La Bande Originale d’un Rock ‘n’ Râleur : Merveilleuse Sylvie Vartan

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Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

Sylvie, ne m’envoie pas valser !

Jacques Denjean, grand arrangeur des sixties qui avait travaillé avec des pointures comme Quincy Jones, m’avait donné une musique à paroler en cette fin des années 70. La musique très classique, au sens musique classique, et très mélancolique m’avait inspiré ce texte, Merveilleusement Désenchantée. 

Denjean avait dans l’idée de présenter la chanson à Nana Mouskouri. N’ayant pas trop la fibre bouzouki, j’étais un peu déçu par cette perspective bien qu’ayant flashé sur Nana ado. Le côté femme à lunettes, femme à qué quête… du Graal. Et le côté grec aussi,  avec cette légende comme quoi… avec cette légende. Mais le sort, moi en l’occurrence, en a décidé autrement. Denjean m’avait maintes fois dit qu’il était très pote avec Eddie Vartan. Alors un soir, à table et au pinard dans son studio d’enregistrement en Normandie, je lui ai dit : « Et pourquoi tu ne proposerais pas la chanson à Sylvie ? »

Dont acte. Trois jours après, on était dans le bureau d’Eddy. Il écoute Merveilleusement Désenchantée. « Super ! C’est exactement pour elle. Allez, on va bouffer ! » J’ai bien picolé ce jour-là. Tellement content ! Sylvie avait pratiquement bouclé son album Déraisonnable et notre chanson a sauté dedans en marche.

Quand elle l’a enregistrée, Hallyday est venu me trouver dans le studio et m’a dit : « C’est toi qui as écrit cette chanson ? »  « Ben…oui » « Désenchanté de te connaître ! » Et il m’a serré la main. C’était ma première chanson « officielle ». J’avais 28 ans et déjà désenchanté. Mais pas toujours merveilleusement. Sylvie m’a dit : « C’est fou de me connaître si bien. C’est exactement moi. » C’est magique l’ego des stars. En fait, j’avais écrit comme pour moi. Et Nana Mouskouri m’aurait certainement dit la même chose en posant ses lunettes sur la table de nuit et en se retournant… Je déconne.

Surprenante Sylvie pour qui j’avais écrit un texte après, sur une musique de Langolff. La Petite Valse, ça s’appelait. L’histoire était que la nana prévient son mec que, si un jour il veut rompre, c’est pas la peine de torcher une belle lettre ou de téléphoner dans les vapeurs d’alcool. Non. Juste lui mettre cette Petite Valse et elle comprendra que c’est fini.

« Je veux que tu me mettes cette petite valse/ et qu’en Judas tu m’embrasses/ c’est comme ça que je veux que tu m’envoies valser »

Je soumets ça à Sylvie. Elle me regarde effarée. « Je ne peux pas chanter ça… que tu m’envoies valse… c’est vulgaire ! »

J’étais scié. Envoyer valser, vulgaire. J’ai laissé tomber. Langolff a repris sa musique et c’est devenu Putain de Camion. Renaud sur la mort de Coluche. Mais trois ou quatre mois plus tard, j’écris une chanson Des Heures de Désir pour l’album de Sylvie qui s’appellera Des Heures de Désir, justement. Quand j’ai écrit ça :

« J’ai des heures de désir/ j’ai des plaies de plaisir/ qui s’ouvrent dans mon âme quand je pense à  toi« ,

j’étais sûr après l’épisode de la Petite Valse que Sylvie allait me le jeter à la tronche. Eh ben pas du tout ! Elle a chanté ça comme À la Claire Fontaine.

Pourtant j’aurais pu proposer mes paroles à Brigitte Lahaie, c’était raccord : » J’ai des plaies de plaisir qui s’ouvrent…et pas que dans mon âme… ! »

Mystère de la femme et du vedettariat. Eddy, si tu m’entends dans l’au-delà claire fontaine justement, elle est un peu bizarre ta frangine, non?

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Le tube pris en stop

« La vie c’est tout ce qu’on prévoit et qui n’arrive jamais » disait Lennon. Ou Frédéric Dard. Je ne sais plus. En tout cas, c’est pas Mélenchon qui me dira le contraire.

Et elle est merveilleuse cette glorieuse incertitude. On croit avoir balisé le parcours au mieux et pan ! Le grain de sable dans l’engrenage. Ou plutôt l’engrenage qui a méprisé le grain de sable. Bien fait pour ta gueule, engrenage. Ainsi dans un domaine que je connais bien pour l’avoir pratiqué durant de longues années : le disque.

On se dit qu’on est bétonné avec les douze titres d’un album. Qu’il est merveilleux, avec des chansons sublimes, que le tube est parmi elles. Et non ! Le tube c’est un treizième titre qui s’est invité au dernier moment, qu’on a pris en stop par bonté d’âme.

Le but ou la réalisation d’une vie c’est souvent ce que l’on ne soupçonne pas la minute d’avant et qui vous est parachuté comme une évidence et un cheveu sur la soupe. Et tout ce que vous avez construit avant et qui semblait un édifice impérial devient par là même, un décor en carton pâte.

Idem pour l’ amour d’une vie, qui surgit et du coup, fait ressembler votre édifice  à ce décor de caton pâte.

Et on a aucune fierté, par conséquent, à minimiser ce qu’on croyait important avant lui. Il s’impose à nous comme un soleil de Seychelles dans un printemps de Maubeuge. Qu’est ce qu’on peut faire d’autre que d’attendre les apparitions de l’aimé( e )et se peletonner dans sa chaleur dans la grisaille de la comédie humaine ? Ta gueule Balzac ! Tu n’as pas le monopole du zoom arrière sur l’humain. Et tu vas réveiller mon amour à moi. C’est une princesse et elle dort. Du sommeil du juste. Et c’est par elle que je survis dans l’injustice mondialisatrice, la bêtise et la saloperie des hommes.

Mal, mais je survis.

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I’m a Melancholy Man

Certains croient que ce qui favorise la mélancolie c’est d’être un peu patraque, pas dans son assiette, souffreteux. Pas du tout. Faut péter le feu pour être mélancolique. Essayez, vous, d’être mélancolique avec des coliques néphrétiques ou la grippe espagnole. Pas facile.

Personnellement , « parce que » je pète le feu, « parce que » je suis révolté du Bounty, « parce que » je râle dès potron minet et que je pourrais encore battre n’importe quel docker un peu bourré au bras de fer, je suis mélancolique. D’ailleurs l’image que je me suis faite, bien malgré moi, dans le show-biz repose sur trois chansons qui m’ont fait connaître du grand public et reconnaître par mes pairs : Tue Moi (Florent Pagny), Merveilleusement Désenchantée (Sylvie Vartan ), et Le Saule  (Isabelle Boulay ). Avec ces trois textes, on ne sort pas vraiment les confettis, le faux nez et le coussin péteur. Mon karma m’a été distribué ainsi. C’est pas faute d’avoir tout essayé pour cartonner. 

À une époque, voyant le succès fou de la Marche des Canards et autre Viens Boire un p’tit Coup à la Maison, j’avais écrit paroles et musique de Fais Couler l’Eau si tu Fais Pipi dans le Lavabo. Mais la variétoche des Mimiles n’a pas voulu de moi. Et je me suis retrouvé du coup avec une « image », une respectabilité. Que je ne regrette pas, tout bien considéré. Parce qu’avec un gros carton popu j’aurais peut-être tout flambé aux courses. Non pas aux putes. Je ne suis pas le Melancholy Man qui se déverse dans le giron d’une prostituée. Tout est bien finalement. Et je ne suis pas à l’abri d’un enthousiasme brutal. Y’a qu’à allumer la télé.

Francis Basset

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