La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : l’Élégance de Chamfort

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Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector

Ne m’appelez plus « l’Élégance »… elle ne m’a pas laissé tomber !

J’ai connu Alain par Delpech pour qui j’ai beaucoup écrit, mais surtout par Michel Pelay (compositeur du Loir-et-Cher et du Chasseur entre autres pour Delpech) avec qui il a partagé ses années Claude François. J’ai écrit pour Delpech et j’aurais bien aimé écrire pour Chamfort. 

Dans le paysage de la chanson française, eux seuls, avec Bashung, trouvaient grâce à mon œil. Putain de bouchon de champagne qui m’a fait perdre l’autre. Je parle bien sûr des chanteurs « parolables », des artistes comme Brel et Ferré étant hors jeu, et morts qui plus est. J’ai donc croisé Alain plusieurs fois chez Delpech, chez Pelay ou à la SACEM où chaque fois, en lui faisant la bise, je lui sortais la blague de mon enfance à la campagne : « T’as encore grandi ! » En talent pas en talons ça c’était sûr, et sans lui cirer les pompes. 

À propos de pompes et de talons, il y a longtemps de ça un certain Jean-François Doll l’avait surnommé Despieds. « Chamfort Despieds » ça sonnait plus chambrée de garçons que chanteur à minettes, faut reconnaître. Et Dutronc, du temps où Alain l’accompagnait, l’avait surnommé Giscard. À cause de son côté délicat. Qui lui est resté et qui s’est transformé au fil du temps en « élégance ». Quand on parle de Chamfort dans les médias, ils dégainent tout de suite « élégance ». C’est l’association aussi convenue qu’imparable : Chamfort-l’Élégance. Comme Delpech-la Déprime ou Raymond-la Science. Alors je lui ai demandé si cette étiquette d’élégance ne l’exaspérait pas un chouïa, à la longue.

« Bah, c’est une facilité… Ces gens qui sont censés recueillir des infos n’ont pas trop envie de travailler… Ils se réfugient derrière ce terme. Voilà, comme ça je suis catalogué, ils se disent : « Bon, il va se satisfaire de ça. » Parce qu’on peut considérer que ce que je fais est consensuel, effectivement.

Les étiquettes sont vite collées sur les artistes. Moi, mon passé, mon premier passé, c’est Claude François et encore aujourd’hui les jugements passent par ce filtre-là. J’assume mais c’est un peu considéré comme une tâche. La bien-pensance… si t’es pas pur rock n’roll… tu vois ?

Bashung a mis des années et des années à effacer son passé de crooner. Un peu comme la star de cinéma qui a fait du porno à une époque pour vivre et dont on rebrandit les cassettes. Il y est parvenu parce qu’il a dû s’élever farouchement contre les rééditions des albums de ses premières chansons. Et d’un seul coup s’est créé un consensus autour de lui et on a considéré qu’il était intouchable. Mais ses premiers disques, c’est un mec qui se cherchait, comme tout le monde !

Y’a toute une catégorie de la presse critique qui a commencé, avec des mecs comme Manœuvre et les grands manitous de la pensée correcte, à me catégoriser… Mon passage par cette case-là les a éloignés de la possibilité d’écouter autre chose, d’écouter autrement. Il aurait fallu que ce soit effacé par une autre génération. Malheureusement, une jeune génération de journalistes et chroniqueurs ne s’est pas embarrassée de ça puisqu’ils n’ont pas connu…

Si on écoute bien mes chansons ou va découvrir du rugueux, des aspérités… On ne peut pas rester sur cette pensée un peu réductrice que je ne suis « qu’élégance ». Bien sûr, tu me diras, c’est mieux que de n’être que lourd. »

C’est vrai qu’il y a une certaine paresse de la part des chroniqueurs qui va de pair avec la bien-pensance. On ne s’emmerde pas, on reste en surface, dans le bon ton, le consensuel. Surtout pas de vagues. Même artistiques. 

« Pour en revenir à cette élégance, quand je regardais Sinatra ou Gary Cooper j’étais séduit par le fait qu’ils échappaient à la normalité. Et j’ai voulu perpétuer ce genre de chose, en considérant malgré tout que si tu appartiens au monde ouvrier ou à ceux qui ont souffert de leur condition sociale, c’est sûr que tu seras toujours mieux vu. Sauf que moi, ayant souffert comme tout le monde dirai-je, j’ai voulu donner l’image de quelqu’un qui ne souffre pas.

Au lieu de jouer de mes origines modestes, j’ai fait attention de donner quelque chose d’agréable à regarder, à ne pas faire trop « quotidien »… J’ai fait gaffe à ma façon de m’habiller, aux photos qui paraissaient… Regarde tous les mecs de la Tamla Motown, c’était pas terrible d’où ils sortaient… Marvin Gay, par exemple… Eh ben ils soignaient leur apparence et sans aller jusqu’au travestissement.

Je n’ai jamais revendiqué une appartenance au rock, nécessaire aussi en France. Si tu ne dis pas que tes artistes préférés c’est le Velvet Underground ou Lou Reed, tu passes pour un mec qui n’a pas de culture. Faut pouvoir rentrer dans toutes les cases pour être considéré mais je n’ai jamais eu envie de changer ma façon d’être juste pour faire plaisir à ceux qui font le buzz dans les milieux autorisés. »

Et puis voilà, Alain. Tu te retrouves là avec une carrière et « on » te garde, bien cocooné dans l’élégance. Même pas encore joujou à la casse. À titre costume peut-être. Celui qu’on va sûrement te tailler si tu dis que de toute façon tu n’aurais jamais choisi d’être rock n’ roll. On ne se refait pas.

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Le Rock’ n’ Râleur quitte son cher Paris Bazaar…

Après m’être bien amusé toutes les semaines à écrire des rubriques sur mon expérience humaine des artistes que j’ai fréquentés au cours de ma longue « carrière  » d’auteur et de parolier de chansons surtout, j’ai décidé d’arrêter. 

Je sais que j’ai fidélisé des personnes en les distrayant de mes anecdotes dans le show-biz ou de mes considérations sur la vie. Tout cela ne valait que de mon point de vue, je n’ai jamais eu la prétention d’inculquer une philosophie. Juste de faire sourire.

Mes écrits ont suscité quelques controverses, notamment quand j’ai osé écrire sur Goldman « quand la musique est bonne, c’est pas la sienne » mais ça c’est de bonne guerre. Je suis passé outre. Chacun ses goûts et ses idoles et sa façon de les défendre, comme une mère défend ses petits. Là où ça se gâte c’est quand les commentaires deviennent franchement méchants et injurieux. 

Ainsi dans ma dernière rubrique sur Ringo Starr, je me suis fait traiter de blaireau qui se la pète, d’escroc, de grossier et de mégalo. Fut un temps où ces méchancetés gratuites m’auraient glissé dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard WC. Mais là, ça commence à m’entamer sérieusement et je n’ai plus le tonus de me justifier auprès de ces gens. Y’a déjà assez avec la haine quotidienne et la violence larvée et trop souvent exprimée pour qu’en plus je passe du temps à me consensualiser. 

Coluche-Bras d'honneur-Rock'n'Râleur-ParisBazaar-Basset

Bien sûr, beaucoup ont apprécié mes conneries mais ce ne sont pas ces personnes qui sont visibles. Ou alors rarement. Alors je me prends les insultes en pleine poire et ça me coupe l’envie de continuer d’écrire sur ce Paris Bazaar que j’adore et au sein duquel j’ai été bichonné comme un grand frère.

Je ne vois plus que ça, ce fiel et cette méchanceté. Et du coup je zappe, injustement j’en conviens, ceux qui aimaient me lire. Malheureusement, dans une soirée où il y a cent personnes intelligentes, humaines et drôles, on ne va parler que de celle qui a craché sa haine, gerbé dans les petits fours et s’est torché dans les rideaux. C’est comme ça. Mais je ne me satisfais plus de la fatalité des cons. 

Je remercie donc tous ceux qui m’ont suivi… et la formidable et talentueuse équipe de Paris Bazaar.

That's all Folks-Rock'n'Râleur-ParisBazaar-Basset

Francis Basset

 

1 thoughts on “La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : l’Élégance de Chamfort

  1. Je découvre et je ne savais pas que tu existais. Je regrette de prendre le train alors qu’il est arrivé à destination ( finale ?) . C’est vraiment dommage. Être différent ce n’est ni bien ni mal, c’est être soi-même. Merci de l’avoir été.
    Bonne route, Francis !

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