Romain Rachline-Borgeaud : la Belle Histoire d’un Envol

Romain Rachline-la Belle Histoire d'un Envol-Ouv-ParisBazaar-Marion

Avec Stories, sa première création, le jeune chorégraphe Romain Rachline-Borgeaud signe un spectacle de haut-vol et revisite le mythe d’Icare sans se brûler les ailes. Éblouissant !

 

On se souvenait du fils de Dédale et de sa tragique trajectoire. Sur l’immense plateau du 13é Art, le nouveau et grand théâtre de la place d’Italie, on a découvert ce soir-là un autre Icare, celui du jeune chorégraphe Romain Rachline-Borgeaud. Et la rencontre nous a laissés comme sur un nuage. Médusés et ravis du voyage qu’on venait de vivre.

Tout aussi piégé et tout autant épris de liberté, un Icare du 7é Art en la personne d’un jeune acteur auréolé de gloire, demi-dieu hollywoodien, chacun son Olympe, que son pygmalion de réalisateur maintient jalousement sous sa coupe despote. Au point de l’emmurer vivant dans le film qui est en train de se tourner, le condamnant ainsi à vivre et revivre encore le même drame.

Parce que Rachline-Borgeaud n’aime pas que les méchants aient le dernier mot, son Icare à lui ne sombrera pas dans les abysses d’où on ne revient pas… Mais qui ira voir Stories saura.

Et qui ira découvrir se laissera, à son tour, embarquer par l’histoire qu’il met en scène avec brio, et dont chacune et chacun des dix danseurs se font les interprètes exigeants, talentueux et bluffants de justesse. Une histoire dont il a réglé chaque pas au millimètre et qu’il a lui-même mise en rythmes et en musiques.

À l’image de son spectacle, Romain Rachline-Borgeaud ne connaît ni le temps partiel, ni le temps mort. Avec lui, la danse comme la vie semblent devoir s’écrire dans le même souffle intense. À fond de cinquième. Les minutes filent, vives et ardentes. les scènes s’enchaînent, fortes, éloquentes et sensuelles.

C’est jazz, c’est modern, on pense à Bob Fosse. C’est urbain, électro et claquettes à la fois, on pense à Steve Reich, Massive Attack et à Gene Kelly. C’est Rachline-Borgeaud. Et c’est beau et bon comme un trip hip-hop sur la 42é !

Romain Rachline-la Belle Histoire d'un Envol-3-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

« Stories » est un spectacle, c’est sûr, très personnel, très intime… Qui rassemble effectivement toutes mes influences, toutes mes inspirations et tout mon parcours… Justement, je pense qu’il fonctionne aussi parce qu’il est intègre, et que j’ai pu y mettre à la fois la musique, la chorégraphie, la mise en scène et l’énergie que je désirais…

La musique par exemple est empreinte de jazz, de slam, parfois de pop, c’est tout ce qui m’a nourri…

Ma story à moi (sourire) ?…  La danse, elle est entrée dans ma vie au travers des films. Quand j’étais gamin, j’étais un grand admirateur de Gene Kelly, dont j’ai vu beaucoup de ses films, si ce n’est tous ses films (sourire), et c’est ça qui m’a donné envie de danser…

J’ai commencé à prendre des cours vers l’âge de 9, 10 ans. Après, j’ai appris d’autres disciplines, d’autres stylistiques qui m’ont amené plus vers le jazz, puis vers le classique, et je suis revenu vers la comédie musicale mais bien plus tard…

La comédie musicale, ça m’a parlé très tôt mais après j’ai suivi un parcours un peu plus académique, parce que je pense qu’il y avait une partie de moi qui avait l’impression que la comédie musicale était une forme dégradée de la danse… Et comme je voulais vraiment faire de la danse au plus fort de la danse, j’aurais eu alors l’impression de pratiquer une danse de seconde zone (sourire)…

En même temps, j’étais très attiré par le jeu et la musique… Je suis musicien avant d’être danseur, je joue du violoncelle depuis que j’ai quatre ans, la musique est donc présente dans ma vie avant la danse, et la comédie musicale permet de rapprocher tout ça, et la danse et la musique…

Après, j’ai envie de dépasser, avec la danse, le rôle accessoire et décoratif qu’on lui assigne parfois dans certaines comédies musicales… Ça se traduit, comme dans « Stories » , par une histoire qui est portée essentiellement par la danse, par le fait de rendre muets les personnages… C’est le corps qui va leur permettre d’exprimer ce qu’ils ont à dire et non plus le chant…

Du coup, c’est vrai que dans « Stories » , j’ai donné une grande place dans mes choix de mise en scène aux mouvements des corps… La chorégraphie, ce n’est pas forcément que de la danse, et en même temps tout est de la danse mais peu importe (sourire), j’ai remis ici la danse au coeur du propos…

Les personnages se parlent sur scène mais le public n’entend pas ce qu’ils disent. J’avais envie de garder le naturel dans les interactions qu’ils ont entre eux, ils ont donc parfois une posture parfaitement quotidienne…

Bien sûr, il y a des enjeux sous-jacents plus forts que ça. Et ce que j’aime, ce que je veux, c’est que le spectateur ait l’impression de voir un film muet et devine ce qui est en train de se tramer.

Romain Rachline-la Belle Histoire d'un Envol-2-ParisBazaar-Marion©Jean-Marie Marion

« Est-ce que je me repose ?… Dormir, c’est difficile (sourire)… Mais j’apprends à me reposer, c’est mon chemin à moi d’apprendre à lâcher prise un peu, d’apprendre à trouver mon équilibre… C’est ça dont parle le spectacle, comme tout ce que je fais d’ailleurs, c’est la dualité, d’aller trop loin, d’être dépassé par les forces qui nous animent…

Est-ce que je suis un perfectionniste ?… J’ai envie que les choses soient bien faites… En tout cas, j’ai envie que ce que je vois sur le plateau corresponde à la sensation que j’ai dans la tête. Tant que ça ne correspond pas, on continue…

Mais à un moment donné, parfois ça correspond, c’est très juste, c’est en place, il y a juste à recevoir… Je ne suis pas dans une posture d’insatisfaction, je suis juste dans la recherche de ce qui résonne parfaitement… Et quand ça résonne, ça résonne. J’ai rien à dire… parfois (sourire).

La compagnie RB Dance et le spectacle « Stories » sont deux entités bien différentes…

La compagnie je l’ai créée autour de l’émission « Incroyable Talent » pour me donner cet espace de création et essayer quelque chose avec les claquettes. C’était ça l’idée de base.

Et le spectacle, c’est vraiment l’histoire qui a été au coeur de la création… Je l’ai écrit comme un scénario, avec un déroulé, et puis après j’ai fait un découpage avec des scènes… Ensuite, j’ai fait une mise en scène à l’écrit avec Houdia Ponty qui m’a assisté dans ce travail…

Autour de ça, j’ai composé la musique en imaginant la mise en scène et en commençant à insuffler une idée la chorégraphie, on a travaillé avec la scénographe, Frédérica Mugnai, sur l’organisation de la mise en espace et j’ai mis tout ça en mouvement en studio de danse… Et après, j’ai tout changé sur le plateau (rires) !

Pour moi, c’était évident qu’il fallait d’abord poser un scénario comme celui d’un film… J’ai tendance parfois à être très impulsif, je savais qu’il fallait que j’aie un début, une fin, avec une histoire, avec quelque chose qui ait du sens pour moi…

Je ne m’intéresse pas du tout à ce qu’ont fait les danseurs avant… Bien sûr, je jette un oeil sur leur C.V mais ce n’est pas du tout un critère pour moi. On peut avoir un danseur qui vient d’une compagnie prestigieuse mais si ça ne colle pas avec moi, ça ne colle pas, ça ne me mettra pas la pression…

En revanche, j’ai besoin de retrouver certaines qualités chez le danseur qui me paraissent indispensables, et surtout qui vont permettre notre compatibilité dans le travail…

C’est vrai que plus les danseurs sont jeunes, plus ils vont avoir une capacité d’adaptation et une rapidité d’apprentissage, donc souvent j’aime bien avoir des danseurs jeunes… 

Mais en même temps, j’aime bien avoir sur scène des gens qui ont du vécu, donc j’aime réunir des corps et des profils différents… Il n’y a chez moi aucune restriction de taille, de physionomie…

Ce que je vais chercher, c’est d’abord l’incarnation, c’est à dire leur capacité à vivre, à habiter le mouvement. Ensuite, c’est la rapidité d’apprentissage et la dextérité au niveau du jeu de jambes. Après, c’est la musicalité. 

Enfin, il y a aussi une question de coup de coeur. Je vois un danseur, je sens qu’on a quelque chose à faire ensemble, c’est peut-être pas le plus musical ni celui qui a le plus dextérité dans le jeu de jambes mais, let’s go, on va travailler pour le faire progresser le plus possible (sourire)… En tout ? Ils sont une vingtaine. »

Romain Rachline-la Belle Histoire d'un Envol-4-ParisBazaar-Marion ©Jean-Marie Marion

Romain Rachline-Borgeaud et sa jeune compagnie de danse ne sont adossés à aucune grosse machine de l’entertainment. Ils ne sont pas davantage associés à une scène nationale publique. Le combat est permanent, les contraintes et les difficultés perpétuelles mais c’est le prix de leur indépendance. Romain la veut totale, elle n’est donc pas négociable.

Pour avoir voyagé au sein d’autres compagnies dans ses années d’apprentissage, notamment chez Alvin Alley, il sait toute la richesse qu’on tire des rencontres et reste volontiers ouvert aux collaborations extérieures, mais au sein de sa compagnie c’est au gré de ses envies et de ses inspirations qu’il entend continuer à tracer son chemin.

Chez ce jeune trentenaire, le désir de raconter et de chorégraphier pèse aujourd’hui davantage que le besoin de danser. L’envie de créer est plus forte que celle de faire du spectacle coûte que coûte. À d’autres, le quoiqu’il en coûte.

Quand on veut bien oser la sincérité, on est toujours un peu ce qu’on raconte. Cet Icare dont Romain nous invite à partager la tumultueuse odyssée, c’est donc un peu lui. Un Icare qui en refusant de se laisser étouffer par le confort convenu des faux-semblants voyage vers sa lumière.

À cette heureuse différence que s’il trébuche et se brûle parfois, il trouve sa propre liberté. Et ne tombe jamais. Il vole juste mieux et plus haut qu’hier.

O.D

Stories, un spectacle écrit et chorégraphié par Romain Rachline-Borgeaud.

Interprété et dansé par la RB Dance Company

Assistante metteur en scène, Houdia Ponty. Costumière, Margaux Ponsard. Hair & Makeup designer, Bruno Segni. Scénographe, Federica Mugnai. Chef d’atelier, Janie Loriault. Light designer, Alex Hardellet.

À découvrir au 13é Art jusqu’au 4 février !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

VOUS AIMEZ ? REJOIGNEZ-NOUS ET ABONNEZ-VOUS !

DÉCOUVREZ MAINTENANT