Flics et musique ont souvent fait équipe. Une association critique, parfois explosive ou surprenante mais toujours intéressante. Playlist secours.
La France, pays des Droits de l’Homme. La France, pays du bien-être… et terre d’élection de toutes les polémiques. Alors que nous sommes en plein déconfinement, qu’on s’empoigne sans fin sur la gestion du coronavirus, la police s’invite dans le débat. Et se dessine de plus en plus une ligne de partage, sinon de fracture, entre ses détracteurs et ses soutiens.
D’un côté, Omar Sy et Camélia Jordana qui dénoncent les violences policières et leur peur face aux policiers et gendarmes. De l’autre, un ancien flic, Olivier Marchal, réalisateur et scénariste, qui soutient vivement ses ex-collègues en dénonçant, dans une lettre explosive, vibrante, et émouvante, ces «espèces d’acteurs de deuxième zone qui vivent dans des quartiers privilégiés».
Plus récemment, l’artiste JR a apporté son soutien à Adama Traoré et George Floyd par le biais d’une photo, dénonçant le racisme et les discriminations dont sont victimes les noirs dans de nombreux pays, tout en précisant pertinemment qu’ « il n’est pas question de confondre la France et les États-Unis.» Quoi qu’il en soit, le clivage ne date pas de la semaine dernière, la police a toujours été source de discorde. De nombreux artistes se sont réunis ou opposés à son sujet.
En 1979, sur son premier album homonyme, Trust, sortait Police Milice. Le morceau, écrit par Bernie Voisin et Norbert Krief, les deux têtes pensantes du groupe, critiquait vivement la police, et plus généralement le fonctionnement de la société. D’une rare violence, il faisait figure de bombe aux côtés d’autres titres très engagés comme L’Élite, Dialogue De Sourds, ou encore Toujours Pas Une Tune.
Trust n’était pas là pour enfiler des perles mais plus volontiers pour mettre le doigt où ça fait mal, à une époque où Giscard, aux dernières nouvelles toujours persuadé de s’être envoyé Lady Di, aidait Bokassa 1er à compter ses diam’s. Après plus de 500 000 exemplaires vendus, Trust continuera sur la même lignée et sortira Antisocial, brûlot intemporel qui sera repris par des artistes aussi divers qu’Anthrax, Children Of Bodom, Steve N’ Seagulls (et son banjo magique), Metallica (lors de son passage en France en 2017) et même les Martin Circus !… Oui, en France, tout est possible.
Dans un autre genre, Falco débarquait avec Der Kommissar en 1982. Oscillant entre rap et new wave, le morceau du chanteur autrichien, avait pour sujet une histoire simple mêlant coke, pute, et meurtre. Lunettes noires, cheveux gominés au Nutella, costard noir style Miami Vice, chaîne en or qui brille, le chanteur au look de maquereau façon Inspecteur Derrick sous acide en profita pour faire un clip franchement kitsch mais qui collait parfaitement à la musique.
Le morceau fut écoulé à plus de 7 millions d’exemplaires, plus de 500 000 rien que chez nous, et permit à Falco, de son vrai nom Johann Hölzel, de remplir ses poches et le coffre-fort de son banquier. Aujourd’hui devenu culte, régulièrement célébré sur scène par Metallica, tiens encore eux, dont les membres sont fans, Falco est mort en 1998 en République Dominicaine, après qu’un bus ait eu la mauvaise idée de venir s’encastrer dans la bagnole qu’il conduisait. Der Kommissar restera un des premiers morceaux à avoir conquis les charts du monde entier tout en étant interprété en allemand, avec tout de même quelques mots d’anglais.
En 1976, Junior Murvin s’occupait aussi des flics avec Police And Thieves. À travers la chanson produite par Lee Scratch Perry, le reggaeman jamaïcain à la voix de fausset dénonçait les brutalités policières et les guerres des gangs dont souffrait son île. La même année, le morceau, qui connaîssait un succès mondial, devenait l’hymne du carnaval de Notting Hill, organisé annuellement depuis 1966, principalement par les Caribéens vivant dans ce quartier de Londres.
L’évènement allait alors dégénérer en émeute, les jeunes participants affrontant violemment la police pour dénoncer le nombre imposant d’uniformes présents et le harcèlement dont ils se sentaient victimes. Quelque temps plus tard, le Prince Charles, avec ses grandes oreilles et son kilt ras le zboub, se prononça, contre toute attente, en faveur de ce qui était déjà l’un des plus grands festivals de rue au monde.
En voyant près de 150 000 personnes s’éclater, et affronter les flics, le prince de Galles déclara simplement : «C’est tellement bien de voir tant de gens, heureux, dansant tout en souriant.» Comme par magie, le harcèlement cessa. Après les émeutes auxquelles participèrent Joe Strummer et Paul Simonon, The Clash reprit le morceau brillamment en 1977. Junior Murvin déclara alors que Clash avait détruit «l’œuvre de Jah» pendant que Lee Scratch Perry considérait que les quatre punks avaient ruiné la chanson.
La version des Anglais, plus musclée, hésitant entre punk et reggae, du « punk reggae » selon eux, inspira Bob Marley himself pour l’écriture de Punky Reggae Party. Elle contribua encore plus à la renommée intemporelle de ce titre, repris par bon nombre d’artistes dont Dave Grohl, sous le pseudonyme de Sprechen Sie Deutsch, pour la B.O. d’Alerte À Miami : Reno 911 !, navet intersidéral sorti en 2007, vu par 1321 français courageux. Preuve qu’une chanson, si sublime soit-elle, peut être utilisée à mauvais escient. Mais que fait la Police ??
Dénoncée, critiquée, dégueulée ou parfois même encensée comme dans J’Ai Embrassé Un Flic, chanson de Renaud sortie en 2016, celle-ci a fourni la matière à d’innombrables chansons. Innombrables controverses et disputes aussi. Qui a tort, qui a raison ? Ce n’est certainement pas à nous de le dire. Nous ne prenons parti ici que pour un seul camp: celui des Artistes Authentiques. À vrai dire, qu’ils soient pour ou contre, on s’en fout totalement, du moment que leurs chansons nous parlent.
Nous aurions d’ailleurs aussi pu parler de The Police, du sublime générique des Brigades Du Tigre par Philippe Clay, du Sacrifice De Poulets par Ministère Amer, de Cop Killer par Body Count, d’I Shot The Sheriff de Bob Marley, d’Highway Patrolman de Bruce Springsteen, de Killing In The Name de Rage Against The Machine, d’Highwayman de Jimmy Webb (repris quelques années plus tard par The Highwaymen (super groupe avec notamment Johnny Cash et Willie Nelson), de You’Re Under Arrest de Serge Gainsbourg, et de tant d’autres…
Nous aurions aussi pu évoquer Louis Chedid avec Hold-Up ou la B.O. de Pinot Simple Flic, de Marcel Amont avec Monsieur Le Commissaire Principal, de Five Finger Death Punch avec Blue On Black, de Bourvil avec La Tactique Du Gendarme, de The Fray avec How To Save A Life, de Katy Perry avec Rise, de George Strait (un des rois de la country) avec The Weight Of The Badge, de Charles Trenet avec Les Gendarmes s’Endorment Sous La Pluie, et de beaucoup d’autres… Ouais on aurait pu. Mais on sait votre temps précieux.
Mention spéciale tout de même pour Matthew Gonder et Holly Lane avec Clair, Commissaire !, la version française de Der Kommissar de Falco. La version belge de Polo avec Le Commissaire n’est pas mal non plus… Qui c’est qu’a dit « ridicule » ?
Laurent Borde

