Tano : un Humoriste drôlement Lucide

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Le virus pandémique a confiné l‘Idiot Sapiens, son dernier spectacle, mais n’a pas plus émoussé sa plume qu’il n’a muselé son humour véloce. Tano prend le temps de Paris Bazaar.

Il marchait tellement bien son Idiot Sapiens qu’il marchait pour ainsi dire tout seul. Deux jours encore avant l’assignation nationale à nos résidences respectives, Tano se projetait sur une date dans le Sud, à Menton. Trois cents personnes de bon goût avaient déjà payé et réservé. La suite s’est écrite pour lui comme pour tous les autres à la même encre amère et comme les autres l’a sonné debout.

« Au début, j’y croyais pas trop. Il y avait cette date que je produisais tout seul. Je ne pensais pas que ça arriverait. On est quand même passés d’une grippe un peu sévère à un truc de dingue. C’est vraiment dramatique…

Le jour où j’ai dû annuler cette date, un ami d’enfance qui vit en Italie m’a appelé et m’a raconté ce qui se passait chez lui… Ça a été brutal.

Maintenant, je reste chez moi. De ma fenêtre, je vois la rue de Rivoli. À part quelques voitures, il n’y a personne. On est en semaine et on se croirait un dimanche… c’est impressionnant. Heureusement, on entend les oiseaux, on sent l’herbe et les arbres… 

Tiens, il y a un mec tout seul qui passe avec son caddie, il a un masque… c’est la fin du monde (rires). »

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Prendre le temps de Tano n’est pas le perdre. En une minute et quelques mots, il est passé du grave au léger, du drame au rire. Par ces temps qui toussent, on en redemande. Son public aussi, qui vient de faire un triomphe au film qu’il a mis en ligne ces derniers jours. Un montage habile où il détourne sans retenue aucune des films de science-fiction pour nous proposer le sien et livrer au passage sa version jubilatoire de la pandémie planétaire. Ça s’intitule Sras Wars, les Chiiiiinois dans l’espace. Deux minutes douze délirantes. Plus de deux millions de vues.

Preuve si besoin était que les réseaux savent aussi rester rigolos et ne charrient pas que des rivières de bêtise. Encore que, comme il pouvait s’y attendre, Tano a évidemment été la cible des incontournables esprits chagrins. Ces imbéciles qui hier amusaient les bistrots et aujourd’hui polluent la Toile. Qui se rêvent Fouquier-Tinville et ne font que se résumer d’un z qui veut dire zéro.

« Je suis parti de l’idée que les Chinois ont tout mangé sur terre, même leurs pandas… c’est très Southpark dans l’esprit. J’ai d’abord sorti la vidéo sur Facebook, elle a eu mille partages avant d’être supprimée, quelqu’un a dû la signaler… Et puis finalement, ils ont jugé qu’elle n’avait rien d’offensant et ils l’ont rétablie (sourire)… J’adorerais que Matt Stone la voie à son tour (l’un des créateurs historiques de Southpark-ndlr).

Et j’ai pris des mails d’insultes, des menaces de mort. Il y en a un qui m’a dit m’avoir balancé à l’ambassade de Chine (sourire)… J’ai tout laissé, il y a un débat… Il y a beaucoup d’extrémistes chez les censeurs d’aujourd’hui. Ce sont des gens qui ne se sont pas construits eux-mêmes, on leur a bourré le cerveau à la perceuse (rires)… Mais pour moi, c’est du pain bénit et en ce moment, ça me passe bien le temps (sourire).

L’humoriste, c’est le bouffon du roi. Sinon, il n’y a aucun intérêt. Il y en a qui de toute façon n’arrivent pas à rire. Quand tu commences une polémique, tu vois toute une vague arriver. Et après, le temps dégage tout ça.

Il y a en a même qui m’ont dit : « Tu te moque des Corses, on va te tuer ! » Je leur ai dit : « Mais je suis Corse ! » Ils m’ont dit « On va te tuer quand même (rires) !! » Et il faut voir comment ils écrivent… souvent, c’est jubilatoire. C’est d’ailleurs ce que je leur dis : « Ok, on va s’expliquer. Mais n’oublie pas ton Bescherelle (rires) ! »

D’aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours écrit. Et il écrit encore beaucoup, tout le temps. C’est sa respiration, son exigence. Il sait qu’on n’écrit jamais aussi bien qu’avec la gomme.

« J’ai toujours eu des super notes en rédaction… J’aimais ça… Mon père qui était chirurgien était très littéraire et très exigeant. Je me souviens qu’il m’expliquait les choses comme si j’avais toujours cinq ans (sourire). Il était fou de théâtre, de cinéma, de jazz… Il m’a initié à tout ça. Il était brillantissime… Il est parti quand j’avais dix-huit ans… Il avait la même maladie que Bourvil…

Aujourd’hui, je sais que je me prends beaucoup la tête quand j’écris. Je suis peut-être trop perfectionniste. Mais tu ne peux pas t’endormir sur une vanne, il faut toujours se réinventer. Je veux que mon produit final soit de qualité. En ce sens, je me compare à l’artisan. C’est tellement compliqué de faire simple…

Et le stand-up, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Regarde Blanche Gardin, c’est une énorme bosseuse. Elle n’est pas dans la négation de la comédienne. Prends Philippe Caubère, Richard Pryor, ils sont pourtant tout seuls sur scène, pas de décor, pas d’accessoires, juste le jeu d’acteur et on voit tout ! C’est magistral. »

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Il y a un an, Tano a eu l’idée d’un poème dédié à celui qu’il tient pour un génie. Il y a un mois, deux amis communs, Zézé et Mourad que leurs noms soient loués, l’ont transmis au génie. « Mais c’est beau ! Qui a écrit ça ?? Je vais le lire, filmez-moi ! »  Et le génie devant une caméra a lu le poème. Ce jour-là, Tano a marché sur les nuages. Cet artiste qu’il place sur les mêmes marches que Brando ou Nicholson, c’est Depardieu. Depuis, Tano lui a envoyé d’autres vidéos qui l’ont plié en deux.

Ça ne s’explique pas le rire, ça se rit. On peut juste observer que chez Tano, c’est moins une mécanique qu’une musique dont les mots font les notes et le rythme. Il est d’ailleurs tout à la fois musicien et comédien. Et du jazz, il a retenu le sens du thème et des variations, du break et du crescendo.

Surtout, on aime son regard sur nous. Sur les flics de la BAC, les comiques ethniques, les Vegans, les Corses et les Chinois, les femmes et les hommes. On aime aussi cette nonchalance trompeuse qu’il affiche sur scène, comme un prélude à tous les scuds. Ce sens du cool et du féroce avec lequel il dézingue en règle nos endroits comme nos envers. À croire qu’il nous connaît mieux que nous, il nous voit comme nous ne savons plus nous voir.

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Il aimerait bien y croire mais l’après-Covid ne lui fait pas entrevoir des lendemains qui chanteront plus juste. Il juge son époque d’un cynisme absolu et pense que cette période ne changera rien aux paroles de Brassens : « Le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con... » C’est sa mère qui sans doute le résume le mieux, un « pessimiste jovial » dit-elle de lui.

Il a toutefois une pensée pour ceux qui ont des maîtresses et à qui le confinement a coupé un peu plus que les ailes. Il songe à ce pote obligé de cohabiter depuis trois semaines avec son ex-épouse alors qu’il a deux cents copines à voir et ça le fait rire. Nous aussi.

On a maintenant juste envie d’entendre ce qu’il aura à dire quand nos vies auront repris leurs cours. Certains pensent que s’ouvriront alors de nouvelles années folles. On se prend à imaginer ce que pourrait être un Tano encore plus débridé… Il y a des perspectives moins souriantes.

O.D

Pour prolonger le plaisir de la rencontre…

https://www.youtube.com/watch?v=TW1J6Zy7hP8

On n’oublie pas non plus ce rap fameux…

Enfin, ce beau moment où Depardieu lit Tano dans le texte…

Et bonne nouvelle, Tano sera de retour avec l’Idiot Sapiens en septembre au Bo Saint-Martin… et le 6 novembre à Menton !

https://www.youtube.com/watch?v=HH0ujRM5cxs

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