Sofia Essaïdi : Lumineuse en Noir

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À vif et intense dans Overdose, le nouveau film d’Olivier Marchal, Sofia Essaïdi est le fruit de ses rêves et la somme de ses combats. Rencontre avec une artiste passionnante aujourd’hui en harmonie.

 

« C’est une rencontre assez unique. Je ne pense pas qu’on en ait des milliers des rencontres comme ça, dans la vie et dans ce métier…

Ça s’est passé sur « la Promesse » (mini-série policière d’Anne Landois diffusée en janvier 2021 sur TF1-ndlr). Et ce qui est dingue dans cette histoire, c’est qu’on ne tourne pratiquement pas ensemble parce qu’on est à deux périodes différentes, mais on se retrouve un ou deux jours sur l’ensemble du tournage…

Et on a alors une connexion mais tellement forte ! Tellement irréelle, qu’un jour on se regarde et on se dit : « Mais, on ne s’est vus que deux jours ??! Comment on peut créer une relation si forte en l’espace de deux jours seulement ?? » …

Je pense qu’il y a parfois, comme ça, avec certaines personnes des histoires qui nous dépassent… On n’a pas eu besoin de plus de temps pour nouer une relation extrêmement forte, authentique et humaine…

On a eu juste une scène ensemble, une scène sans un mot, juste un échange de regards… Mais d’une intensité ! … (silence)… Si bien qu’après ça, on s’est dit : « Mais c’est pas possible que ça s’arrête là, il faut que ça continue, il faut qu’il y ait plus ! »

Et sur le tournage, il m’a dit : « Toi, c’est pas fini. On retravaillera ensemble. C’est sûr et certain ! »

C’est comme ça que l’histoire a commencé. Dans un métier où les promesses du jour ne survivent pas souvent à son lendemain, il arrive parfois de croiser des hommes qui parce qu’ils sont bien conscients d’être surtout riches de leur parole n’en ont qu’une, et la tiennent. Olivier Marchal est de ce bois.

Pour Sofia Essaïdi, il l’a même tenue à deux reprises. La deuxième a été la bonne. Dans Overdose, son nouveau film, un polar tendu, haletant, brutal, saignant comme un go fast qui tourne au crash et comme lui seul sait les ourdir, elle est Sara Bellaïche, cheffe des Stups à Toulouse. Et elle crève l’écran.

Paraphrasant Audiard, on pourrait même dire que les fêlures de la femme flic qu’elle incarne laissent passer toute la lumière de la femme qu’elle a su devenir.

Il avait donc raison son coach qui, pour avoir déjà travaillé avec le réalisateur sur le tournage de Section Zéro, avait ensuite dit à Sofia qu’ils étaient faits pour se rencontrer et qu’ils feraient du cinéma ensemble, un jour ou l’autre. Les belles histoires prennent leur temps. C’était il y a sept ans.

Et Marchal, qui a toujours su mieux que quiconque filmer et raconter le chagrin des condés, a vu juste en lui confiant le rôle de cet officier de police en butte chaque jour à toute la violence du monde. Cette femme parmi les hommes, dont le fil qui la relie encore aux vivants ne semble pouvoir tenir que grâce à la colère sourde qui la consume.

On avait connu Sofia Essaïdi glamour et pailletée. Avec Overdose, on la découvre fauve et sans fard. Comme chez elle dans le Polar. Tout à la fois, émouvante, forte et lumineuse en noir.

Sofia Essaïdi-Lumineuse en Noir-1-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

« Pour moi, Sara c’était ça. Cette flic détruite mais qui continue d’avancer parce qu’il n’y a pas le choix, et sans l’espoir que le monde ira mieux un jour. »

 

« Pour « Overdose », j’ai dû travailler et apprendre la noirceur… Moi qui suis extrêmement positive, qui vois toujours le verre à moitié plein, il a fallu que je le voie à moitié vide (sourire) ! Tout le temps, tout le temps ! Parce que c’est l’histoire que je me suis racontée de cette fille…

Sarah, est une flic, une femme entourée d’hommes, qui vit des choses atroces du matin jusqu’au soir, qui est dépitée, désabusée de la vie… Elle continue d’essayer d’avancer en faisant son métier comme elle le peut mais en prenant des coups dramatiques chaque jour… Des coups, des uppercuts ! Tous les jours !… C’est la vie de ces flics-là !

C’est pour ça que j’adore les films de Marchal, parce que ses films racontent la vie terrible et traumatisante des flics… C’est pour ça que ses films me touchent autant depuis toujours… On regarde des fois des séries policières que je trouve assez mensongères, où on voit des gars résoudre des affaires et puis après tout va bien, ils sont super heureux (rires)… Non, je pense que quand on passe ses journées à voir des morts, on n’est pas « super heureux »…

Olivier Marchal, c’est ce qu’il a vu dans sa vie de flic… ll a vu des atrocités qu’on ne peut même pas raconter… Ces sont des traumatismes qui sont encore en lui vingt ans après… Et on voit bien, quand il raconte, que les blessures chez lui sont un peu pansées mais qu’elles sont encore là… Je trouve ça bouleversant et c’est ce qu’il raconte dans ses films… C’est donc ce que j’ai eu envie de raconter moi aussi…

Je suis allée aussi dans cet univers parce que ça m’intéressait d’aller raconter ça des flics… Pour moi, Sarah c’était ça… Cette flic détruite mais qui continue d’avancer parce qu’il n’y a pas le choix, et sans l’espoir que le monde ira mieux un jour…

Tu vois, ça a été ça mon travail sur « Overdose », de me conditionner chaque jour sur la noirceur, sur la terreur de la vie… Et pendant plusieurs semaines, je me suis enfermée dans ces idées-là… Quand j’avais des élans positifs, je les contrais pour entraîner mon corps, mon esprit et mes émotions à être dans quelque chose de grave… Il y a un côté glauque dans ces vies-là que j’avais envie de raconter… C’est pour ça que j’y suis allée.

Et sans rien déflorer de l’histoire, moi les happy-ends, je n’ai toujours connu que ça dans les films… J’ai trouvé tellement intéressant de pouvoir raconter l’inverse… C’est la première fois de ma vie que je fais ça ! Ça a été un travail très différent de ce que j’ai pu faire avant… Jusqu’au bout, on est dans cette noirceur et dans cette dureté de la vie et de ces métiers-là… Et ça a été génial !

Je pense d’ailleurs que parce qu’il y a tout ça, on a eu besoin d’avoir un tournage hyper-joyeux… Et le tournage a été hyper-joyeux (sourire) ! » 

Sofia Essaïdi-Lumineuse en Noir-2-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

« La Vie a eu plus d’imagination que moi, elle m’a emmenée plus tôt que je ne le pensais là où je voulais être. »

 

Sofia Essaïdi n’est pas Sara Bellaïche, mais Sara n’imprimerait pas autant l’écran si l’actrice qui l’habite était restée sur le perron de son monde. Il y a chez l’une et l’autre le même engagement. Total.

Pour chaque film, elle dresse avec son coach, passé chez Chéreau, la cartographie des sentiments et des émotions qu’appellent les personnages qu’elle va interpréter.

Un long et passionnant travail d’introspection qui l’invite à puiser et à trouver dans sa propre expérience de vie ce qui lui permettra ensuite d’être au plus près de l’histoire, au plus juste de l’incarnation.

Le Cinéma, c’est dit-on l’art du faux. Pour autant, Sofia ne se satisfait pas plus du jeu de surface que des ficelles faciles. Ce qui la met en mouvement, c’est tout à la fois ce qu’elle va donner et ce qu’elle va guérir.

Elle garde pour elle le secret de ses blessures mais les domine pour mieux se donner, corps et âme, aux films qu’elle tourne. Elle ne fabrique pas, elle ne fait pas semblant, elle est. Et si elle se sent à côté, si les émotions ont juste affleuré, elle ne feinte pas, elle refait.

Talentueuse, certes. Bosseuse, tout autant. Et aujourd’hui pas moins qu’hier.

« Pourquoi ce chemin (sourire) ? Parce que c’est profondément une vocation. Et ce chemin, il a fallu que je me batte pour le tracer. Il a fallu que je me batte pour faire ce métier. 

J’ai grandi dans une famille bourgeoise pour laquelle il n’y a pas plus important que les études. J’ai grandi dans un monde d’excellence. 

Dans la famille, on est tous bac scientifique avec mention. Mon père ingénieur, mes frères, maths sup, maths spé…

Moi, j’étais vouée à avoir un doctorat en finances… Tu vois, le truc absolument terrible pour moi (sourire) ! Mais j’ai toujours su que je ferais ce métier, depuis l’âge de cinq ans… La danse, la musique, la comédie, c’était clair et net.

Par contre, je pensais que j’aurais eu le temps de passer le diplôme, il fallait que je l’aie… Je l’aurais ensuite rangé dans un tiroir avant de devenir artiste… Je ne me voyais pas d’autre choix… Voilà le conditionnement de la société dans laquelle j’ai grandi : si tu n’as pas de diplôme d’excellence, c’est catastrophique !

Et ce que les gens ne savent pas, c’est que je me suis inscrite par correspondance pendant sept ans… Quand j’ai fait la Star Ac’, j’étais à Dauphine, je me dis : « Ok, je viens de réaliser mon rêve ultime, je commence à devenir artiste mais je ne peux pas abandonner, je vais m’inscrire par correspondance, j’aurai le temps à côté et je l’aurai quand même ce diplôme ! » 

Et il a fallu ensuite que je fasse tout un travail avec une psy pour un truc complètement dingue, qu’on ne peut pas imaginer quand on n’est pas conditionné, pour admettre que mon rêve c’était ma vie d’aujourd’hui !… 

La vie m’a emmenée plus tôt que je ne le pensais là où je voulais être… Elle a eu plus d’imagination que moi (sourire). »

Sofia Essaïdi-Lumineuse en Noir-3-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

« La musique, c’est quand même mon premier amour. Mais je le dis aujourd’hui, je n’étais pas épanouie. »

 

« Oui, j’ai décidé de ma liberté (sourire) … J’ai grandi dans un milieu très francophone au Maroc, avec un père marocain, une mère française, allemande, italienne (sourire), sans religion, donc dans une mixité d’ouverture totale sur la vie… Mais, malgré ça, il y avait des conditionnements, des croyances bien présentes et limitantes… Je suis d’autant plus fière d’avoir osé imposer ma vie…

J’ai beaucoup de gens autour de moi qui n’ont pas fait ce choix parce que le poids de la société et de la famille étaient trop lourds… J’en ai des histoires de gars diplômés, devenus Pdg, qui ont tout plaqué au bout de dix ans pour enfin vivre leur vie ! Mais ils n’ont pas réussi à le faire au moment où ils auraient dû ! …

Oui, avec le recul, vingt ans après, je suis très heureuse de ce chemin parce que, sur le papier, je n’étais vraiment pas vouée à faire ça… Il faut croire en ses rêves et en sa vocation ! Si on sent dans son bide qu’on est fait pour quelque chose, il faut se battre pour le faire !

Aujourd’hui, oui l’acting prend toute la place dans ma vie (sourire) ! Je suis épanouie comme jamais (rires) ! Même si la scène me manque, même si la musique me manque… La musique, c’est quand même mon premier amour… (silence)… Mais je le dis aujourd’hui, je n’étais pas épanouie…

Je n’ai pas réussi à trouver ma place dans le monde de la musique tel que je l’ai connu… En restant authentique, en fait… Avec le recul, je le comprends aujourd’hui, ça tient à la porte d’entrée que j’ai choisie… Je suis rentrée dans ce métier-là à travers un certain milieu, à travers un système, celui du grand public, de l’efficacité, avec ses codes…

Moi, j’avais envie de raconter et de dire des choses et les gens avec qui je travaillais ne l’entendaient pas de la même façon… (silence)… On va être clair, j’étais un produit… Et je le comprends… Mais j’ai été tellement malheureuse, c’est d’ailleurs ce qui m’a fait entamer tout ce travail personnel… Je n’étais pas heureuse parce que les gens n’attendaient de moi qu’une chose : que je ramène de l’argent… C’est ça un produit, ça ne parle pas… et ça ramène de l’argent. 

Bien sûr, j’ai eu des moments merveilleux mais je n’oublie pas que j’ai surtout dû batailler contre moi-même, contre les gens avec qui je travaillais… Contre une industrie, en fait… Et c’était voué à l’échec, évidemment…

Et puis, j’ai fait « Cléopâtre », avec Kamel Ouali que j’adore et qui restera comme l’une des plus belles rencontres que j’ai faites dans ma carrière, et quand je suis sortie de ça, j’ai dit : « Bon, maintenant, je vais faire mon album avec mes musiques ! » On m’a dit : « Ben, non. Pas du tout ! »

Ils voulaient que je fasse ce qui avait déjà marché… Encore une fois, je les comprends… Alors, j’ai fait ce que j’ai pu, jusqu’à ce que ce soit trop… Et un jour, j’ai tout arrêté. » 

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Sofia Essaïdi dans Overdose d’Olivier Marchal (photo de Jean-Marie Marion)

Des films, Sofia Essaïdi en a tournés d’autres depuis cette rencontre. Avant qu’Overdose ne sorte sur Amazon Prime, Les Combattantes, grosse production TF1 Netflix, a fait l’évènement de la rentrée.

Elle caresse aujourd’hui le rêve de fouler les planches d’un théâtre, elle glisse le nom de Nicolas Briançon et on n’en dira pas plus. Elle aimerait faire enfin son album avec ses musiques, et embarquer Ibrahim Maalouf qu’elle surkiffe dans l’aventure.

Des projets, elle n’en manque pas. Moins pour la joie éphémère de les accumuler que pour la chance qu’ils lui offrent de s’épanouir chaque fois davantage. Elle qui dit n’avoir jamais voulu devenir artiste pour « être connue » mais plutôt pour devenir qui elle voulait.

Sur son chemin, elle confie à cet égard avoir eu la plus belle des chances, elle lui aura demandé du temps et du travail, celle, un jour, de s’être enfin rencontrée.

O.D 

Overdose, d’après le roman Mortels Trafics de Pierre Pouchairet, Prix du Quai des Orfèvres, le nouveau film de Olivier Marchal.

À découvrir sur Amazon Prime !

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