En Amont d’Alain Bashung : album ultime, sublime opus

ll y a des artistes qu’on oublie. Des albums qu’on aimerait oublier. Et il y a Bashung et son album posthume. En Amont, un pur bijou.

Le 14 mars 2009 est un jour funeste dans l’histoire de la chanson et du rock français. Alain Bashung tire sa révérence et baisse le rideau. L’Artiste passe le Rio Grande pour retrouver Gainsbourg et Buddy Holly. Neuf ans plus tard, la douce Chloé Mons, sa veuve, nous fait un superbe cadeau en publiant onze morceaux inédits.

Onze pépites travaillées, disséquées, emballées brillamment par Edith Fambuena, collaboratrice de l’Artiste depuis Fantaisie Militaire. Autrement dit, la qualité est ici un doux euphémisme, autant que la médiocrité peut l’être dans le moindre morceau de  M Pokora !

Dès le premier morceau intitulé Immortels, on comprend le message composé et écrit avec brio par Dominique A. : Bashung n’est pas mort ! Sa voix est d’ailleurs sombre, grave, mais bel et bien omniprésente. Le morceau de Dominique A est simplement beau, tout comme Seul Le Chien, morceau sur la fidélité qu’il a également composé, écrit, et sur lequel on reconnaît son jeu de guitare dès les premières notes.

 

Les textes d’En Amont sont graves. Ainsi, Montevideo, composé par Mickaël Furnon, chef officiel de Mickey 3D, est d’une noirceur extrême sur fond de batterie électro. Sur Ma Peau Va Te Plaire, composé par Joseph D’Anvers, le rythme est plus blues, voire rock’n’roll avec des relents de surf music. Bashung déclame son texte pour une chanson qui aurait quasiment pu figurer sur ce chef d’œuvre qu’est l’album Novice. Quant à La Mariée Des Roseaux, écrit par Doriand, on retrouve l’ambiance d’Osez Joséphine. Les Arcanes, écrit et composé par Armand Méliès, est un blues guitare-basse sur lequel la voix de Bashung communique une sorte de détresse en répétant que « Tout est là, Rien n’est caché… » . 

Sur la fin, la guitare électrique est froide, presque effrayante. Les Salines, écrit et composé par Raphaël, parle de la solitude, le manque que provoque la disparition de certaines personnes. Bashung joue un rôle, pas si imaginaire que ça. Comme dans Elle Dit les Mêmes Mots. Morceau quasi cinématographique signé Daniel Darc, qui semble  avoir été écrit comme un court métrage. Bien que triste, l’histoire est belle. Une belle histoire qui se finit forcément mal comme le précisent Un Beau Déluge et Nos Âmes À L’Abri, les deux titres très sombres qui clôturent cet opus.

En Amont restera donc comme l’ultime album studio d’Alain Bashung. Un album posthume d’une qualité évidente. Bashung nous ouvre les portes de son univers, nous laisse entrevoir les démons qui le peuplent. Il y affronte les affres de son désespoir. Au delà de l’émotion.

Cette  année 2018 est donc l’année des albums posthumes. Après Johnny Hallyday, son marketing outrancier et ses records de vente, il y a Bashung et sa classe naturelle.

En Amont, un album émouvant, superbe. En un mot, essentiel.

Laurent Borde

Alain Bashung En Amont /Barclay               

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