Même Pas Sommeil : l’insomnie géniale et musicale de CharlElie Couture 

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Trois ans après Lafayette, Même pas Sommeil. Plus de 40 ans de carrière au compteur et un talent qui jamais ne s’est émoussé. CharlElie ? Haute Couture !

Cet homme est une perle. Une perle rare même. Que ce soit le dessin, la photo, la peinture, la musique, partout il excelle. Gagnons du temps et disons-le, CharlElie Couture est un surdoué. Le génial et prolixe touche-à-tout revient donc avec 13 morceaux flambant neufs. Après Lafayette, qui vit le jour il y a trois ans en Louisiane, Même Pas Sommeil est un album qui s’est écrit entre New York et Paris.

Toujours affublé de cette voix nasillarde reconnaissable entre mille, un peu comme celle de Christophe Mahé mais pas pour les mêmes raisons… arrgh, je sens que je vais m’énerver ! Couture fait part de ses doutes, ses angoisses pour les générations futures. Toi, Ma Descendance ou Les Heures Caniculaires sont les plus belles façons de nous dire que la planète est bousillée et qu’il est peut être trop tard.  Il évoque aussi d’autres sujets d’actualité comme les bavures policières avec Another Man Blues. Sur fond de blues (forcément !), à grands coups d’harmonica, le tout renforcé par une batterie très lourde, le chanteur détaille, s’exprime, s’attriste d’une voix plaintive, quasi éraillée par moments. Le sujet, il le connaît et s’y intéresse, lui qui vit aux Etats-Unis depuis une quinzaine d’années.

Toujours intéressé par le monde de l’entreprise et ses dérives, il y a quelques années, il écrivait Le Grand Bureau Du Haut, sorte de description réaliste, cynique, et horrible du business, quel qu’il soit. Cette fois, il s’attaque à la fin de carrière. Le Lamantin est une sorte de fête de boulot qui tourne mal, celle où l’employé sait qu’il va se faire virer, que sa vie va chavirer en quelques instants. C’est une sorte de conte tragique moderne. 

Car CharlElie Couture est un conteur. Il l’a toujours été. Il n’y a qu’à réécouter La Ballade Du Mois d’Août 75 pour s’en souvenir. Comme un peintre qu’il est chaque détail compte. Preuve en est lorsqu’il décrit si bien Paris dans Même Pas Sommeil (le morceau). Paris au petit matin, un jour d’insomnie, sur un fond de jazz, genre piano bar. Un style qui, là aussi, lui est si cher. Paris, ville à laquelle il tient. Avec À Paris Je Péris, sur fond de guitare reggae et de rythmique rock,  il évoque la solitude d’une grande ville, le cafard que chacun peut ressentir, à tout moment.

Dans Ode À L’Est et Ode À L’Est #2, il parle de ses contrées. Là où il a grandi, une sorte d’hommage à Nancy, sa ville d’origine. Ca pourrait presque faire penser à une sorte de réponse au morceau Le Sud, de Nino Ferrer. Un peu comme lorsque Miossec évoque Brest. Puis vient le moment de conclure. Pas de youp la boum ici ! Non non, les fins d’albums rigolotes pour faire marrer le quidam, c’est pas le genre de la maison. Résister Sister est un morceau mélancolique. Il aborde le douloureux thème de la séparation, avec classe et superbe. Pas de chichis. On n’est pas chez Stromae qui en fait des caisses lorsqu’il hurle Formidable !  Non, ici l’ambiance c’est piano-voix, ponctué de quelques notes de trompette bien placées. Ambiance jazzy, clope, et bouteille de scotch sur fond de lumière tamisée pour morceau sublime.

Qu’il chante en anglais ou en français, qu’il joue du rock, du blues, ou du jazz, CharlElie Couture le fait avec brio. Ses paroles, tantôt émouvantes, tantôt cyniques ou critiques sont le reflet d’une époque. Ça fait un bien fou. La qualité se fait rare par ces temps qui courent de travers. Merci CharlElie. Merci Monsieur Couture. On en redemande ! 

Laurent Borde

CharlElie Couture, Même Pas Sommeil, Rue Bleue / Flying Boat

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