Ces Gens-Là : Jacques Brel Superstar

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Au moment où des pseudo rappeurs sortent des albums inutiles, enrichis aux extraits frelatés d’auto-tune, des artistes tiennent à rendre hommage à celui qui leur a ouvert la route. Il s’appelait Jacques Brel.  

Jacques Brel aurait eu 90 ans le 8 avril. Le moins que l’on puisse dire est que cet anniversaire est passé quelque peu inaperçu. Comme si Brel était désormais un artiste du passé… Effectivement, il l’est ! Mais c’est aussi un artiste du présent, du futur, bref un Artiste inimitable et inégalable. Pour ne pas l’oublier, voire le faire découvrir à certaines générations qui semblent totalement passées à côté, quelques chanteurs se sont regroupés le temps d’une compilation hommage.

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Au programme, treize titres emblématiques comme Ces Gens Là,  nom de la compilation et morceau interprété par Claudio Capéo. Malgré la bonne idée de rajeunir la musique, on n’entre pas dans le titre. La voix haut perchée, et légère, du chanteur ne correspond pas à l’esprit de ce texte, à la fois superbe et terriblement triste. Le morceau en devient presque plat, sans âme.

Il y a aussi Vesoul, interprétée par Thomas Dutronc. Le texte lui permet de faire coup double, rendre hommage à Brel ET à son père, cité dedans. Malheureusement, là encore, la voix de Thomas Dutronc est un peu trop légère, même si la chanson est plutôt drôle et aurait pu lui correspondre, on est déçu. La musique, en revanche, jazzy, lui colle à la peau. Là, bonne pioche ! On se dit alors que Brel est terriblement difficile à chanter.

Et ce n’est pas l’interprétation de La Valse À Mille Temps par Gauvin Sers qui va nous prouver le contraire. La voix est presque douce. Presque trop sage. On a l’impression d’un petit garçon timide qui chante un morceau de son idole. Là où Brel fait vivre le morceau en accélérant le rythme, la diction, et en, durcissant le ton, Gauvin Sers ne bouge pas. Malheureusement, la chanson devient presque plate et perd de son intérêt.

Lorsque vient le tour de Liv Del Estal, on attend de voir ce que peut faire la starlette de The Voice sur L’Ivrogne. Ça commence bien avec une ambiance piano-voix. Puis ça se gâte rapidement avec une ambiance hispano jazz et une voix presque gaie, pour ce texte pourtant si lourd. On est très loin de l’ambiance originale. Un peu comme si Louane reprenait Iron Maiden.

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La plus grosse déception vient tout de même de Marianne Faithfull. Comment la légende, l’icône du Swinging London, a-t-elle pu passer à travers la reprise d’Amsterdam ? Elle est la seule à chanter en anglais sur l’album et là, boum, c’est à côté ! Tant d’autres ont pourtant chanté ce Port Of Amsterdam ! David Bowie, Scott Walker… Tous ont réussi ce difficile exercice. Malheureusement, la voix éraillée de Marianne Faithfull ne fait pas de magie. La chanson reste tragique dans l’esprit, mais l’ambiance assez lourde s’envole. Alors, certes, un artiste peut s’approprier un morceau pour lui rendre hommage. C’est son droit et c’est absolument louable et défendable. Mais pas n’importe comment.

Certains artistes présents surprennent dans le bon sens du terme. Carla Bruni ! Le moins que l’on puisse dire est que je ne suis pas franchement fan de la dame mais là, elle assure ! Quand On A Que L’Amour semble composé pour elle. Son interprétation est brillante. Elle n’en fait pas trop ni pas assez. Elle est juste. Même si elle a l’air toute impressionnée de chanter « du » Brel.

Autre bonne surprise, Zaz. Là encore, même si, comme moi, son univers vous laisse de marbre, on ne peut que saluer son interprétation de Bruxelles, plus que fidèle à celle du Maître. Quant à Oxmo Puccino, il s’approprie paroles et musique d’ Il Nous Faut Regarder. On a l’impression que la chanson est de lui, même si la fin, couverte de bidouilles électroniques, gâche un peu ce beau moment.

Et puis, il y a LA mention spéciale. Celle qui picote, qui donne des frissons, qui retourne, qui émeut. Avec Ne Me Quitte Pas, Slimane se révèle. Que c’est beau ! On est à des années lumières de son univers habituel oscillant entre rap de hall de gare, et duo avec Jenifer. Non, là c’est… Ouah ! Une vraie mandale en pleine gueule tant c’est beau. On s’incline. 

Autres grands moments, ceux des tauliers. Quand Bernard Lavilliers conte La Chanson De Jacky, on y croit, tant le morceau semble lui coller à la peau. Même chose pour Michel Jonasz avec Les Vieux. Un morceau qui pourrait franchement figurer dans son répertoire déjà si riche. Et puis, il y a les deux jazz women. Quand Melody Gardot interprète, en français, La Chanson Des Vieux Amants, on y est ! La musique et douce et dépouillée, les cordes juste sublimes, la voix douce mais pas trop. On le vit comme on le vivait avec Brel.

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Même son de cloche avec Madeleine Peyroux. Quand l’Américaine reprend en français cette chanson extraordinaire qu’est Voir Un Ami Pleurer, elle le transforme en un morceau jazzy tragique. L’esprit de Brel est là, les frissons aussi. C’est pas humain de refaire vivre un morceau d’une si belle façon ! Si elle veut nous toucher en plein cœur, ben… c’est gagné ! Dans un autre genre, Stephan Eicher avait aussi très bien réussi l’exercice avec ce morceau en 1998 sur la compil Aux Suivants. 

Cet album hommage au grand Jacques est une semi réussite. Si certains comme Gauvin Sers ou Claudio Capéo passent malheureusement à côté, d’autres, comme Carla Bruni ou Slimane surprennent franchement. Ceci étant, tous ont un mérite ! Ils aiment Jacques Brel et ont voulu rendre hommage avec sincérité à cet Artiste indémodable. Rien que pour ça, il faut écouter cette compilation. Pour la poésie. Pour l’excellence de la chanson française. Pour la pochette, référence à l’originale. Pour ne plus JAMAIS comparer Stromae à Brel. Pour Jacques Brel, simplement. 

Laurent Borde

Brel – Ces Gens Là / Decca Records    

                           

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