Prophète et Musicien, il s’appelait Bob Marley

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Le 11 mai 1981, Bob Marley partait pour toujours, emporté par un cancer. De simple musicien, il changeait alors de statut pour devenir un maître à penser. Ce mois-ci, il aurait eu 75 ans. In memoriam.

Le 6 février 2020, Bob Marley aurait eu 75 ans. Roi du reggae pour certains, face émergée de l’iceberg pour d’autres, c’est par lui que le reggae est devenu un genre musical immensément populaire.

Évidemment, Bob Marley ne serait rien sans Peter Tosh, Jimmy Cliff, ou encore Toots And The Maytals, même si Judge Not, le premier disque signé Marley, sort en 1961. La même année, Jimmy Cliff, qui deviendra le reggaeman le plus connu au monde après Marley, enregistre aussi son premier disque intitulé Dearest Beverley. Il deviendra ensuite une gloire locale, lui permettant de parcourir la Jamaïque avec des légendes comme Prince Buster.

Par son charisme, ses engagements politiques et intellectuels, son style facilement reconnaissable marqué notamment par ses longues dreadlocks, Marley devient plus qu’un musicien et accède, malgré lui, au statut de maître à penser, icône de la non-violence et de la paix. Et nombreux sont les artistes qu’il aura influencés. Souvenez-vous…

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Alpha Blondy, dont le premier album Jah Glory cartonne, notamment avec le titre Brigadier Sabari, surfe sur le succès du reggae. Le reggaeman ivoirien, comme le Jamaïcain, est pour le rapprochement entre les peuples. Il se bat contre toutes formes de violence et va jusqu’à reprendre War de Bob Marley, rebaptisé La Guerre, et publié sur l’album Dieu en 1994. Il a également chanté I Shot The Sheriff, rebaptisé J’ai Tué Le Commissaire  sur l’album Mystic Power, sorti en 2013.

En Angleterre, le groupe anglais UB 40, qui s’inspire du mouvement rastafari en dénonçant notamment la pauvreté, le racisme, et la politique étrangère de domination, principalement envers les peuples africains, a aussi largement profité de la popularité du reggae à lafin des années 70. Souvent qualifié d’usurpateur par de nombreux «puristes», UB 40 est tout de même le premier groupe de reggae à avoir placé un titre, en l’occurence Red Red Wine, en tête des charts anglais. Sommet où il resta durant trois semaines en août et septembre 1983.

Les groupes punks ont aussi joué du reggae. Parmi les plus connus, The Clash. Avec The Guns Of Brixton, morceau signé par le bassiste Paul Simonon, le groupe londonien ne cache plus ses influences reggae. Normal lorsque, comme Simonon, on vient de Brixton, banlieue pauvre du sud de Londres où le reggae est roi.

Dans un style totalement décalé, Nina Hagen s’essaiera, elle aussi, au reggae avec le bien nommé African Reggae en 1982. C’est probablement l’un des morceaux les plus déjantés du genre…

Aux Etats-Unis, même Blondie, qui ne savait pas trop où se situer entre pop, rock, disco, et punk, jouera du reggae. The Tide Is High, sorti sur l’album Autoamerican en 1980, squattera la première place des charts aux Etats-Unis et en Angleterre. Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pourtant pas le meilleur morceau de reggae du monde mais bon… La reprise la plus connue d’un morceau de Bob Marley est probablement celle d’Eric Clapton. En 1974, le guitariste anglais, aussi surnommé Slowhand, enregistre sa version d’I Shot The Sheriff sur l’album 461 Ocean Boulevard. Résultat : première place du Billboard Hot 100 aux Etats-Unis et renommée internationale dans la foulée pour Marley qui était jusque là très peu connu.

En France, nous ne sommes pas en reste non plus. De nombreux artistes se sont inspirés du reggae de Bob Marley. Dans les années 90, le groupe rock Dirty District, un des principaux représentants de la «scène alternative» interprétait des morceaux comme Rude Rock & Reggae, morceau ska plus proche de Madness mais reflétant parfaitement ses influences. Quelques années plus tard, en 1995, le gang des Hauts-de-Seine récidivai en interprétantt Payback, reggae placé au milieu de morceaux assez violents, sur l’EP Welcome To The Next Level.

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À la même époque, la Mano Negra, groupe aux nombreuses influences, jouait aussi plusieurs morceaux reggae comme Guayaquil City, Peligro, Drives Me Crazy, ou encore Bring The Fire. Que ce soit sur scène ou sur album, Manu Chao continue de jouer et chanter du reggae.

Plus surprenant, Mathieu Boogaerts, dès Super, son premier album sorti en 1996, reprenait Zimbabwe. Le morceau de Bob Marley avait alors été discrètement rebaptisé Je Me Détends. D’autres artistes aussi différents que Bernard Lavilliers, avec notamment Stand The Ghetto, ou Le Grand Orchestre Du Splendid, avec Macao, participeront, eux aussi, à rendre le reggae populaire dans nos contrées.

Et puis, il y a Gainsbourg… En janvier 1979, il se rend à Kingston, ville où vit Marley à l’époque, pour enregistrer Aux Armes et caetera avec les I Threes, les choristes de Marley, ainsi qu’avec Sly and Robbie, deux légendes du reggae. On connaît ensuite la destinée de La Marseillaise version reggae, qui figure sur l’album et défraiera la chronique.

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Aujourd’hui, des artistes aussi différents que Daddy Mory, Pierpoljak, Sinsémilia,ou encore Tryo, qui fête cette année ses 25 ans de carrière, ne peuvent pas nier l’influence évidente qu’ont eu la Jamaïque, l’herbe qui fait rire (parfois), et surtout Bob Marley, sur leur musique.

Bob Marley était beaucoup plus qu’un musicien. Il était un philosophe, un politicien engagé, au bon sens du terme, voire un prophète pour certains. Comme le fut Haïlé Sélassié 1er, considéré par ses fidèles comme un Dieu délivrant un message de paix sur terre.

À l’instar de Che Guevara, Bob Marley est au nombre des grandes icônes de son siècle et reste un magnifique synonyme d’amour et de lutte contre toute violence. Depuis bientôt quarante ans qu’il est parti, Robert Nesta Marley demeure ainsi parmi nous. C’est souvent comme ça avec les légendes. La sienne est indémodable, inégalable, et forcément… inoubliable !

Laurent Borde

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