L’Appel du Large et les Sons du Voyage

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Jouer à domicile depuis toutes ces semaines vous déprime ? On sait ce que c’est. Raison de plus pour larguer les amarres et s’embarquer pour d’autres horizons. Sans baisser la garde et en musique !

L’étau bien sûr se desserre mais nous sommes toujours invités à rester chez nous. Les libraires vont respirer un peu mieux. Les théâtres et les cinémas vont retrouver quelques couleurs, même si à 21h00 il faudra circuler y’aura plus rien à voir ! En revanche, et vous m’en voyez désolé et tout contrit, toujours pas de bière annoncée à nos comptoirs. Heureusement, il nous est encore possible de faire rouler nos caddies et de bosser, du moins pour ceux qui ont encore un job.

Et si on s’offrait un grand et beau voyage, comme seule l’imagination sait les concevoir ? « Comment ça ? » me demanderez-vous avec cet air suspicieux que je vois d’ici éclairer votre pâle figure. « Mais, grâce à la musique ! » vous répondrais-je avec toute la bienveillance qui a fait ma bonne réputation. Oui, la musique nous permet de faire des tas de choses, notamment et même surtout de nous évader.

C’est évidemment le cas d’On The Road Again de Canned Heat. Le saviez-vous ? Ce fameux morceau de blues rock, enregistré en 1967, a été très largement inspiré de Big Road Blues, morceau de Blues traditionnel, enregistré en 1928 par Tommy Johnson. La même année, il sort également un morceau intitulé Canned Heat, qui était un alcool pur vendu en gel pour allumer les gazinières auquel Johnson était accro, et dont le groupe californien tira son nom.

Pour donner un son psychédélique, le guitariste Alan Wilson eut l’idée d’utiliser un tambûr, un instrument à cordes pincées, sorte de mandoline, utilisé en Inde et dans de nombreux pays d’Asie centrale. Le résultat fut probant puisqu’en 1968, le titre devint un véritable hymne au voyage sur les routes américaines, mais aussi vers des paradis très artificiels.

Il cartonna dans de nombreux pays, dont la France où il atteint la septième place des charts, l’Australie où il se classa neuvième, ou encore la Suisse (si si !) où il atteignit la troisième place. Dans son pays, le morceau de blues mené par la voix de fausset de Wilson ne se classa qu’à la seizième position. 

Autre morceau qui nous appelle à aller visiter d’autres contrées, à faire une virée en mer à bord d’un vieux rafiot et à se démâter la tête au vieux rhum en arrivant au port après avoir gerbé comme un mal propre par-dessus la proue, Walk On The Ocean de Toad The Wet Sprocket.

Avec une guitare folk, de la cornemuse, et des paroles assez sombres qui n’ont que la mer pour prétexte, le titre du groupe californien, dont le nom est tiré d’un sketch des inégalables Monty Python, nous embarque avec des pirates et des marins peu fréquentables.

Malgré ça, il connait un grand succès lors de sa sortie en 1991. Rien d’étonnant à ce qu’il atteigne la dixième place des charts chez les vikings norvégiens, ainsi que dans son propre pays, au Billboard Mainstream Top 40. Walk On The Ocean reste le seul vrai succès international de Toad The Wet Sprocket. 

Les Christians, eux, ont connu plus de succès. Faut dire que le groupe anglais du grand chauve à lunette Gary Christian et de ses deux frangins, nous a emmenés loin avec Words. En 1989, The Christians a l’idée de reprendre un morceau de folk traditionnel irlandais intitulé Mná na hÉireann  (bon courage pour la prononciation), qui signifie Femmes D’Irlande, écrit au 18ème siècle dont la musique a été composée deux siècles plus tard par le compositeur irlandais Seán Ó Riada.

Le groupe s’empare uniquement de la musique, la modernise et Henry Priestman, le guitariste, rajoute ses propres paroles, d’une énorme tristesse. Le clip, tourné en Cornouailles, donne envie d’aller visiter les contrées anglaises verdoyantes.

Résultat, le titre cartonne notamment en France en atteignant la première place du Top 50, qu’il truste durant deux semaines. Aux Pays-Bas, Words atteint la cinquième place des charts, alors qu’il ne se classe que dix-huitième en Angleterre, et sixième en Irlande.  

Que seraient les voyages sans les Pogues ? Le groupe de Shane Mac Gowan est largement inspiré par la musique d’Irlande, son pays d’origine où il a vécu six ans, bien que né en Angleterre. The Pogues est tiré de l’expression irlandaise « póg mo thóin », « pogue mahone » en anglais, ce qui signifie… « baise mon cul ». Faut-il s’en étonner ? Au début des années 80, certaines radios refusent de les diffuser à cause de leur nom.

Les musiciens décident alors de s’appeler simplement The Pogues. Grâce à des morceaux comme Dirty Old Town en 1985, adaptée d’une chanson écrite par un auteur anglais d’origine écossaise en 1949, The Fairytale Of New York interprétée avec Kirsty MacColl en 1988, ou Summer In Siam en 1990, le public est persuadé que The Pogues est un collectif de « folkeux » irlandais.

Chaque titre, que ce soit au son du banjo, de la mandoline, ou de l’harmonica, donne envie de picoler à tomber par terre, d’aller se perdre au fin fond de l’Irlande, et de cloper trente-huit paquets de clopes en une soirée pour avoir la même voix rauque de marin déglingué que Mac Gowan.

En 91, le chanteur, défoncé et alcoloo au dernier stade, ayant toujours une multitude de boutanches de vin blanc à ses pieds lors des concerts et dont la légende veut qu’il se serait fait écarter les dents parce qu’il se trouvait trop beau, arrête tout. Joe Strummer, le « Clashien » en chef reprend la barre pendant un moment avant de la laisser à l’un des musiciens. Le groupe se sépare plusieurs fois mais ne retrouvera jamais le succès des années 80.

En France, le voyage est toujours en cours, notamment grâce au groupe Josef Josef. Fondé par Éric Slabiak, qu’on avait connu à l’époque des Yeux Noirs, le groupe de musique tzigane traverse différents univers, du reggae avec A Glazele Lkhayim, à la musique arabo-andalouse avec Josef Tanz, en passant par la bossa de Gene Roma, chanson traditionnelle russe réadaptée,  et le pop rock de Sheyn Vi Di Levone.

Saluons la bonne idée que Josef Josef a eue de traduire les paroles en anglais et en français dans le livret du CD, celles-ci s’avérant incompréhensibles pour la plupart d’entre nous, puisqu’écrites en yiddish ou en romani.

En alternant instrumentaux et chansons, Josef Josef nous embarque vers des contrées lointaines. Grâce à cet album, le confinement s’estompe et le voyage est immédiat. C’est fou comme le dépaysement fait du bien… Surtout en ce moment ! 

Laurent Borde

Josef Josef/Buda Musique. En concert au Théâtre Michel les lundis 8, 15 et 22 février, 1er et 8 mars.

    

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