Six Ans sans Bowie

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David Bowie est parti il y a six ans. Heureusement, sa musique reste intemporelle, vivante… et absolument inégalable ! 

Ça y est ! On y est ! 2022 nous a chopé dans ses filets. Bon, rassurez-vous, rien ne change pour le moment. On porte toujours un masque irrespirable, on n’ose plus boire un coup debout au comptoir tranquillement, on ne peut même plus manger du bon pop corn qui pue au ciné !

Quant aux concerts, les jauges font leur grand retour. Impossible d’être à plus de 2000 en intérieur et 5000 en extérieur. Et évidemment, il faut obligatoirement être assis, vu que le virus se balade plus rapidement debout… À défaut d’un avenir qui voulait bien nous sourire juste un peu, il nous reste un passé pas si loin et des souvenirs qui font du bien.

Celui notamment d’un artiste immense. Un génie. Pas Framboisier, le chanteur des Musclés, ni Pierre Larousse, qui chantait probablement très bien lorsqu’il était en pleine rédaction de son Grand Dictionnaire Universel du 19è siècle… Je pense plutôt à ce fils d’une ouvreuse de cinéma d’origine irlandaise et d’un chargé de relations publiques d’une association caritative. Il se dénommait David Robert Jones. On l’appelle aujourd’hui encore David Bowie. 

Très doué à l’école, David met une droite à tous ceux qui le contredisent. D’ailleurs, la différence de couleur de ses yeux viendrait d’un coup qu’il a reçu lors d’une simple bagarre pour une fille. L’ongle de son adversaire du jour ripa dans son œil bleu.

À l’époque, il chante dans une chorale. Le chef de chœur, qui avait probablement des problèmes de feuilles de chou, trouve son niveau très moyen. Il se fait surtout remarquer lorsqu’il danse, étant très créatif et imaginatif. Après avoir joué avec plusieurs groupes au début des années 60, il se fait appeler David Bowie en 1967, pour la sortie de son premier album solo.

Deux versions circulent sur d’ailleurs l’origine de ce pseudo. Il viendrait d’une marque de couteaux, le « Bowie Knife » célèbre au 17è siècle aux États-Unis. Il aurait aussi tiré son nom de scène d’un western qu’il adorait, The Alamo avec John Wayne, dont l’un des héros interprété par Richard Widmark, portait le nom de Jim Bowie, l’inventeur dudit couteau… Tout se tient… Vous suivez ou je répète ?… Quoiqu’il en soit, il n’a de toute façon jamais révélé l’origine de ce pseudo entré avec lui dans la légende.

David Bowie a un rapport particulier avec la France. Dans les années 70, il enregistre deux albums au sacro-saint château d’Hérouville. À cette époque, en 1974 plus précisément, le proprio, le compositeur Michel Magne, en a ras-le-bol. Son co-équipier Yves Chamberland l’a lâché et les deux hommes se séparent en très mauvais termes.

Magne décide de se barrer avec sa famille à Saint-Paul-de-Vence. Il confie la reprise de l’activité à un jeune bassiste, ex-membre fondateur de Magma, et producteur nommé Laurent Thibault qui signe le bail le jour de ses 28 piges. Il équipe alors le seul studio qui reste ouvert de la technologie dernier cri pour l’époque. Un coup de poker aux allures de quinte flush.  Toutes les stars des années 70 vont se pointer dans ce coin paumé du Val d’Oise.

Le Grateful Dead, qui joue un concert improvisé en 1971, Elton John, T-Rex, ou encore Pink Floyd. Bowie, lui, débarque en 1973.

Non content d’avoir les cheveux rouges, les fringues bariolés, et de se maquiller comme une caravane volée au Cap d’Agde, ce grand échalas d’1,78 m est en plus totalement défoncé. Il y enregistre Pin Ups en 1973 et quelques titres de Low, avant de se barrer sans prévenir à Berlin. Il vient aussi avec son ami inséparable, Iggy Pop, pour lequel il produit le mythique album The Idiot. Cet album, d’une froideur extrême, qui contient le tube Nightclubbing, est d’ailleurs considéré comme celui qui a posé les jalons de la Cold Wave. 

À ce moment de sa vie, David Bowie n’est pas exactement le garçon le plus sympa de l’univers. La drogue le rend dingue et franchement parano. Il a peur de tout et tout le monde. Il a tendance à être assez désagréable. Il perd beaucoup de poids et part en vrille mentalement. Il est alors tellement cinglé qu’il en vient à se trouver une passion pour d’obscures sciences occultes ainsi que pour le fascisme.

Ce qu’il reniera quelques mois plus tard, expliquant qu’il était complètement drogué et qu’il ne savait absolument pas ce qu’il faisait. Il se rattrapera en étant un des premiers artistes blancs à gueuler contre MTV qui, à ses débuts, refusait de diffuser des clips d’artistes noirs. 

Mais Bowie aimait profondément la France. Jean Genet l’avait inspiré pour le titre The Jean Genie. Il adorait Brel, qui certes était belge mais bon, et dont il avait repris Amsterdam, morceau qu’il avait découvert dans une comédie musicale de Mort Shuman intitulée Jacques Brel Is Alive And Well Living In Paris. Il adorait aussi Edith Piaf.

Évidemment, chacune de ses tournées passait au moins par Paris. C’est d’ailleurs à Paris qu’il avait donné son premier concert, le 31 décembre 1965, avec son groupe The Lower Third au Golf Drouot. C’est aussi à Paris qu’il fit une sublime apparition surprise lors des MTV Awards en 1995, seul sur la scène du Zénith, vêtu d’un long manteau noir, disant simplement : « Cette chanson n’appartient pas à qui vous pensez » et entamant aussi sec The Man Who Sold The World. Personne ne pensa à Nirvana ce jour-là. Dans la salle, ce n’était plus de l’admiration. C’était de l’émotion. Forte et vraie. Je le sais, j’y étais.

David Bowie était fasciné par la glorieuse époque du Chat Noir, cabaret de Pigalle où se mêlaient marlous, rois de la cambriole et artistes à la fin du 19è siècle. Lors de ses venues à Paris, dans les années 80, il aimait aller picoler jusqu’à plus soif aux Bains Douches. Enfin, c’est encore à Paname, sous le Pont Neuf, en octobre 1991, à bord d’un bateau qu’il avait loué, qu’il demanda à Iman Mohamed Abdulmajid de devenir sa femme. Celle-ci accepta et ils se marièrent quelques mois plus tard.

David Bowie aurait eu 75 ans le 8 janvier dernier. Une saloperie de crabe en a décidé autrement le 10 janvier 2016. Il est parti en laissant Blackstar, sorte de lettre d’adieu mais aussi un de ses disques les plus sombres avec, peut-être, Hunky Dory.

Ça fait déjà six ans que le Thin White Duke nous a quitté. À l’heure où n’importe quel tocard qui a chantonné trois minutes dans une émission de télé-réalité se prend pour une star, on mesure sans doute d’autant plus le vide immense qu’il a laissé dans l’univers de la pop, du rock, en particulier. et de la musique en général.

Il y a six ans, a star is dead. Mais la légende vit toujours.

Laurent Borde

 

2 thoughts on “Six Ans sans Bowie

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