Jeff Buckley live in Pilton : la Grâce Américaine

Après Halloween, les morts se réveillent et se rappellent à nous. Chacun ses fantômes. Nous, c’est Jeff Buckley qu’on a invoqué.

4 juin 1997. Six jours après le signalement de sa disparition, le corps de Jeff Buckley est retrouvé flottant au milieu du Mississippi par un bateau de tourisme. À 30 ans, le chanteur est parti, fauché en pleine gloire. Une gloire de celles qui forgent les légendes, due à un seul album, Grace, sorti en 1994. Dix titres qui révèlent un artiste hors normes.

Une voix d’abord. Envoûtante, étincelante, hargneuse, claire, toujours juste. Une de ces voix qui vous transcendent, qui vous font voyager rien qu’en fermant les yeux. Le contraire de celle d’un robot torché au pastis, au son synthétique, insupportable, et inaudible. Oui, il s’agit bien de la voix, si on peut appeler ça comme ça, de Maître Gims. Et puis la musique. Mais la musique !

Quand Buckley joue de la guitare, Dieu nous parle. Il a appris à manier la six cordes au Guitar Institute of Technology de L.A, où il s’éclate les doigts sur le manche jusqu’à dix-sept heures par jour. Tout l’inverse de Christophe Mahé et ses deux accords fétiches. Là, ça joue !

Preuve en est à l’écoute de ce Live In Pilton, petit village du Royaume-Uni où se déroule chaque année le gigantesque festival de Glastonbury. En 1995, pour fêter le 25ème anniversaire de l’évènement, Jeff Buckley partage l’affiche avec The Cure, PJ Harvey, Soul Asylum, ou Everything But The Girl. À cette occasion, la BBC a eu la bonne idée de capter le set de l’Américain. Au final, neuf titres d’une rare intensité.  

Dès Dream Brother, morceau qui ouvre l’album, Jeff Buckley fredonne magnifiquement, uniquement accompagné de sa gratte. Les cordes vocales deviennent alors un instrument de musique, véritablement au service de la musique. Un peu à la manière de Nusrat Fateh Ali Khan, artiste pakistanais que  le chanteur admirait particulièrement. Vient ensuite une montée électrique qui lance véritablement le concert.

Au cours de ces 54 minutes, toutes les influences du guitariste ressortent nettement. Du blues de Lover, You Should’ve Come Over à la version très rock de So Real, en passant par le début blues et la fin extrêmement violente de Mojo Pin. A propos de violence, sa reprise de Kick Out The Jams du MC5 prend aux tripes, comme si cette déferlante nous tirait par les cheveux avant de nous balancer par terre au milieu de nulle part. Un KO radical !

N’oublions pas Eternal Life, quasiment un morceau de metal. Afin de nous rappeler qu’il a été un des principaux inspirateurs du rock mélodique des années 90, le show se clôt avec le sublime Grace. Thom Yorke, expérimentateur chez Radiohead, ou Matthew Bellamy, empereur du trio Muse, ont d’ailleurs été plus qu’inspirés par cet artiste exceptionnel. La copie n’arrive pas toujours au niveau de l’original. Et ça se ressent encore plus sur ces versions live.

Il y a eu d’autres albums live de Buckley au cours des deux dernières décennies. Mais s‘il y en a un à retenir, c’est celui-ci. Unique et intense ! Immense et génial ! Essentiel… 

Laurent Borde

Jeff Buckley, Live In Pilton, UK-June 24-1995, BBC Transcription Services 

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