Une nouvelle vague de chaleur s’est abattue sur la France cette semaine, nous donnant l’envie de redécouvrir des chansons de saison. Attention, playlist solaire !
Le 21 juin est passé ! La fête de la musique, qui n’a malheureusement plus grand intérêt depuis plusieurs années, est derrière nous. Les emmerdes et le coronavirus sont toujours bien présents en revanche. Mais l’été est là, pour réchauffer nos âmes, nos esprits, nos corps, nos coeurs… Amen !
Qui dit été, dit chaleur. Une chaleur que l’on peut supporter parfois agréablement. Notamment en écoutant Sunny Afternoon des Kinks. Dans cet extraordinaire morceau de 1966 sorti sur l’album Face To Face, les frères Davies et leurs potes décrivent l’après-midi parfaite du branleur, allongé au soleil, à rien foutre, heureux de vivre sans rien, les impôts lui ayant piqué tout son fric et sa nana s’étant barrée avec sa bagnole après une nuit de beuverie, d’engueulades, et de baston.
Tout ça sent la picole et l’herbe qui rend idiot. Le morceau est totalement ironique et critique vivement la société de consommation anglaise des années 60, dirigée par le fric, l’hypocrisie et les apparences. C’est aussi une violente critique du gouvernement britannique de l’époque, dirigé par Harold Wilson, premier ministre travailliste, qui augmente sans cesse les taxes de toutes sortes.
Écrit par le génial Ray Davies un jour où il était malade, Sunny Afternoon cartonnera en Irlande et au Royaume-Uni en s’emparant de la première place des charts en juillet 66, un mois après sa sortie. Inspiré, selon son auteur, par l’album Bringing It All Back Home de Bob Dylan, ainsi que par plusieurs morceaux de Sinatra, le titre délogera alors du sommet anglais Paperback Writer, morceau des Beatles paru uniquement en single à l’époque. Il atteindra aussi la quatorzième place du classement des singles aux États-Unis. Sunny Afternoon a, depuis, été repris de nombreuses fois, notamment par Bob Geldof, Stereophonics, Tom Jones, Pascal Comelade et même Laurent Voulzy (si si !).
Autre morceau évoquant la chaleur d’enfer et la paresse, Island In The Sun de Weezer. Sorti en 2001 sur l’album homonyme de Weezer, produit par Ric Ocasek, ex-chanteur et tête pensante des Cars décédé l’an dernier, le morceau ne devait même pas figurer sur le disque. C’est Ocasek lui-même qui insista pour l’inclure parmi les neuf titres déjà prévus.
Cette chanson d’amour, sur une rythmique power pop, évoque les vacances, la chaleur, le bien être, et le soleil. Son autre particularité est d’être illustrée par deux clips. Le premier, signé Marcos Siega, montre le groupe en train de jouer à un mariage mexicain, les musiciens faisant parfois de larges sourires idiots face caméra pendant que tout le monde autour s’amuse, danse et picole. C’est franchement drôle et totalement décalé.
Le second clip, réalisé par Spike Jonze, qui a notamment dirigé l’excellent film Being John Malkovich, est plus terre à terre. On y retrouve trois membres du groupe, le bassiste s’étant barré peu de temps avant le tournage, en train de jouer avec divers animaux comme des ours, des lionceaux, ou des chimpanzés. Il s’en est fallu de peu pour tomber dans le documentaire animalier. C’est pourtant cette version vidéo que MTV choisit de diffuser…
Ce morceau calme et à l’apparence simpliste, semble uniquement avoir été fait pour cartonner. Il n’a d’ailleurs rien à voir avec Hash Pipe, précédent single beaucoup plus rock et violent. Le résultat a été à la hauteur des attentes du groupe américain puisqu’ Island In The Sun s’est retrouvé à la 31ème place du classement des ventes au Royaume-Uni, à la 7ème en Australie, à la 5ème du classement rock et metal américain, et à la 17ème place du classement des ventes lors de sa sortie chez nous. En 2009, le titre a été classé à la 450ème place, sur 2000, des meilleures chansons des années 2000 par le magazine online Pitchfork.
Évidemment, lorsqu’on évoque la chaleur, on ne peut oublier Gainsbourg. Il a écrit Sous Le Soleil Exactement pour la comédie musicale Anna en 1967, dont les interprètes principaux ne sont autres que Jean-Claude Brialy, Marianne Faithfull, Serge Gainsbourg et Anna Karina. La comédienne que Gainsbourg a pris sous son aile, interprète alors cette chanson devenue culte.
Quelques années plus tard, Gainsbourg récidive avec le soleil et la chaleur pour Sea, Sex And Sun. En quelque sorte, le programme du Club Med à l’époque sur une rythmique disco. Sea, Sex, And Sun sera d’ailleurs utilisé comme B.O. du premier et légendaire chapitre des Bronzés. À l’époque, Gainsbourg vit avec Jane Birkin. Il est jaloux et vit mal le succès de sa compagne, quasiment supérieur au sien. Lors d’une interview au Monde le 1er juillet 1971, Gainsbourg avait déclaré «J’ai retourné ma veste le jour où je me suis aperçu qu’elle était doublée de vison.» Il applique alors ce principe à la lettre avec Sea, Sex, And Sun.
Écrit en dix minutes sur un coin de table selon la légende, le morceau sort en 1978. Il devient alors un des plus gros succès de Gainsbourg avec 150 000 exemplaires du disque écoulés, le précédent remontant à L’Ami Caouette trois ans auparavant.
Malgré des chefs-d’œuvre comme Initials B.B. ou L’Histoire De Melody Nelson, respectivement sortis en 68 et 71, c’est à croire qu’il fallait des chansons un peu connes pour que Gainsbourg, auteur et musicien génial, connaisse le succès auprès du grand public. Le morceau devenu mythique a depuis été repris par divers artistes comme le grand Jean-Louis Foulquier, en japonais et en reggae par la talentueuse Mari Natsuki, et même par l’incroyable Francky Vincent, qui n’est pas à un massacre près…
La chaleur et le soleil arrivent, disparaissent, et reviennent sans arrêt. Un jeu de cache-cache sans fin qui nous permet de trouver un prétexte pour ne surtout pas nous déshydrater. En musique, comme pour le reste, quel est l’horrible personnage qui a osé parler de modération ?
On aurait pu aussi évoquer The Ryhtm Of The Heat de Peter Gabriel, Hot Hot Hot!!! de The Cure, Summer In The City de The Lovin’ Spoonful, In The Heat Of The Night de Ray Charles, In The Heat Of The Morning de David Bowie, Summertime avec la version du Grand Orchestre Du Splendid, Printemps Été de Jean Leloup, Voilà L’Été des Négresses Vertes, Le Ciel, Le Soleil Et La Mer de François Deguelt, et tant d’autres…
Nous aurions aussi pu parler d’In The Heat Of The Night de Sandra, de The Heat Is On de Glenn Frey, de Heat Of the Night de Bryan Adams, d’In The Heat Of The Night de Pat Benatar, de 99 In The Shade de Bon Jovi, d’Heat Of The Night d’Aqua, d’Au Soleil de Jenifer, du Coup De Soleil de Richard Cocciante, d’Il fait Chaud de Pauline Ester, du Lundi Au Soleil de Claude François, d’Il Fait Chaud de Patrick Sébastien, et de beaucoup d’autres… Oui mais… Non merci, en fait !
Laurent Borde

