La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Chahine l’Enchanteur

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Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

Khalil Chahine, ce musicien de l’ombre qui fait la lumière… et pas forcément le couscous

Khalil est un enchanteur. Un peu comme Merlin mais sans Leroy avec lequel il a surtout enchanté les … comment dire en restant politiquement correct…?… les blaireaux. 

Il n’est qu’à écouter Les Vanités sur son dernier album Kafé Groppi pour le vérifier. Pas l’album de Merlin. Khalil. Ça m’a tiré les larmes. La musique adoucit les nurses mais aussi les grands gaillards comme moi. 

Khalil se revendique autodidacte, malgré deux ans d’harmonie à Paris avec un prof américain, de l’orchestration avec Ivan Julien et un passage au Berklee College of Music de Boston…

Khalil: « Mais à mon grand regret, je n’ai jamais pris de cours de guitare. »

Euh… je dirai heureusement parce que moi qui me targue de tâter un peu de cet instrument qui m’a longtemps fait gagner ma vie, jouer après Khalil c’est comme monter sur le ring et mimer des uppercuts après Mike Tyson.

En rentrant de Boston, il joue dans des clubs de jazz à Paris avec des potes et il commence aussi à faire de la variété avec eux…

Khalil :

« Et j’ai accompagné Michel Legrand après une « audition positive ». Alors que j’avais plutôt le profil discrimination positive avec mon patronyme. Rions.

Tournée très sympa avec musiciens haut de gamme comme le trompettiste Jean -Loup Longnon, génial compositeur en plus, et Denis Leloup, un des meilleurs trombones au monde.

Un jour on déjeunait et comme d’habitude j’étais au bout de la tablée, baillant aux corneilles quand soudain Michel m’interpelle à la cantonade :

« Au fait Khalil, quel âge as-tu ? »

« Eh ben j’ai 26 ans, Michel. Pourquoi ? »

« Ah, tu n’es pas si jeune que ça…! »

Ce jour‐là, j’ai compris que l’âge c’était très relatif. Quand j’avais 22 ans, j’étais un vieux parce que tout le monde avait 18 ans, et là à 26 pareil. J’ai été un vieux toute ma vie finalement.

Sinon, j’ai accompagné Pierre Bachelet, Diane Dufresne qui était vraiment une grande artiste mais elle m’a dégoûté du métier d’accompagnateur. À cause de tous les à-coté, comme les musiciens qui riaient aux blagues de la star. Le côté lèche-bottes était dissuasif. Et c’est grâce à ça que j’ai fait un disque avec mes compositions. À quelque chose malheur est bon, comme dit l’autre.

J’ai été arrangeur pour Sacha Distel aussi. Bon musicien, super oreille mais il avait la sale manie de s’appuyer toujours sur le premier temps. Un jour, je lui ai dit :

« -Pourquoi tu t’appuies sur le premier temps? Tout le monde l’entend…

-Parce que c’est comme ça que je chante » , il m’a répondu. »

C’est vrai. Faut jamais contrarier les artistes connus. Comme ils sont arrivés à la destination notoriété, progresser n’est plus leur problème. On ne change pas des manies qui gagnent.

Khalil :

« Et y’a eu Renaud. Pour qui j’ai tendresse et admiration. J’ai écrit une chanson avec lui pour un film de Gérard Jugnot. J’ai beaucoup travaillé pour Jugnot. J’ai dit à Gérard qu’il vaudrait peut-être mieux que ce soit les musiciens du chanteur qui fassent la musique, que ce soit vraiment du Renaud. Mais non. C’était pour moi.

Je le rencontre chez lui et je tombe sur un enfant qui me montre sa collection de BD. Je finis par pondre un truc sur ses paroles et je chantonne la maquette. Je chante très mal et je chantonne encore plus mal. Fallait vraiment se repérer dans mes approximations vocales sur le texte. Je rejoins Renaud en tournée pour lui faire écouter. Je croyais que ça allait se passer entre lui et moi cette écoute mais pas du tout. Il a écouté ça avec toute la tablée de musiciens, fort, sur un blaster. Là, je peux dire que j’ai eu la honte de ma vie.

Et un jour, je reçois un coup de fil de Françoise Hardy qui avait eu mon tel par Gabriel Yared. Il avait écouté mon premier disque et repéré un morceau où je jouais façon Django. Y’avait pas ça à l’époque et j’avais fait ça surtout pour Babik, fils de Django Reinhardt.

En fait, Françoise Hardy voulait un prof de guitare pour un jeune type qu’elle produisait. J’accepte un peu à reculons et je lui donne mon disque. On est devenus très amis et le premier soir où je dîne chez elle y’avait Dutronc et Gainsbourg. Et je suis revenu souvent. Avec Françoise j’ai écrit Clair obscur. Et c’est grâce à cette chanson que j’ai rencontré Viktor Lazlo. Inclassable et intemporelle…

Jacques était à son époque Van Gogh où il avait beaucoup maigri pour le film. Il montait une nouvelle tournée et m’avait demandé de l’accompagner. Plus pour avoir un pote parmi les musiciens que pour mon talent de guitariste. Et finalement, je ne l’ai pas vu du tout de la tournée. Je me suis juste retrouvé dans le bus avec tout le staff et les musicos. Mais on a fait un trés beau disque live avec toutes ses chansons incroyables. »

Voilà comment j’ai parcouru le champ de vie de mon ami Khalil, que j’ai connu aussi à la SACEM à la commission des programmes, comme Hervé Cristiani, Marc Chantereau et Jannick Top. Il m’a parlé aussi de sa période pub, avec toutes les incohérences des « créatifs » qui allaient dans le sens de celle de Marco la semaine dernière, avec ce client qui voulait une musique à la Miles Davis mais sans trompette. Khalil c’est sans tambour non plus qu’il a fait sa carrière. Mais alors, hein ?

NB: Khalil est égyptien par son père. Donc pas de couscous. La preuve, on en a jamais trouvé de traces dans les tombeaux de Ramsès II ou de Toutânkhamon. On annule la blague du début.

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Château, je te survivrai

Un vieil ami, Aldo Franck, jazzman de très haut niveau et pianiste accompagnateur de Nicole Croisille entre autres, avait été très longtemps chef d’orchestre de Charles Aznavour dans les années 80. De ce fait, il était très lié à son compositeur et beau-frère, Georges Garvarentz. Garvarentz, pour mémoire, a composé des grands succès pour Aznavour : Hier Encore, Emmenez-Moi, Et Pourtant, Non je n’ai rien oublié, Désormais

Aldo était dans ses confidences et le compositeur lui a un jour confié son rêve : acheter un château dans la Loire pour y réunir tous ses amis. Le château est un rêve d’enfant. Tout petit, on y met tout de soi en le construisant avec « son » sable, « ses » cailloux et « ses » bouts de bois. On en a rien à foutre du Château de chez le marchand, bien au carré et tout rutilant, avec des fenêtres et des tours comme des vraies. Celui que l’on construit enfant, on y met tout de soi. C’est notre œuvre.

Donc, Garvarentz et son château. Pour se l’offrir, il a mis les bouchées triples dans le boulot, bouffant mal, dormant à peine et prenant café serré sur café serré pour tenir le coup. Et ses amis viennent le voir dans son château où il organise fêtes et réceptions. Tout le monde s’amuse. C’est chic un château, c’est noble, ça pose. Mais Garvarentz n’a de cesse que de bosser comme un taré pour le payer. Et fait un infarctus.

Mais personne du château ne vient le voir à l’hosto. A part Aldo. Les amis du château sont restés chez eux. Et Garvarentz dit à Aldo : « Tu vois, je me suis défoncé pour ce château pour faire plaisir à mes amis, je fais un infarctus et y’en a qu’un qui se déplace, et c’est toi. »

Mais en sortant de l’hosto, le compositeur d’Aznav retourne au charbon plus fort que jamais. Et dans la foulée il fait un deuxième infar qui, cette fois-ci le laisse paralysé des jambes. Même schéma. Personne du château ne vient le voir. À part Aldo. Et Garvarentz lui dit : « Aldo, j’ai acheté ce château pour mes amis et y’en a toujours pas un qui se déplace pour prendre de mes nouvelles. Sauf toi. J’ai échangé ma santé contre de la pierre, le château va me survivre mille ans et je vais crever. » Dont acte. Il est mort, et personne n’est venu le voir, excepté Aldo. Et le château va effectivement lui survivre mille ans minimum.

Je ne vais pas chercher à dégager une morale de cette histoire. D’abord parce que je n’ai jamais eu une âme de propriétaire, ensuite parce que je n’ai jamais eu l’horizon artistique qui me permette une folie de cet ordre, et enfin parce que j’ai l’expérience Facebook que Garvarentz n’avait pas.

J’ai pu mesurer à quelle vitesse un Bowie, un Prince ou un Léonard Cohen avaient pu être oubliés après une pléthore de petits bonshommes qui pleurent et d’éloges posthumes dithyrambiques. Donc coucouche panier, Basset. Si on vient te voir mal en point un jour, sans château, sans chemise et sans pantalon, tu donneras ta papatte et ce sera bien.

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Oui ma p’tite Mamie

Je ne peux plus regarder les infos. J’ai utilisé mon capital « nouvelles du monde » . Comme quand on a utilisé son capital soleil pour la peau et qu’elle devient vulnérable aux mélanomes. Et surtout, j’ai largement utilisé  mon capital désinformation. C’est dur de se sentir cocu de vérité, exclu de ce qui se passe vraiment. 

À une époque, l’information s’efforçait d’être impartiale, ne servant pas forcément la soupe au pouvoir en place, et elle se laissait découvrir. On avait le temps de supputer. Là, elle est en temps réel, hautement détaillée, fouillée, déclinée.

On nous exhibe, nous exhume la saloperie du monde et de ses acteurs principaux, ses tenants et ses aboutissants de façon crue, rude, trash, vulgaire. Toute la beauté des êtres et des choses est occultée au profit de la déviance et de la purulence. Je n’en peux plus. Le monde est une jolie pierre chauffée par le soleil et arrosée par la pluie des nuages. Il ne faut pas la soulever, cette pierre. Ça grouille de vermine et de cancrelats dessous.

Le pire, c’est qu’on finit par s’habituer aux énormités, aux non-sens, à l’inconcevable. Comme on s’habitue à sa propre odeur de merde confiné dans les chiottes. À un moment donné, on trouve presque que ça sent le fer blanc ou l’avoine chaud, ou le crottin de cheval. Mais non, ça pue objectivement la merde. Et celui qui passe après vous le constate avec son odorat vierge. Pourquoi on n’a jamais un président ou un premier ministre qui nous dit que ca pue vraiment la merde et qui agit en conséquence ? 

Je crois savoir. Pognon. On voit en province un fils de famille se laisser insulter par sa belle doche : « Mais vous n’êtes qu’un bon à rien, Philippe ! Vous n’avez jamais eu aucun talent, disparaissez !! » « Oui ma petite Mamie » qu’il répond l’autre. Et on se demande pourquoi il se laisse humilier comme ça. Ben c’est simple, il est couché sur l’héritage. Idem pour les politiques. Ils disent « oui ma p’tite Mamie » aux égorgeurs, coupeurs de mains et aux burkas Ted Lapidée du Qatar et d’Arabie Saoudite parce qu’il y a du gros pognon sous la pierre à cancrelats.

Vous allez bien passer  la ceinture-gode pour m’en remettre un p’tit coup dans l’cul ma p’tite Mamie ? Pour la route…

Francis Basset

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