The Scope : la Belle Âme de Manu Katché

Manu Katche-ParisBazaar-Borde

Paris Bazaar aime la musique et les musiciens avec un grand M. The Scope, le nouvel album de Manu Katché, l’un des meilleurs batteurs au monde, a fait notre joie majuscule.

Les habitudes ont la peau dure. C’est ainsi que les musiciens sont trop souvent considérés comme les faire-valoir de celui qui chante. Les metteurs en son à l’ombre de l’artiste. Quelle erreur ! Ils sont tellement plus ! Certains savent s’extraire de la multitude anonyme de ces cohortes de pianistes, guitaristes et autres batteurs. Et prennent alors toute la lumière. On pense à Mick Ronson ou Reeves Gabrels avec Bowie. On se souvient de  Stanley Clarke avec Stan Getz, on n’oublie pas Sheila E avec Prince ou Herbie Hancock.

En France, nous avons aussi nos perles à nous ! David Guetta est connu mondialement ! Oui, mais il ne joue pas de musique. Il passe des trucs de danse de djeuns sur des clés USB ! Daft Punk est aussi très connu. Le duo de motards est sans doute le meilleur représentant Bontempi à l’étranger. Evidemment, les immenses Michel Legrand et Maurice Jarre étaient aussi des références dans la musique outre-atlantique, surtout pour les B.O.

Actuellement, LA vraie référence française est sans aucun doute Manu Katché. Faut dire que le gars sait taper sur ses gamelles. Et puis, avez-vous vu la tête du C.V. ! Il donne le vertige. Michel Jonasz, Sting, Dire Straits, Peter Gabriel, Tears For Fears, Tori Amos, Stephan Eicher, Marcus Miller… Si je poursuis, j’y suis encore demain mais est-ce bien nécessaire ?  

Manu Katché-The Scope-ParisBazaar-Borde

Ce batteur génial sait tout faire. Il s’adapte à chaque artiste, à chaque moment. « Gnia, Gnia, c’est le propre d’un batteur » me direz-vous d’un ton à la limite de l’insolence ! « Oui, certes« , vous répondrai-je avec la sérénité bienveillante qui fait ma singularité. Oui, donc. Encore faut-il savoir faire. Et c’est ce qu’il a voulu aussi montrer avec son nouvel album. Intitulé The Scope (« l’étendue », en french in ze text), le disque comprend dix morceaux assez surprenants, parfois déroutants.

C’est le cas avec Paris me Manque. Ce morceau de rap, le seul en français, se démarque du reste. Interprété par Jazzy Bazz, des paroles simplistes décrivent la façon dont Paris s’est transformée, a perdu son âme. L’idée est bonne mais le rendu n’est pas forcément à la hauteur. Manu Katché aime sans doute le rap, mais ce titre est à la limite du ratage. Une fois cette fausse note évacuée, le reste est franchement beau.

Katché joue grandement, simplement, sans trop en faire mais en montrant une technique, SA technique, extraordinaire. Preuve en est avec Keep Connection, morceau qui ouvre l’album tout en finesse. Un jazz rock impeccable, une basse tueuse et une guitare folle. La batterie est presque en retrait, à la fois modeste et omniprésente. L’instrumental qui suit, Glow, nous transporte dans un état de bien être qui frise la félicité. Jazz rock accompagné de cordes avec quelques relents électro. Une musique pour faire rêver. Manu Katché chante avec sobriété. Il laisse la guitare s’exprimer davantage… Cet Artiste a décidément de la classe !

Qu’il s’attaque à de l’électro avec Tricky 98’, qu’il explore un côté rock avec Don’t U Worry, sur lequel il chante accompagné d’un vocoder,  Katché sait tout faire. Tout bien faire. Oui, ce Don’t U Worry pourrait rappeler certains titres d’Earthling de Bowie, oui la fin de Vice fait immédiatement penser à Zenyatta Mondatta de Police, groupe avec un autre batteur génial, Stewart Copeland, ami de Katché. Doit-on pour autant lui en vouloir ? Ben non !

D’autant plus que certains titres pourraient être des B.O. de films. Goodbye For Now en est certainement le meilleur exemple. La musique commence. Imaginez, en pleine nuit, une vue survolant une ville. Les néons, les phares des voitures déambulant aux coins des rues, les gratte-ciels. Sorte de vue imprenable sur un monde moderne qui parfois nous échappe. La caméra descend ensuite à toute berzingue, gros plan sur le personnage principal du film au milieu d’une rue bondée… Overlooking pourrait aussi faire partie de ce même film… Un générique de fin, un générique de radio… Le titre se retient. L’instrumental fait vibrer, le piano ne laisse pas de marbre, il émeut. Tout ça laisse place à l’imagination…

Et si c’était vraiment ça la Musique ? Faire plaisir et se faire plaisir ! Manu Katché l’a compris. Il chante, invite ses amis, Faada Freddy ou l’artiste folk Jonatha Brooke. On le sent bien. Il est en bonne compagnie. Et nous aussi. Qu’il chante bien ou mal, on s’en fout. Cet album n’est pas le genre de démonstration tapageuse dans laquelle peuvent parfois se complaire certains musiciens prétentieux et odieux. Non, j’ai pas parlé de Noel Gallagher. Manu Katché a simplement voulu ici assumer une envie. Celle de s’éclater et de la faire ressentir. C’est gagné !

On ne peut qu’applaudir, admirer, apprécier. Et savourer.

Laurent Borde

Manu Katché / The Scope / Anteprima Productions

(Crédit Photo de Une : Arno Lam)

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