La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Perdre son Temps avec Vilard

Hervé-Vilard-Rock'n'Râleur-ParisBazaar-Basset

Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

Le T-Shirt d’Hervé Vilard

Au début des années 80 et de ma « carrière  » de parolier, une chanson que j’avais écrite avec Langolff pour la musique traînait chez Tréma, maison de disques de Sardou entre autres, et de Hervé Vilard. Cette chanson, le Saule, sera reprise beaucoup plus tard par  Isabelle Boulay et fera un hit au Canada. Comme quoi il ne faut jamais désespérer d’une chanson. Un jour ou l’autre, elle vit sa vie. Faut juste ne pas attendre après pour faire ses pleins à Carrefour City et payer l’EDF.

Celle-là, le Saule, Hervé Vilard est tombé dessus chez Tréma et en est devenu dingue. À tel point qu’il a demandé mon numéro à la maison de disques et m’a contacté. Pas de portable à  l’époque, il m’a appelé sur mon fixe au Havre, où j’habitais un appart gentiment glauque avec chiottes sur le palier mais la mer à deux pas.

Période difficile où, après avoir joué pendant deux ans à l’année dans un hôtel quatre étoiles avec homard et champagne à volonté, je bouffais des pâtes assaisonnées au Viandox. À volonté aussi. C’est donc dans ce cadre que Hervé m’appelle. Il me parle de ma chanson de façon dithyrambique et me dit qu’il veut travailler avec moi et me rencontrer. Je dis OK. À l’époque, je prenais tout. J’aurais même écrit pour Frank Michael, un sandwich et une bière.

Il me donne rendez vous pour le lundi suivant chez lui, rue Pierre 1er de Serbie. Quelle mémoire Francis ! J’arrive chez lui à l’heure du rendez-vous, après m’être respiré plus de deux heures de train et avoir raclé les fonds de tiroir pour mon billet. Une soubrette me reçoit et me fait patienter dans un délicieux petit salon aux volets clos, éclairé d’un abat-jour aux couleurs orangées. « Monsieur Vilard dort encore » me dit la fille. Bon.

J’avais amené des textes et des musiques à  lui faire écouter sur cassettes. Il était onze heures du matin. Je poireaute une bonne heure et Hervé se lève enfin… « Et le soleil se lève aussi » me souffle Hemingway. Présentations. Il me parle encore du Saule dont il est tombé raide dingue.La soubrette lui apporte son petit déj et je l’accompagne d’un café, commande passée à la fille, qui a bien vu que je venais d’ailleurs à ma tenue à l’arrache.

Je m’attendais à ce que le chanteur me demande de lui faire voir des chansons une fois son p’tit déj fini. Comme Capri. Ou qu’il me dise s’il comptait enregistrer le Saule mais bon. Il m’a parlé, en peignoir chic, de l’orphelinat de son enfance et de Couve de Murville qui l’avait pratiquement élevé. Et de Barbelivien qu’il admirait. « Et moi, je sens le kebab? » je me disais. Au bout de deux heures, il a pris congé en me donnant rendez-vous pour le lundi suivant, même heure. Et j’ai repris le train pour Le Havre.

Je me suis repointé le lundi d’après et même scénario. Une heure d’attente dans le petit salon à la lumière orangée, réveil de « Franprix c’est fini mais je n ‘crois pas que je retournerais chez Carrefour » , p’tit déj en peignoir, son enfance, l’orphelinat et Couve de Murville, et Barbelivien jusqu’à plus soif. Et mes chansons dans mon sac, toujours pas dégainées. Si la texture du papier avait pu flatter l’anus, il me les aurait peut-être gardées comme PQ.

Et re-rendez vous le lundi suivant, même heure, même attente, Couve de Murville, Barbelivien. Pierre 1er de Serbie commençait à  me sortir par l’oeil valide. Ça a bien duré trois mois comme ça, où j’empruntais pour prendre mon train. Je ne comprends toujours pas pourquoi je me suis accroché comme ça, alors que ce garçon n’était quand même pas Frank Sinatra. Mais je voulais tellement placer cette chanson que j’adorais ! Elle était tout moi, toute ma mélancolie. Et la musique de mon pote me nouait la gorge d’émotion.

Et un lundi, au bout du même rituel, il m’a demandé : « Vous avez un enfant ? » « Euh…oui…un petit garçon. » J’étais surpris qu’il me demande ça, contre le cours du jeu. « Quel âge a-t-il ? » « Six ans. »

Il a tiré un carton d’un placard derrière lui. Il contenait des t-shirts à son effigie. Le dessin imprimé le faisait ressembler à Romy Schneider. Il s’était gâté ! Il a farfouillé dans les t-shirts et a fini par m’en tendre un en l’écartant par les épaules. »Tenez, il m’a dit, je pense que ça devrait lui aller. »

Et je ne l’ai plus jamais revu.

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La jeunesse, c’est dans la tête ?… ou dans l’cul ?

Je n’aime pas la formule : « La jeunesse, c’est dans la tête ! » Y’a un côté faux-cul, démago, de placer ça à un type qui fibrille du déambulateur et à une seniore qui shoote dans ses nichons. Y’a là-dedans un côté égalisateur-pensée unique-bien pensance- pas de vagues, qui m’horripile. 

En revanche, je pense que la tromperie, la haute trahison en amour, se passent, elles, dans la tête. Une nana a toutes les raisons d’avoir bonne conscience quant à sa fidélité, quand elle ne passe pas à l’acte, pénétration, 5 à 7 ou nuit d’amour. Ou à l’acte dérivé : baiser profond, masturbation, fellation. Mais tout ces acquis sociétaux sexe participent de l’hypocrisie la plus totale, reflet de notre époque aseptisée, encore une fois. La trahison, pour moi, se situe à  ce niveau du « je ne le fais pas mais je n’en pense pas moins« .

Du style: « J’aime mon mec comme jamais, mais je ferais bien une pipe à cet autre parce qu’il est drôle, beau mec, et qu’il m’attire ponctuellement. Je ne le fais pas mais je n’en pense pas moins, et le coeur y est quand même. »

Eh ben, moi je pense que la tromperie se situe à ce niveau. Et non dans la pulsion ponctuelle réalisée, passée à l’acte. Parce que la femme qui m’aime, dans la grandeur de sa Sincérité, ne me taira pas cet acte. 

Et non, je ne replacerai pas mon « piper n’est pas tromper » , bien que je l’aie déposé à la Sacem. Et à la Sacd. Parce que je sais que c’est un tube. Preuve que je ne suis pas tout (e) seul (e) à penser comme ça.

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Champagne !

Quand j’étais aux quinze-vingt, la rétine de mon oeil droit décollée à cause de ce putain de bouchon de champagne qui n’avait pas voulu de mon arcade sourcilière, mon oeil gauche n’arrêtait pas de couler, de pleurer, par « sympathie ». Ce qui fait que j’étais totalement aveuglé. Alors, je fermais les yeux et je m’absentais. Ce n’était pas désagréable. Loin de là. Je m’habituais à la cécité. J’écoutais Haydn, Rachmaninov sur un appareil à CD portable, c’était le début, et j’étais bien. 

Et surtout, je flottais dans le parfum des femmes qui venaient me voir, infirmières ou visiteuses, comme Vittorio Gassman dans Parfum de Femme. Je les respirais et j’écoutais leurs voix. C’était la chose la plus merveilleuse du monde et je me disais que ce n’était pas si grave si je devenais aveugle. Et d’ailleurs aujourd’hui je me dis : « À quoi bon voir les choses ? Puisque c’est inéluctable... »

Oui, à quoi bon voir toute cette merde que la jeunesse et l’insouciance me cachaient ? Ça va être de pire en pire puisqu’il n’y a plus de maintien dans la société. Comme on se maintient quand on vieillit, en essayant de ne pas se voûter, de ne pas prendre de bide ou de bouffer la bouche grande ouverte avec des bruits de fausses dents.

J’ai déjà assez de lucidité et de désenchantement intérieurs pour ne pas en plus être obligé de contempler le déclin et la déchéance. Oui je sais, y’a plein de belles choses à regarder dans ce monde. Mais j’ai du mal à contempler une aurore boréale avec un blaireau qui bouffe ses crottes de nez dans mon champ visuel.

Francis Basset

1 thoughts on “La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Perdre son Temps avec Vilard

  1. Je suis auteur compositeur. Si parfois quelques chanteurs veulent renouveler leurs chansons, ça me donnerait un p’tit coup de pouce. À vous de me découvrir. Peu de textes arrivent à l’interprète, car « bloqués » avant même qu’il ne puisse les lire lui-même… dommage !

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