Les Litres et les Ratures font aussi les belles Chansons

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L’alcool adoucit chez certains la morsure du confinement. Il a aussi su inspirer des chansons sublimes qui parlent de solitude et de tristesse. Morceaux choisis aux extraits naturels d’excès.

Le confinement est toujours en place. Il se poursuit sans cesse, sans fin. Certains en profitent pour se cultiver. D’autres tentent de se faire connaître par le biais de chansons ou de sketches, plus ou moins ratés, qu’ils diffusent à fond sur YouTube. Pourquoi pas ? Grégoire, massacreur d’Oasis en chef sur les pianos de la SNCF, a bien réussi à se faire repérer sur Internet après tout… 

Il y a aussi ceux qui prennent des résolutions du genre : «Après le confinement, je me mets une mine en boucle sur deux jours !» Résolution à laquelle certains membres de l’équipe de Paris Bazaar ont déjà souscrit. Et il y a aussi ceux qui se sont dit : «Et puis merde. Que je sois à la Contrex ou à deux grammes, qu’est ce que ça peut foutre ?… Je m’y mets maintenant !» 

Les Litres et les Ratures font les belles Chansons-Boris Vian-ParisBazaar-Borde

S’il y en a un qui parlait bien de la picole, avec une classe hors normes, dans une ambiance feutrée et douce malgré un univers d’une noirceur à faire pâlir un fan de Stephen King, c’est bien Boris Vian. Cinq ans après la parution d’Elles se rendent pas Compte, dernier livre de Vernon Sullivan, son autre moi, Boris Vian, qui aurait eu cent ans cette année, écrit le superbe texte de Je Bois pendant qu’Alain Goraguer, musicien et arrangeur pour bon nombre d’artistes dans les années 60 et 70 dont Boby Lapointe, Brigitte Fontaine ou encore Jean Ferrat, compose la sublime musique.

Goraguer est aussi celui à qui on doit le célèbre et insupportable Toutoutouyoutou, générique de l’émission de gym de Véronique et Davina dans les années 80. Espérons que ça lui a rapporté un max… Bref, quoiqu’il en soit, Vian et Goraguer ont réussi à transformer une sorte de monologue de comptoir où un pauvre mec explique sa morne vie et sa tristesse, en véritable chef d’oeuvre. Une histoire banale pour une chanson divine. 

S’il y en a un qu’on ne peut éviter en causant alcool et musique, c’est évidemment l’immense Serge Gainsbourg. À partir d’une certaine heure, l’artiste était tellement rond que les employés du Don Camillo, le ramenaient au lit.  Faut dire que le cabaret où l’artiste avait ses bouteilles à dispo disposait d’une entrée commune avec son jardin. C’était donc plus facile pour le border. Cela n’enlève évidemment rien à son immense talent.

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Il avait d’ailleurs parfaitement chanté L’Alcool en 1958 sur Du Chant À La Une !, son premier album enregistré par… Boris Vian et Alain Goraguer. Encore eux ! Il y relatait, comme Vian, la vie d’un pauvre type agrippé à la boutanche pour se sortir de son horrible quotidien, tout ça sur un air de mambo.

Sur le même album, dans Du Jazz Dans Le Ravin, Gainsbourg évoque le «Whisky dans la boîte à gants.» Gainsbourg, à l’époque, ne formait pas encore cette sorte de duo infernal avec l’alcool. C’est comme si, plus tard, il avait appuyé sur le bouton auto-destruction pour accentuer ses consommations de Pastis et de Gitanes. Quel gâchis ! 

Autre morceau où l’alcool est omniprésent, Rebel d’Alain Bashung. Là encore, le texte complètement déjanté signé Boris Bergman est une œuvre d’art. Un bijou. Paru sur l’album Pizza en 1981, le morceau est bourré de double sens, de jeux de mots, et accompagné d’une musique pop-rock impeccable, aidé par une guitare hispanisante.

Faut dire qu’on ne peut pas résister à un morceau avec des paroles aussi barrées qu’ «Après trois babies c’est l’heure de me zoner/Demain j’ai une attaque de train/Faut se préserver si on veut durer/Rester toujours numéro un». Rebel, avec ce «Yé n’en pé plou» obsédant est une sorte de critique acide des aventuriers à la petite semaine, des pseudo-héros qui se mettent à picoler juste ce qu’il faut pour paraître. Lavilliers était-il visé ?… 

Il n’y a pas qu’en France que l’alcool inspire les artistes et constitue parfois un de leurs principaux sujets. En 1993, les Butthole Surfers chantaient Alcohol. Le morceau du groupe texan, complètement barré, sur fond de musique noisy, évoque l’addiction et l’alcoolisme «social» qui fait que t’as plein d’amis…

Un an plus tard, les punks californiens de NOFX sortent Punk In Drublic, un album bourré de contrepèteries comme celles-ci, décrivant une vie folle et joyeuse, aidée par quelques excès en tous genres. Punk In Drublic se vendra à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, sans promo radio, ni télé. Une vraie performance. 

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Il y a aussi plusieurs morceaux célèbres qui parlent d’alcool. C’est le cas de Whiskey In The Jar. Popularisée et réécrite par Thin Lizzy en 1972, la chanson, qui conte la tristesse d’un bandit de grand chemin irlandais trahi par sa femme, a été reprise de nombreuses fois depuis les années 50 par des groupes aussi différents que U2, Metallica, ou The Pogues. Même Nolwenn Leroy l’a reprise. Rien ne garantit qu’elle ait compris les paroles…  

Autre titre inévitable : Alabama Song. Écrite par Bertolt Brecht, la chanson a été mise en musique avec des éléments de blues, de foxtrot, de jazz, et de charleston, par Kurtz Weill en 1927 pour son opéra intitulé Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny. Connu aussi sous le titre Whisky Bar, ce morceau a été repris par les plus grands artistes comme David Bowie, The Doors, Marianne Faithfull, Marilyn Manson, ou Nina Simone. En France, Dalida, Catherine Sauvage, et Dyonisos s’y sont attaqué…   

Les Litres et les Ratures font les belles Chansons-Morrisson-ParisBazaar-Borde

L’alcool est une source d’inspiration inépuisable. Évidemment, Tom Waits, Arno, Jacques Dutronc, Etienne Daho, UB40, Willie Nelson, Kiss ou encore Janis Joplin auraient pu être cités dans cet article. Mais il a fallu faire des choix. Une certitude en tout cas, vivement la fin du confinement qu’on puisse tous trinquer avec ou sans modération. Nous, à Paris Bazaar, avons choisi notre camp…  Et vous ?

À vos bonnes santés à toutes et à tous !

Laurent Borde                            

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