La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Une Histoire de Jess

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Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

Marilyn Jess, l’Égérie RoX and Roll des Seventies

Je connais les deux stars du X de cet âge d’or : Brigitte Lahaie et Marilyn Jess, dite Patinette. Brigitte je l’ai connue pour des raisons professionnelles, je travaillais pour sa collection de livres érotiques, dans laquelle j’avais écrit entre autre La Cousine au Beurre et Les Derniers Jours je Pompais Yves, et elle avait même failli enregistrer une chanson que je lui avais concoctée : Vierge. J’ai fait mille fois l’amour mais je suis vierge. Vierge d’amour. Et puis, y’a eu la vie qui a déjoué nos plans.

Marilyn-Patinette, c’est pas pareil, c’est ma copine. La Patine neu c’est ma copine neu… Je l’ai connue par François Cognard, très grosse pointure cinématographique qui travaillait à Canal+ Écriture. Donc, Patine. Enfant pas specialement attendue et famille très stricte où le sexe était tabou. À 18 ans à peine, elle pose dans une revue de lingerie féminine, corsets, bas, porte-jarretelles, guêpières. Ce qui était quand même mieux que le catalogue de La Redoute pour en venir aux mains quand on était ado. Surtout avec patinette arborant tout ça. 

 « Autant dire que c’était très mal accueilli par mes vieux. Ma mère, dès qu’il y avait Benny Hill à la télé, elle changeait de chaîne. Et mon père n’avait pas le droit de regarder. J’ai été élevée dans cet esprit-là. Autant dire que rien ne me prédisposait au X. Et c’est certainement par réaction que j’ai fait du cul.

Quand j’avais 15 ans, je sortais de chez moi en catimini par la fenêtre de ma chambre pour rejoindre un garçon. Et là, j’ai découvert une bite, des couilles, la révélation ! Et j’ai eu un fiancé qui m’a présentée à une sorte d’éditeur, Charlie Lelouche, qu’il connaissait, et on a fait des photos « de charme ». J’avais à peine 18 ans. Sa revue s’appelait Eagle France. J’ai fait des photos pour Union aussi. Et j’ai enchaîné avec des romans-photos.

Mais mes meilleurs souvenirs c’était Hara-Kiri. On s’éclatait, c’était des vacances. Choron je l’appelais papa. Dès le matin, ils étaient à la vodka et au champagne. On se torchait comme il faut, j’avais 19/20 ans. J’arrivais, les planches du roman-photo étaient déjà faites. Y’avait plus qu’à remplacer les dessins par le chair et en os… la chair, surtout.

Choron me faisait travailler surtout parce que j’étais Marilyn Jess, que j’avais fait des films de cul et que ça ne me gênait pas d’avoir les nibes à l’air en équipe… Et quelle équipe ! »

« -Tu n’avais pas un peu le trac à ton premier film X ?

-Bah, ça changeait quand même du roman-photo où y’avait qu’un photographe, deux assistants et une maquilleuse. Là, y’avait plus de monde sur le plateau, j’avais l’impression d’arriver sur un James Bond avec les caméras, les câbles, les mandarines ( les éclairages). J’ ai fait le premier film X pour Marc Dorcel…

La première fois que j’ai tourné, j’en ai chialé en arrivant chez moi. C’est pas anodin comme démarche de passer à l’acte à poil corps et âme. Ce qui était dur aussi c’était de sortir des sons orgasmiques, de pâmoison, sur le tas. En roman-photo, on s’ en foutait. C’était comme dans le Comic Strip de Gainsbourg, on mettait des « Arrrg », des « Oh ouiiiiii ! » dans les bulles, j’avais juste qu’à ouvrir la bouche pour la photo et ne plus bouger… Bref, dans le film X, fallait être comédienne. Alors qu’en photos, c’était pas obligatoire. »

« -Je vous ai « pratiquées  » toutes les deux, Brigitte et toi. Toi, c’est le versant rock n’roll du X. D’abord, par tes incursions dans Hara-Kiri avec Choron et tous les fous furieux. Ensuite, par ta foune vintage, le contre-pied du ticket de métro et des épilées. Y’avait vraiment des aficionados pour ça. Moi le premier…

-À l’inverse de Brigitte, j’ai imposé ma « Foune Touch » aux Etats-Unis. C’est pour ça qu’on va publier le bouquin qu’on est en train d’écrire avec Guillaume Le Disez en français et en anglais : Marilyn Jess, des films de CULtes. »

Tout est dit.

Marylin Jess-Dos-Rock'n'Râleur-une Histoire de Jess-ParisBazaar-Basset

À Titre Costume

Il faudrait arrêter de jouer les faux culs avec les disparus, arrêter de les encenser, d’aller chercher des hauts faits de leur vivant, des actes de bravoure, des comportements de grande humanité et de noblesse. Bref, cesser de leur trouver des qualités inattendues une fois le crabe, l’infar ou la Kalach venus à bout de leur pauvre existence, dans laquelle ils ne laisseront, au mieux, qu’une trace au fond de leur calbard. 

C’est tellement attendu que le mort révèle soudain un bon époux, un bon père de famille, voire un talent bafoué et un génie injustement méconnu. Les qualités poussent miraculeusement comme les champignons après la pluie : générosité, tendresse, droiture, loyauté, camaraderie, fidélité de bon mari ou de bonne épouse… euh…fidélité, en général le thuriféraire ne se mouille pas jusque là. Ça pourrait commencer à glousser à l’église ou au cimetière, voire finir en fou rire. 

Il faudrait transformer ces larmoyances et ces hommages à titre posthume, en hommages à titre costume. Tailler un costard au défunt comme l’a fait Jean Yanne dans Tout le monde il est Beau, tout le Monde il est Gentil. Quand il prend les rênes d’une radio consensuelle pour la dépoussiérer un peu beaucoup.

Y’a une séquence où un animateur annonce, mortifié, la mort d’un politique, en retraçant tous ses faits d’armes et en faisant mousser sa gloriole. Jean Yanne se pointe dans le studio et met le holà en remémorant au contraire toutes les saloperies du fraîchement décédé. Et il conclut, en direct à l’antenne, par un truc du genre : « Bref, c’était quand même une belle ordure, y’a pas de quoi en faire un fromage. Musique ! » Voilà. Hommage à titre costume. Tellement plus cash, plus vrai, plus sain.

Par exemple, quand l’orateur balance un truc attendu du genre : « Par son décès, il laissera un grand vide. » Ne pas hésiter à corriger: « Même vivant, déjà il laissait un grand vide. »

L’avantage avec ce système d’hommage à titre costume, c’est qu’une fois rentrés chez eux après les funérailles, les proches ou les amis pourront se dire: « Quand même, il a exagéré l’autre en traitant ce brave Jean-Paul de fourbe, de propre à rien et de fornicateur… C’était quand même un brave type. » 

Voilà. De cette façon on laisse les qualités remonter d ‘elles-mêmes. On ne les impose pas. Elles se révèlent par d’indulgence que l’hommage à titre costume provoque.

Pilori-Rock'n'Râleur-ParisBazaar-Basset

Le Clan du Bien

Merveilleuse époque où l’on décide de clouer une personnalité ou un artiste au pilori avec une accusation qui se tisse avec force journaux et BFM mes couilles et où la réhabilitation, peu probable cependant, se fait par un petit bandeau furtif en bas d’écran. Un jour. Celui qui n’a pas pris livraison de ses bésicles chez Afflelou reste donc sur la culpabilité tonitruante du calomnié.

On va rechercher des dossiers, comme un gamin va rechercher ses vieux jouets par nostalgie ou pour les achever à coups de marteau. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Qui veut noyer sa rage accuse l’autre comme un chien. Le camp du Bien se déchaîne.Tout ça baignant joyeusement dans le formol de la pensée unique, réunifiée chaque jour un peu plus en résumant les gens soit à des progressistes soit à des mal pensants. 

Une certaine religion les appelle « mécréants » . Étymologiquement : « qui croient mal » . Y’a des mecs comme ça qui décident que tu crois mal. Comme d’autres décident que tu penses mal. Ou que tu as mal agi à une certaine époque. Et donc il faut payer. On en revient à ce sophisme délétère pour westerns de demeurés : celui qui ne pense pas comme moi pense contre moi. Ou des trucs plus drôles comme Clint Easwood dans Le Bon,  la Brute et le Truand : « Dans la vie, y’a ceux qui tiennent un revolver et ceux qui creusent. » Donc, le camp du Bien tient le révolver, les autres creusent.

Et ceux qui ne pensent pas bien, les suppôts de Satan ? Un suppôt et au lit. Et sans manger !

Et on a vite fait de se retrouver au goulag en contrant le « camp du Bien » ou sur simple dénonciation.

Au Moyen-Âge, on décidait de la culpabilité d’un individu par ouï dire. Les gens venaient témoigner contre l’accusé : « J’ai ouï dire que le sieur François Lebreton avait tendance à commettre des larcins. » Et un autre : « Oui, et moi j’ai ouï dire qu’il disait souvent qu’il tuerait celui qui se moquerait de sa bosse ! » Etc…

Le juge comptait les ouï dire. Quatre ouï dire égalent une preuve et deux preuves, le sieur Lebreton était roué ou démembré.

On y arrive ! Ou plutôt on y retourne ! Y’a juste qu’a regarder les Fouquier-Tinville sur la chaîne publique de la pensée dominante et émettre qu’on n’est pas trop d’accord avec son hystérie pour écoper d’un ouï dire. Et au bout de deux preuves… Mais le progrès chez les « progressistes » sera peut-être au moment de l’écartèlement de remplacer les chevaux par des 4X4.

Quoi qu’il en soit, cet air du temps pue la merde. Je ne demande pas de retrouver la France de Doisneau, de Trenet ou d’Audiard, mais un air du temps respirable. Y’a du boulot écologique.

Francis Basset

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