Flânerie Normande avec Eugène Le Poittevin

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Le musée Les Pêcheries à Fécamp a eu la bonne idée d’un bel hommage à Eugène Le Poittevin. Ami de Courbet et précurseur de l’Impressionnisme, il sut bien avant d’autres faire de la Normandie son atelier à ciel ouvert.

De Paris pour rejoindre la côté d’Albâtre il faut trois petites heures. Par contre, de Fécamp à Étretat, à vol d’oiseau, il y a une quinzaine de kilomètres. C’est peu et encore moins si l’on considère les corrélations étroites qui existent entre le port de pêche et la station balnéaire.

Et parmi les subtils points communs qui les réunissent, il y a Maupassant qui de quelque côté que l’on se trouve est omniprésent dans ce Pays de Caux qu’il sut montrer si bien vivre… et faire souffrir. Il y a d’abord son lieu de naissance qui est encore sujet à des controverses qu’on ne parvient pas vraiment à élucider, tant les obsessions nobiliaires de sa mère se sont employées à brouiller les pistes.

Flânerie Normande avec Eugène Le Poittevin-Baignade à Étretat-ParisBazaar-VicaireBain à Étretat-Eugène Le Poittevin

Mais qu’il ait vu le jour au château de Miromesnil ou dans la cité des Terre-Neuvas, son talent a marqué admirablement les complexités de la nature humaine et les lumières d’un paysage dont les peintres se sont attachés à sublimer les multiples facettes. Parmi eux, Eugène Le Poittevin auquel le musée « Les Pêcheries» à Fécamp rend hommage dans la rétrospective qui lui est consacrée. 

Mais attention ce Poittevin-là n’a rien à voir avec Laure Le Poittevin, la mère de Bel Ami. Et encore moins avec son frère, Alfred, poète fragile et rêveur, qui fut le grand  ami de Flaubert avec lequel il entretint une  « amitié virile » digne de la Rome antique et dont les ambiguïtés ont été jusqu’à faire naître des doutes qui n’ont jamais été véritablement levés.

Alfred mourra dans sa propriété de la Neuville-Chant-d’Oisel près de Rouen que la petite histoire retiendra pour avoir été, plus tard, la résidence de Jacques Anquetil. C’est là que naquit Louis, son fils, qui connaîtra comme peintre un succès dépassant la simple estime. Maupassant dont il fut le confident résumait son talent comme « un théâtre de la réalité ouvrant l’espace infini de l’idéal». D’une certaine manière, c’est une définition qui colle d’assez près à la démarche d’Eugène Le Poittevin (qui en réalité s’appelait Podevin) dont les influences s’attachèrent à lui faire tourner le dos aux normes académiques de l’époque pour ouvrir d’une certaine manière les voies de l’impressionnisme.

Dessinateur, peintre historique, humoriste (il réalisa une série de lithographies quelque peu polissonnes) Le Poittevin sortira des thématiques classiques pour affirmer une « patte » solide comme celle de ses amis et inspirateurs que furent Isabey et Courbet. 

À travers des œuvres datant de la seconde moitié du XIXe siècle, l’exposition invite à explorer la façon dont Étretat s’est inventée. À vrai dire, Maurice Leblanc y est aussi pour quelque chose. L’aiguille creuse et Arsène Lupin ont concouru fortement à faire sa réputation. Mais il est certain que le site et son environnement exceptionnel en ont fait progressivement la destination idéale pour devenir le site incontournable de la peinture de plein air. Une rencontre esthétique décisive qui déclenchera chez des artistes comme Le Poittevin des réactions novatrices dont des artistes comme Monet seront les initiateurs.. 

Le Musée Les Pêcheries, à Fécamp,  lui consacre une exposition et redonne ainsi à Eugène Le Poittevin la place qui lui revient dans le grand mouvement d’évolution picturale auquel il se rattache. Commissaire de l’exposition en collaboration avec Laurent Manoeuvre auquel rien n’échappe des « ciels nuageux » de Boudin et de sa collaboratrice Nadège Sébille, Marie-Hélène Desjardins directrice des Pêcheries s’est attachée à reconstituer un parcours artistique et humain qui regroupe plus de soixante-dix œuvres.

La plupart ont été réalisées à Étretat par Le Poittevin dont on célèbre le 150ème anniversaire de la disparition. L’artiste s’y retrouve en bonne compagnie puisqu’il est entouré d’un cercle d’amis dans lequel Eugène Isabey et Gustave Courbet ont leur place. 

Flânerie Normande avec Eugène Le Poittevin-Pêcheurs-ParisBazaar-VicairePêcheurs de Rocaille-Eugène Le Poittevin

C’est en 1831 que Le Poittevin découvrit Étretat en compagnie d’Eugène Isabey. Considéré comme « le peintre des marines », Isabey arrivait auréolé de la gloire de son père Jean-Baptiste dont les miniatures avait fait les délices de la société du Premier Empire. C’est lui qui dessina les habits du couronnement de Napoléon dont la robe de Joséphine. Il sera un des hôtes privilégiés de « La Chaufferette », la villa que Le Poittevin se fera construire non loin de « La Guillette » où Maupassant donnera bien plus tard quelques fêtes dévergondées qui défraieront la chronique locale.

D’une manière beaucoup plus tranquille, Courbet viendra aussi planter son chevalet à Étretat et Le Poittevin lui fera même aménager sur la plage un atelier dont sortira, au cours de l’été 1869, sa célèbre série des Vagues.

Cette exposition restitue l’ambiance culturelle et mondaine, pour tout dire parisienne, qui dès le dix-neuvième siècle et grâce à des personnalités comme celle d’Eugène Le Poittevin, ont fait de ce petit coin de Normandie un véritable carrefour de l’art.

À voir !

François Vicaire

Musée des Pêcheries 3, quai Capitaine Jean Recher 76400 Fécamp – Tél. 02 35 28 31 99

A partir du 14 juillet. Tous les jours de 10 heures à 18 heures.

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