Graeme Allwright est parti faire tintinnabuler les étoiles

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C’est un inconnu célèbre qui nous a quittés la semaine dernière. Chanteur, guitariste, voyageur et frère des Hommes, il s’appelait Graeme Allwright. Hommage.

Il était une fois, un chanteur au nom imprononçable pour tout français qui se respecte.  Un chanteur pas forcément connu du grand public, pas diffusé sur les chaînes musicales, absent des grandes émissions de variétés lorsque celles-ci existaient, mais tellement renommé… Graeme Allwright était son nom.

Discret, voire même secret, et immensément talentueux, le chanteur d’origine néo-zélandaise était de ceux qui comptent. Chanteur folk, country man, chanteur de variété, Graeme Allwright n’entrait dans aucune case. C’est sans doute ce qui faisait partie de sa grande originalité. Son accent anglais rendait le moindre morceau de Brassens atypique.

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Brassens et Allwright, a priori rien à voir. Sauf que… Les deux artistes avaient en commun de fustiger la société avec ironie et cynisme. Tous deux savaient dire merde de façon anticonformiste, chacun à sa façon. Ils avaient aussi en commun la guitare, évidemment. Le Néo-Zélandais était plus folk et blues et que le Français. Tous deux avaient en commun un véritable humanisme tout en gardant un esprit critique.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, dans les années 80, Graeme Allwright reprit quelques chansons de Brassens traduites en anglais. Ses reprises des Passantes, des Mauvais Sujets Repentis, ou encore de La Maîtresse d’École sont détonnantes. Elles diffèrent parfois légèrement des versions originales par une accélération sensible du tempo ou par des déclamations légèrement différentes. Forcément, adapter Brassens en anglais ne doit pas être chose simple. Les deux hommes avaient aussi en commun Maxime Le Forestier. Lui que l’on qualifie parfois, à juste titre, de fils spirituel de Brassens, et dont Graeme Allwright avait fait la première partie en 1980 au Palais des Sports. Le côté hippie entre Le Forestier et Allwright était, sans doute, aussi un point de rassemblement, pour ne pas dire de reconnaissance.

Graeme Allwright était un antimilitariste convaincu. Un routard, un vrai, qui avait taillé la route en Inde à maintes reprises durant les années 70, avec pantalon en velours et peau de chèvre sur le dos. Allant jusqu’à s’endormir dans une rue de New Delhi en plein jour et se réveillant quelques heures plus tard, s’apercevant qu’il s’était fait piquer ses pompes. Graeme Allwright était un homme vrai. Comme les grands artistes qu’étaient, et que sont, Brel, Ferré, ou encore Brassens, il n’aimait pas le monde du show biz. Malgré son succès dans les années 70, il se retira d’ailleurs de cette Société du Spectacle qui n’avait rien à voir avec celle de Guy Debord. Quoi que…

Graeme Allwright n’était pas superficiel. Il était de tous les combats. Anti nucléaire, pro Larzac, militant en faveur du Tiers Monde, il avait réussi à s’attirer les foudres des gouvernements français conservateurs des années 70, allant jusqu’à être banni des radios et télévisions à la botte de Giscard, de sa dent creuse, et de sa mèche folle.

Il militait aussi pour la non violence, allant jusqu’à réécrire La Marseillaise qu’il considérait comme raciste et violente. Lui qui aimait sincèrement la France, il préférait chanter «Pour tous les enfants de la terre/Chantons amour et liberté/Contre toutes les haines et les guerres/L’étendard d’espoir et levé.» Un hymne composé comme une protest song. Allwright était un véritable protest singer à l’image de Joan Baez ou de Bob Dylan. Il adapta d’ailleurs plusieurs morceaux de Dylan en français comme Man Gave Names To All The Animals, tube reggae  de 1980 rebaptisé L’Homme Donna Des Noms Aux Animaux.

Graeme Allwright était aussi celui qui avait permis à Leonard Cohen de se faire connaître dans l’Hexagone. En 1973, il se glisse dans la loge du Canadien à l’Olympia. Le lendemain matin, il le retrouve à son hôtel. Les deux artistes discutent de tout, de rien, de la vie, de choses intimes et plus futiles. Quelques mois plus tard, sort Graeme Allwright Chante Leonard Cohen. Les deux hommes sont alors des amis et le resteront. Ils se rencontrent à plusieurs reprises en France et au Canada. Les traductions de Suzanne ou des Sisters Of Mercy, rebaptisé Soeurs De La Miséricorde, permettent à Leonard Cohen d’acquérir une très grande renommée en France.

Graeme Allwright est parti faire tintinnabuler les étoiles
Il en sera de même lorsqu’il reprendra des titres de Johnny Cash en français et, dans une moindre mesure, quelques uns de Pete Seeger ainsi que plusieurs autres de la star de la country, l’immortel Willie Nelson. Il y a évidemment, deux morceaux que tout le monde, ou presque connaît. L’adaptation de Bottle Of Wine, morceau composé par le chanteur folk Tom Paxton et interprété par les Fireballs en 1967, est devenue une sorte d’hymne connu chez ceux qui aiment le lait fraise, comme chez les autres, sous le titre de Jolie Bouteille.

Un morceau également souvent enseigné dans les écoles de guitare. Autre morceau devenu incontournable, Petit Garçon. L’adaptation d’Old Toy Trains, originellement écrite par Roger Dean Miller à la fin des années 60, est aussi souvent apprise dans les écoles, logiquement au moment de Noël.

Graeme Allwright est un artiste incontournable. Lui qui n’aimait pas être sous les feux des projecteurs, il est aujourd’hui un artiste essentiel. Malgré une carrière commencée sur le tard, à quarante ans, il sera resté fidèle à son public pendant quasiment 50 ans, sans promo outrancière, ni retournement de veste. Graeme Allwright était un homme entier et fidèle. Fidèle à ses idées, fidèle à sa musique qui, comme lui, était simple et généreuse. 

Graeme Allwright n’a eu qu’une seule fois mauvais goût. Lorsqu’il est définitivement parti, dimanche dernier, à l’âge de 93 ans. Il restera pour toujours un artiste exceptionnel. Un taiseux triomphant aux textes magnifiques. Le 16 février 2020, Graeme Allwright a inscrit son nom au Panthéon des musiciens légendaires et uniques.   

Laurent Borde                       

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