Hellfest 2019 : Trois jours en Enfer… Dieu, que c’est bon !

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L’Enfer existe. Il est pavé de gros sons et de talents. Nous y sommes restés trois jours. Que du bonheur !!

En France, affirmons-le haut et fort, c’est l’Enfer. Même que nous le fêtons fièrement chaque troisième week-end de juin. Pendant trois jours, des dizaines de milliers de personnes venues de partout sur la Planète se rassemblent pour écouter de la musique forte, boire de la bière, discuter, boire de la bière, slamer, pogoter, boire de la bière… Toutes ces personnes n’ont alors qu’une idée en tête : s’éclater au Hellfest. Et ça fait quatorze piges que ça dure !

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils se sont battus les gars. Les catholiques extrémistes voulaient arrêter les «dangereux satanistes» de s’exhiber fièrement. Les commerçants avaient peur des gens habillés tout en noir, parfois maquillés comme des caravanes volées, à l’allure parfois flippante. Il a tout de même fallu que Ben Barbaud, le créateur du Furyfest devenu Hellfest après une arnaque de promoteurs allemands, persévère dans cette région où résident quelques traditionalistes ignorants.

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N’oublions pas la ténacité de Patrick Roy, le député pas l’animateur. Ce fan de Metal s’est aussi battu pour le festival et a tout fait pour contrer Philippe de Villiers et Christine Boutin qui, n’étant plus à une pensée idiote près, considéraient le Hellfest comme sataniste. Résultat : aujourd’hui, quoi qu’on en pense, le Hellfest est devenu un des tous premiers festivals de musique en France. Voire du Monde. Tant le public, venu de toutes les latitudes, répond présent. Le succès est au minimum mérité. 

Ce qui frappe dès l’arrivée à Clisson, petit village de la banlieue nantaise, c’est que tout a un rapport avec le Hellfest. Même la vitrine d’une des pharmacies locales souhaite la bienvenue aux festivaliers. Tu m’étonnes ! Avec la tonne d’aspirine qu’ils doivent vendre à ce moment là, c’est Noël avant l’heure ! Un peu plus loin, sur l’arrivée du lieu des concerts, une immense guitare trône fièrement sur un rond point ! Ça y est ! L’Enfer est là !

On entre par la grande porte de la célèbre cathédrale et là, des serial killers côtoient des black metalleux qui passent près de Monsieur Bière, qui côtoie lui-même des femmes aux seins nus, assises près de mecs en slips ou habillés en pingouin. Tout ça dans une extrême bienveillance et un immense respect.

On aperçoit ensuite cinq des six scènes présentes sur le site. Celles-ci sont parfois trop rapprochées au point où on entend parfois deux groupes jouer en même temps, selon l’endroit où on se tient. Tout a l’air d’une fin du monde. Les stands de merchandising, comme les multiples bars, sont en ?… Métal of course ! Sous cette forte chaleur, impossible de poser la main sur le comptoir sans se cramer. Heureusement, comme les organisateurs savent bien faire les choses, il y avait aussi de nombreux points d’eau trèèès fraîche et des brumisateurs pour se rafraîchir. Il y avait même des portiques de flotte pour prendre une douche instantanée. Oui, en Enfer, il fait beaucoup trop chaud. 

Côté musique, les choses ont commencé sérieusement dès le jeudi soir avec la Knotfest. Au programme, Ministry, Rob Zombie, ou encore Slipknot évidemment ! Le souci est qu’il fallait rajouter une soixantaine d’euros supplémentaires alors que le pass trois jours coûte déjà plus de 200 euros ! C’est d’ailleurs le très mauvais point de cette organisation. Donc ? Donc, niet !

Le lendemain en revanche, et pendant trois jours, les oreilles se sont gorgées de Metal sous un soleil plus que brûlant. Plus de 150 concerts étaient proposés, donc impossible de tout voir. À moins d’avoir le don d’ubiquité, bien entendu, ce qui n’est pas mon cas, enfin pas tout le temps. Tous les genres étaient représentés, du Black Metal au Thrash, en passant par le Nu Metal, le Metal Expérimental, et même le Rockabilly et le Punk. 

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Les groupes français se sont faits la part belle. Lofofora a assuré, No One Is Innocent a donné un show de grande qualité, quand Mass Hysteria s’est produit devant une foule compacte avec sa fusion qui fait mouche mais qui peut très vite agacer. À la fin du concert, Mouss, excellent chanteur du groupe au demeurant, ne lâchait plus le micro. À force de remercier tout le monde pendant dix minutes, on se demandait s’il n’allait pas enchaîner sur sa liste de courses.

Gojira, en revanche, fut décevant. Le groupe des frères Duplantier est certainement le meilleur de groupe Metal français actuellement et, probablement, un des meilleurs au monde. Le souci, c’est qu’ils sont sans doute passés trop tard, à 0h45. Leurs morceaux, oscillant entre Death Metal et Metal Progressif, ont été un peu trop lourds, pas assez entraînants. Jo Duplantier, excellent chanteur et guitariste du groupe, s’est même énervé en demandant au public s’il dormait ! Rien à voir avec les précédentes prestations, si énergiques et folles, notamment celle de Wacken l’an dernier. Il y avait aussi Ultra Vomit. Il était l’heure de dîner, ce qui est beaucoup plus important.

Du côté des artistes internationaux, une bonne surprise tout d’abord. Richie Kotzen. Ce nom ne vous dit probablement rien mais le garçon n’est rien de moins qu’un ex-guitariste de Mr Big et des dispensables Poison. Et là, grosse claque. Seulement entouré d’un bassiste et d’un batteur, Kotzen excelle au chant, et évidemment à la six cordes. Son Blues Rock détonnant fait mouche. Dylan Wilson, le bassiste du trio, fait un solo qui en a mis plus d’un KO. Époustouflant et envoûtant. Quarante minutes de bonheur !!

Autre bonne surprise, Employed To Serve. Les anglais, qui mélangent principalement Hardcore et Death Metal, ont réalisé un show extrêmement brutal. La charismatique chanteuse Justine Jones se remue comme une dingue pendant que ses hommes de mains assurent comme des bêtes.

Autre réussite, celle des Stone Temple Pilots. Le groupe des frères DeLeo, pour la première fois en France avec Jeff Gutt, nouveau chanteur aux faux airs de Scott Weiland, enchaîne les classiques de Big Empty, la BO de The Crowe à  Interstate Love Song, en passant par Big Bang Baby, rien ne manque. Le show parfait !

Eisbrecher était aussi de la partie. Le groupe d’Indus allemand, a franchement assuré. Alexx Wesselsky, le chanteur du groupe a plaisanté avec le public. Il a même essayé de faire bouger le coté VIP qui n’a pas daigné remuer le moindre sourcil. Il les a «excusés» en disant qu’ils avaient trop mangé. Pour ce qui est de la musique, le groupe est souvent comparé à Rammstein. À plus ou moins juste titre. Sauf qu’Eisbrecher a encore prouvé qu’il n’y a pas besoin de se prendre au sérieux pour faire de la qualité !  

Les poids lourds ont aussi assuré. Anthrax a probablement réalisé un de ses meilleurs concerts depuis des années. Joey Belladonna allant jusqu’à plaisanter avec le public et tentant de parler français au moment de la reprise d’Antisocial. Un revenant, Slash, toujours affublé de son chapeau de haute forme, est venu passer une heure avec Myles Kennedy sur la Mainstage 1. Rien de transcendant si ce n’est un jeu de guitare toujours aussi tranchant et une bonne reprise de Nightrain, de Guns N’ Roses, son ancien groupe. Plaisant mais sans plus.

Et puis… comment ne pas se réjouir de voir ZZ Top avec un Billy Gibbons en pleine forme qui se fait allumer son cigarillo par son assistant à la fin du set ?? Qu’il est bon de voir des légendes au talent incomparable !!

Autres légendes, mais dans un autre genre, Kiss ! Les quatre «glameux» venus de l’hyper espace n’ont pas déçu avec un show monstrueux. Déferlantes de lumières, multiples effets pyrotechniques, et feux d’artifices mêlés, à lancer de confettis géant pour terminer. Rien ne manquait pour ce concert d’adieu. Même pas les tubes comme I Was Made For Lovin’ You ou Shout It Out Loud.

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Rien ne manquait non plus pour Slayer. Eux aussi ont marqué le festival par ce concert d’adieu avec des jeux de lumières extraordinaires. Et puis, finir par Angel Of Death, tube absolu du groupe californien… Quelle belle sortie !! Kerry King se balance toujours frénétiquement pendant que Gary Holt, l’autre guitariste, ressemble de plus en plus à un serial killer. Tom Araya semblait extrêmement ému au moment de dire au revoir. Les larmes au bord des yeux, il a simplement lancé «Vous allez me manquer !!». Il va nous manquer aussi, c’est une évidence.    

En revanche, TOOL, fut une grande déception. Certes, le quatuor américain se fait rare chez nous. Mais il est aussi le seul à avoir joué dans la pénombre son Metal Progressif, parfois à la limite de l’expérimental, sans un mot pour le public. Seules des images, superbes, étaient diffusées sur les écrans géants. Une sorte de prétention musicale et intellectuelle qui ne semble pas avoir été du goût de tous.

Il y eut aussi l’affaire Manowar. Les rockers se sont barrés le matin même de leur concert. Pourquoi ? Livraison en retard pour les slips en cuir ? Pas assez de bière ?? Trop de lettres dans le mot Hellfest ??? Pour l’instant nul ne sait. Ils ont été remplacés à la volée par Sabaton avec un chanteur… aphone !! Quand  ça veut pas, ça veut pas. Les deux guitaristes ont donc repris le flambeau pour chanter plus ou moins juste, mais avec bravoure. Même si le show n’était pas extraordinaire, on ne peut que reconnaître leur courage de s’être présentés devant 60 000 personnes sans avoir aucun repère, ni fait de balance. Chapeau les gars ! 

Évidemment, on ne peut pas parler de tous les concerts vus et vécus au cours de ces trois jours. Ou alors, il faudrait faire un Paris Bazaar spécial Metal… Quoiqu’il en soit, ces trois jours en Enfer furent simplement hors de toute notion de temps et d’espace, une sorte de bulle «métalleuse»… Ça a du bon d’être en Enfer, finalement. 

Laurent Borde

PS : Précisons qu’en dépit de nos demandes répétées, polies zé courtoises, nous n’avons pu obtenir de l’organisation aucune accréditation. Nous ne remercions donc pas… comment s’appelle cet homme tellement occupé déjà ?…  Peu importe… Peace sur lui ! Et oui, nous parlons du Hellfest de la façon dont nous l’avons vécu. Chacun est libre d’adhérer. Ou pas. Ça nous a juste scotchés.  

2 thoughts on “Hellfest 2019 : Trois jours en Enfer… Dieu, que c’est bon !

  1. Juste pour vous indiquer que :
    -ce n’est pas « trash metal » mais « thrash metal » .
    -Sabaton a remplacé Manowar au pied levé et le chanteur était aphone car ils avaient joué la veille pour le Knotfest, donc malgré ça c’était une prouesse.
    -Manowar est parti car les membres ont été mécontents de ne pas pouvoir faire leurs balances le jeudi à cause de la tenue du Knotfest. Il y a aussi eu une violente dispute entre les membres du groupe.

    1. Pour Thrash, vous avez raison, c’est une coquille de ma part. Je viens de la rectifier.

      Pour Sabaton,vous avez aussi raison. Le groupe n’avait tout de même pas eu le temps de faire de balance pour le jour même.

      Pour Manowar, il y a plusieurs raisons évoquées. Celle dont vous parlez mais aussi une histoire de gros sous, le groupe exigeant d’être finalement payé davantage que ce que son contrat initial prévoyait. Ca reste tout de même assez flou.

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