Une Lettre de Rome : « Avivo un Sogno ! »

Après ces longues semaines d’enfermement sanitaire, nous goûtons chaque jour un peu plus aux bonheurs tout simples de nos libertés retrouvées. C’est à Rome que nous avons eu le désir de vous mener. Ouvrez les yeux et suivez le guide. Son rêve fait le vôtre.

« Avivo un sogno« , « J’ai fait un rêve » … Les touristes que nous sommes pourraient reprendre à leur compte cette célèbre formule de Martin Luther King en découvrant les villes dégagées, confinement oblige, de la gangue vacancière qui les dénature.

Évidemment il est facile de fustiger un phénomène de masse alors que nous sommes les premiers à alimenter ce flot ininterrompu. En réalité, si chacun dans la sphére de loisir qu’il se réserve, peut selon une autre célèbre formule se sentir responsable sans être coupable, rien ne nous empêche, à la faveur de ces cinquante jours de retraite imposée, de constater combien trop d’amour peut tuer l’amour.

Lettre de Rome-Grand Canal-ParisBazaar-Vicaire

En regardant les reportages à la télévison la réalité s’est imposée. C’était un rêve que de voir Venise débarrassée de ces monstruosités maritimes qui sapent ses fondations et viennent jusqu’aux bords de ses quais obscurcir son ciel. Un rêve d’imaginer des canaux presque limpides. Un rêve de ne plus trébucher sur des foules agglutinées à des étals de pacotilles transformant les ruelles en couloir de métro aux heures de pointe et, un miracle plus qu’un rêve, de voir les poissons reprendre possession du Grand Canal.

Et si rien n’interdit de penser que l’on pourra un jour de nouveau rejoindre les Frari en toute tranquillité ou aller à la Scuola Grande di San Rocco méditer devant les admirables Vie et Mort de Jésus du Tintoret, il va falloir quand même réviser notre copie touristique. Plus qu’un rêve, c’est un vœu pieux car on ne peut pas empêcher le monde d’assouvir des besoins de culture que nous avons nous-même générés.

Il va donc falloir réfléchir. S’ouvrir à d’autres manières d’aborder l’exception. Car Venise est un exemple mais elle n’est pas l’exception. Elle n’est pas la seule à souffrir de l’engorgement admiratif qui l’encombre. Rome, elle aussi, est tributaire de sa propre beauté. Mais si Venise est devenue en quelque sorte un musée, Rome reste une ville. La vie y circule et, pour peu qu’on y séjourne longtemps ou souvent, on peut appréhender sa vitalité et sa réalité humaine.

Lettre de Rome-Campo-de-Fiori-ParisBazaar-Vicaire

Il suffit pour s’en convaincre de flâner dans le Trastevere ou arpenter le Campo de’ Fiori où se déroule chaque matin, un marché agité, exubérant, haut en couleurs et embaumé des odeurs de toutes les épices qu’on peut y trouver. D’une rive à l’autre du Tibre le cœur de Rome y palpite et celui des Romains dans leur authenticité donne son rythme aux promenades qu’on peut y faire en se ménageant de belles surprises.

Bien sûr, les queues sont interminables pour accéder au Colisée, bien sûr qu’elles s’étirent à la Bocca della Verita et bien sûr qu’il faut se battre pour jeter dans la fontaine de Trévi la pièce traditionnelle qui vous fera revenir à Rome et bien sûr encore qu’aux abords du Vatican et de la via della Conciliazione, il faut jongler avec le ballet des cars de pèlerins qui déferlent et interdit toute velléité raisonnable de circulation.

En fait, la ville offre des réalités différentes mais totalement complémentaires. Ainsi les Romains peuvent se retrouver aussi bien aux manitestations du 1er mai qui ressemblent à de grande fête carnavalesques et suivre aussi la traditionnelle Marche pour la Paix du 1er janvier dans laquelle toutes les sociétés et toutes les ethnies se rejoigent et communient dans un même sentiment d’universalité.

Lettre de Rome-Café Greco-ParisBazaar-Vicaire

Devant de telles contradictions, on pourrait presque dire comme le Sertorius de Corneille que « Rome n’est plus dans Rome » . Mais Rome reste Rome et il suffit de trouver celle qu’on préfère en substituant à l’objectif du voyeur le regard de l’amoureux. Partir en quelque sorte à l’aventure en laissant son guide au vestiaire pour s’engager hors des sentiers battus.

Ceux qui mènent, par exemple au Chiostro del Bramante, à deux pas de la place Navone, vicolo de l’Arco della Pace où, loin des agitations surfaites des terrasses de la via Veneto et le cadre élégant mais plus convenu du Café Grecco, on peut déguster un capuccino dans une intimité surprenante.

Et pour ceux qui veulent prendre l’air au propre comme au figuré, il y a les hauteurs du Janicule, celles du Pincio ou encore les ressources du Parco di Colle Oppio où les petits Romains jouent au foot et caracolent sur les vestiges de la Domus Aurea de Néron.

Lettre de Rome-Santa Prassede-ParisBazaar-Vicaire

Et puis, dans une petite rue adjacente à l’opulente basilique de Santa Maria Maggiore, il y a Santa Prassede, la plus secrète et la plus petite basilique de Rome dont le titulaire est un français, le cardinal Poupard. Dans ce cadre dégagé des grandeurs pontificales, Rome se repose et le visiteur ne s’y considère plus tout à fait comme un touriste mais prend sa part d’une magie qui le fait devenir Romain.

Vous l’aurez compris, je suis partial. On ne peut pas aller depuis près de quarante ans à Rome sans la connaître un peu et l’aimer beaucoup.

En la voyant à la télé, non pas désertée mais habitée par sa seule beauté, on est tenté d’attendre un signe d’elle pour permettre, une fois encore, d’y retourner en se disant comme Homère : « Vive Valeque » (Vis et porte-toi bien).

François Vicaire

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