carte vermeille ! » « La carte vermeille du cinéma français », « Tout le monde va perdre de l’argent ! »… Voilà ce qui se disait.

Gérard, il a eu peur, peur de ne pas être à la hauteur de l’enjeu, de s’être trompé… Mais Daniel, ça faisait cinq semaines qu’il jouait et il était hyper-heureux, il savait qu’il était en train de faire un truc… On le savait, nous… On voyait les images tous les jours… Et il a rassuré Gérard…

Tout ça, je l’ai su après… Moi, quand j’ai Auteuil et Depardieu ce matin-là devant ma caméra, je suis juste ému… Parce que j’aime le cinéma, parce que j’aime les acteurs… Contrairement à certaines personnes qui font ce métier. »

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©Jean-Marie Marion

Il y a dans son bureau l’affiche d’un film qu’il dit revoir au minimum une fois par an, comme on relit un livre qu’on a pourtant lu cent fois déjà. Parce que si le temps passe, le bouquin est toujours là pour nous, et il éclaire encore chacune des étapes de nos routes. Cette affiche qui réunit pour l’éternité Montand, Reggiani, Piccoli et Depardieu, c’est celle de Vincent, François, Paul… et les autres de Sautet.

Il connait chaque réplique de cette histoire sur l’amitié plus forte que la dureté de vivre malgré les désillusions et les renoncements. Il a d’ailleurs noué avec le formidable Erwann Kermorvant, qu’il qualifie d’ « Ennio Morricone français » et qui a composé toutes ses B.O, le même fidèle compagnonnage que Claude Sautet avait su tisser avec le génial Philippe Sarde.

Quand il regarde cette affiche, il pense à ce film et à d’autres. Ceux de Robert Enrico, d’Alain Corneau ou de Sergio Leone. Des films qui font une oeuvre et dont on se souvient longtemps après, alors qu’on a déjà oublié le nom de ceux qui les ont un jour dézingués en règle.

Quand Bronx est sorti, certains ont dit leur plaisir, d’autres leur aversion. C’est la loi du genre et il ne connaît que trop bien le prix que la popularité impose parfois de payer. Il s’est souvenu alors de ce que lui avait confié son pote, Georges Lautner : « Tu sais Olivier, les critiques sont des mecs qui se branlent en nous regardant baiser… Continuons à baiser et laissons-les se branler. »

Depuis qu’il écrit des histoires, d’abord pour la télévision et Yves Rénier fut le premier, ensuite pour le cinéma, Olivier Marchal a indéniablement et magistralement bougé les lignes d’un genre qu’on croyait figé. Il a tout simplement réveillé le polar qui roupillait, imposé son esthétique, et signé une oeuvre sans forcément le savoir.

C’est ce qui fait de lui l’auteur populaire et passionnant qu’il est aujourd’hui. On se réjouit déjà de voir un jour Overdose, le remake de Police Python 357, ce chef d’oeuvre d’Alain Corneau. Et on est très intrigué de découvrir plus tard son adaptation de la B.D de Kris, Notre Mère la Guerre. Celle de 14-18Qui sait, un tournant.

Quant à l’homme, il rappelle tout à la fois le jeune Gabriel Fouquet et le vieux Albert Quentin, ces deux magnifiques inoubliables nés sous la plume d’Antoine Blondin, qui surent un soir d’hiver oublier leur mal-être, et faire de leur douleur de vivre un feu d’artifice qu’aucun été n’avait connu.

O.D

 

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