Régis Truchy : les Very Good Vibes d’un Excentrique

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Avec Eccentric, Régis Truchy signe un solo virtuose, joyeux et poétique. Figure devenue légendaire de la danse Hip-Hop, l’artiste s’amuse comme jamais et le public jubile comme rarement. Let’s dance !

Il pourrait être le frangin ou le cousin du poinçonneur des Lilas. Celui qui rêvait sous son ciel d’émail souterrain de se la couler douce à Miami comme certains. Mais lui ne fait pas des petits trous, lui il passe le balai, raide comme son manche. Et ses jours sont gris comme sa blouse.

Jusqu’à ce que la magie se mêle de son histoire et dérègle le cours de sa triste vie. Il suffit qu’il change de nippes pour changer de peau. Des ondes venues d’on ne sait où mais sûrement de loin parcourent alors son corps. Ses jambes, ses bras, son torse, son cou deviennent élastiques et s’étirent comme si Tex Avery les avaient redessinés.

Et du petit monsieur il y a encore quelques instants sans âge et pâlot, on ne voit bientôt plus que le sourire qui l’éclaire comme un soleil. Tout à la joie d’être devenu quelqu’un d’autre. Comme si le temps était venu enfin pour lui d’exulter et de danser. Et quelle danse !

Parce qu’elle est incroyable, inventive, créative et follement libre, une danse qui fait le bonheur contagieux de ceux qui la regardent.

Quant à celui qui danse aussi bien qu’il jubile fort, il s’appelle Régis Truchy. Avec Eccentric, il propose son premier seul en scène.

Un solo bien nommé autant que bien né où se croisent avec bonheur Charlot, Michael Jackson, Bob Fosse ainsi que quelques autres. Et qui, tout en racontant l’histoire d’un quidam emporté par la poésie de sa rêverie, dit aussi le danseur qu’il a lui-même choisi de devenir.

Régis Truchy-les Very Good Vibes d'un Excentrique-1-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

« Je danse depuis tout petit. J’ai fait de la danse d’éveil à l’âge de trois ans, je suis rentré dans le classique à six ans… À l’âge de dix ans, je devais faire l’école de l’Opéra de Paris mais ça ne m’a pas botté plus que ça…

Ce n’est pas la rigueur qui me faisait peur… Quand on est danseur, il faut de la rigueur. Si on n’a pas de rigueur, ça ne marche pas… Non, ce sont plutôt les comportements humains que j’ai observés qui ne me plaisaient pas…

La Danse pour moi, c’est une passion, un art de vivre… Je voulais le vivre comme ça, je ne me sentais pas capable d’aller jusqu’à ce que demandait l’Opéra, je ne me retrouvais pas dans cet académisme… Et je ne voulais pas non plus spécialement à ce moment-là en faire mon métier…

En plus, à l’âge de dix ans, j’ai découvert la danse Hip-Hop pour la première fois… J’ai alors vu quelqu’un qui paraissait raide faire tout d’un coup des ondulations et d’une fluidité !…  

Je me suis dit : « Waouh ! Mais c’est magique !! Comment il arrive à faire ça !!? »… Bim, je suis tombé dans la danse Hip-Hop (sourire) !… C’était en 1984, l’émission s’appelait « Hip-Hop » et c’est Sidney qui la présentait… Depuis, j’ai jamais lâché l’affaire (sourire)…

Ce qui m’a plu, c’est qu’avec le Hip-Hop, tout partait de l’expression, le mouvement arrivait ensuite… J’ai compris qu’ici, on pouvait être libre ! C’est pour ça que lorsque je suis sur scène, je me sens libre… Et je suis libre (sourire).

Pour « Eccentric »,  je suis aussi auteur mais je l’ai écrit avec Laurence Assouline qui fait partie de ma production, parce que j’avais besoin d’être épaulé… On a toujours besoin de savoir si ce qu’on fait est bien, pas bien, va dans le bon sens ou non… Ces questions perpétuelles qui reviennent sans cesse et qui parfois peuvent même te parasiter…

C’est ça qui est très intéressant d’ailleurs, parce que même si le spectacle est prêt, il vient juste de commencer, donc il n’est pas prêt (sourire)… Il va l’être au fur et à mesure et peut-être qu’il ne le sera jamais tout à fait (rires) !

L’Humain est comme ça, on est comme ça… On pense un jour que ça y est, que maintenant on sait. Mais ce n’est pas vrai !

Celui qui m’en a donné la preuve, c’est Marcel Marceau que j’ai vu sur scène en 1998. Là, j‘ai vu un homme, il avait plus de 90 ans, qui n’était plus dans le corps mais qui projetait… C’était un magicien !! Je n’ai jamais revu un artiste comme lui sur scène !

Et pourquoi ? Parce qu’il a travaillé son art toute sa vie ! Et quand tu vois ça, tu sais qu’il n’y a rien de plus beau… On ne peut même plus mettre un mot, le mot ne signifie rien… L’Humain prend tout son sens, il y a tout qui passe… C’est tellement fort que tu en as les larmes aux yeux…

Et ça demande du temps, ça demande tellement de temps de parvenir à cette épure… C’est pour ça que je te dis que mon spectacle il est là pour l’instant mais qu’il sera encore plus loin après… 

Régis Truchy-les Very Good Vibes d'un Excentrique-2-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

De sa passion, Régis Truchy a fait son métier en 1994. Et sa carrière ressemble depuis à ces beaux voyages qui valent autant pour les horizons nouveaux qu’ils ouvrent que pour les rencontres qu’ils offrent.

Pina Baush, Mc Solaar, NTM, la compagnie circassienne Rat Pack dont il a signé la mise en scène de leur épatant Speakeasyle Cirque du Soleil pour qui il a créé le personnage du clown Waver, la liste est longue et belle.

Jusqu’à cet hommage rendu à Charlie Chaplin et au mime Marceau qui lui a valu d’être invité à se produire sur la scène des Oscars il y a deux ans.

Régis n’a au fond jamais cessé d’explorer, de chercher et de bouger les lignes de son propre monde. C’est ainsi qu’il a découvert l’Eccentric Dance.

Une danse née dans l’Amérique des années 20, aux influences tout à la fois russes et africaines, dont l’état d’esprit clownesque ne pouvait que le séduire et qui lui a donné l’inspiration comme la matière d’Eccentric, où sa virtuosité a l’intelligence de s’effacer devant l’histoire et laisse d’autant plus de place à la poésie.

« C’est ça… Et ce n’est pas moi qui le disais mais Jacques Lecoq (Comédien, chorégraphe et pédagogue, qui a beaucoup travaillé et enseigné autour du mime, des personnages du clown et du bouffon-ndlr) : « Tout part d’un état émotionnel. »

Et c’est vrai, tout part de là. Si on ne comprend pas l’état, on ne va pas comprendre le reste… Comment tu perçois les choses ? D’ailleurs, peu importe comment tu les perçois, sois authentique avec toi ! Et c’est ça qui est dur, très très dur… Parce qu’il faut revenir à des choses qui paraissent primaires mais qui sont l’essence de la vie… 

Oui, c’est ce que raconte « Eccentric », ce personnage que je joue se retrouve sur une scène pour la première fois. Il est dans son délire, dans son rêve mais il n’ose pas y aller… Et à un moment donné, il faut y aller, il faut basculer… Ça parle de l’image qu’on donne, de ce qu’on paraît être alors qu’on est autre chose…

Je vais te dire un truc qui m’est toujours arrivé, on ne m’a jamais pris pour un danseur (sourire)… Jamais, jamais… Je ne sais pas pourquoi… Parce que je n’ai peut-être pas le profil (rires) !

Au premier abord, on ne me prend jamais pour un danseur. Quand je dis que je danse, on me dit : « Mais non ?! Arrête ! » Souvent, on m’a pris pour un flic (rires), ou un informaticien ou un banquier, alors que pas du tout !… Toujours ce « paraître »…

Je le dis souvent : « Faites attention aux gens, vous ne savez pas qui vous avez en face de vous ! »

Et ce spectacle-là, c’est ma cour de récréation, ma bouffée d’oxygène… C’est là où j’arrive à respirer… Quand après, les gens viennent me dire qu’ils ont rêvé, qu’ils ont pleuré, qu’ils ont réfléchi… Je suis heureux (sourire). »

Régis Truchy-les Very Good Vibes d'un Excentrique-3-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

Si la vie fait parfois de nous des insulaires, confinés sur des îlots solitaires, la sienne a fait de Régis Truchy un continent à part entière. Le fils unique, à qui ses parents ont su transmettre une curiosité et une ouverture au monde qui ne se paient pas de mots, ne croit aujourd’hui qu’à l’universalité et reste convaincu qu’il n’y a d’autre vie que celle qu’on écrit ensemble.

Philippe Caubère après l’avoir vu sur scène lui a glissé un soir qu’il aurait aimé danser comme lui. Lorsqu’à son tour, il a découvert la Danse du Diable, il a vécu une émotion dont il se souvient encore, et qui l’a inspiré dans son propre travail de recherche autour du jeu et de l’expression.

C’est d’ailleurs avec le même enthousiasme joyeux qu’il évoque le parcours de celui qui est devenu le frère qu’il n’a pas eu, Bruce Ikanji, autre figure du Hip-Hop, qui a eu l’idée géniale du Festival Juste Debout.

Les murs, les codes, les tics en toc et les afféteries du moment, Régis s’en est toujours joué, sans cesse porté par le désir profond de s’affranchir et de retrouver ainsi la liberté de ses premiers pas. Il sait qu’il faut parfois se tromper et tomber pour avancer dans sa vie comme sans son art.

Et si on lui fait remarquer qu’il est sans doute parvenu aujourd’hui à un sommet, il n’élude pas plus qu’il n’acquiesce. Il ajoute simplement en souriant : « Je danse depuis tout petit mais il n’y a que maintenant que je comprends la danse. »

O.D

Eccentric, une comédie chorégraphique de Régis Truchy.

 

À découvrir en ce moment tous les lundis au théâtre de la Gaité Montparnasse !

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