La Bande Originale d’un Rock’ n’ Râleur : Quand Piaf raillait Morgan

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Auteur et parolier, Francis Basset connaît la musique et au minimum toutes les chansons. Ses souvenirs, ses humeurs. Bonheur pur Collector !

« Michèle Morgan, elle pète en marchant ! »

J’ai un pote intime, Didier Philippe-Gérard. Vieux baroudeur du show-biz qu’il a écumé pendant des décades, il a touché un peu à tout. De pourvoyeur de dope des stars des seventies à réalisateur de films X à la grande époque Canal et ses films de minuit sous le pseudo de Michel Barny. Barny, nibards en verlan bien sûr. Il a d’ailleurs connu sa femme, Marilyn Jess, « rivale » directe de Brigitte Lahaie sur un tournage. 

Le père de Didier, Philippe Gérard, était un grand compositeur ayant écrit pour Piaf, Greco, Sinatra, Yves Montand ( la Chansonnette). Beaucoup de musiques de films aussi : Du Riffifi chez les Hommes, Le Feu aux Poudres, Bébert et l’Omnibus. Et le padre était aussi très copain avec Frédéric Dard. Ce qui fait que mon pote, dans son enfance, avait régulièrement chez ses vieux Piaf, Dard, Montand, Bernard Blier et bien d’autres. 

Et je lui disais qu’on n’avait pas eu la même enfance, lui et moi, à âge égal parce que moi durant cette époque, à Quillebeuf-sur-Seine où j’habitais, j’avais madame Pallier qui venait nous parler des derniers cancéreux en lice, et monsieur Motte qui nous apportait des poireaux. Et je me faisais tellement chier que je ne voulais pas qu’il parte alors qu’il parlait du chiendent, des doryphores et de la pluie qui allait pourrir les cerises. Mais pour moi c’était comme une attraction. Alors je disais à mon père de lui resservir un Ricard, à monsieur Motte. I comme Icare, Ri comme Ricard. C’ était pas le même profil nos deux enfances à  Didier et à moi. J’étais vite à court d’anecdotes. Lui non. 

Par exemple, Danielle Darieux, grande copine de sa mère, qui sortait avec un Sud-Américain plein aux as et très membré, surnommé « le Poivrier » . Il dévastait Danielle avec un rapport vivement condamné par l’Église. Ce qui fait qu’elle se pointait au maquillage d’une démarche pour le moins raidillarde. Frédéric Dard qui disait adorer pleurer et rester des heures dans la cuisine quand personne n’était encore  levé. Edith Piaf qui piquait avec son aigrette quand elle faisait la bise et qui s’agaçait qu’on parle de Michèle Morgan comme d’une très jolie femme et d’une grande séductrice. Parce que la môme Piaf avait quand même son petit succès auprès des hommes et tenait à ce que ça se sache. Alors elle balayait la réputation de Michèle Morgan d’un revers de main : « Michèle Morgan, elle pète en marchant ! »

Il avait baigné très jeune dans tout ça mon pote. Moi je n’avais eu que monsieur Motte et madame Pallier mais ça ne m’a pas empêché de faire mon trou. Y’aurait-t-il quand même une justice sous-jacente égalitaire en ce monde ?

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Voir la Suède et baiser

C’était avant la grande révolution sexuelle de 68. J’étais au collège et je n’étais que romantique. Mais je sentais bien que ça ne pouvait pas durer, qu’il fallait que je concrétise charnellement. J’avais seize ans et je ne savais pas où et comment emballer. 

Y’avait les boums à l’époque dans des garages chez des copains, ou le bal à la fête du pays mais ça me paraissait une montagne d’entreprendre une nana pour arriver au sifflet dans la tirelire. Je me sentais con à me coller à une fille sur Whiter Shade of Pale ou When a Man loves a Woman, et à gamberger l’instant psychologique pour lui rouler une pelle ou lui agacer le mamelon. Tous ces passages obligés étaient chiants. Après avoir macéré dans le romantisme, je voulais aller droit au sexe sans m’encombrer de préjugés et de faux-semblants. Et surtout, éviter la honte d’essuyer un refus ou une remise à  ma place à cause de mon grand nez, mon oreille gauche plus décollée que l’autre, ce genre de connerie sur laquelle un ado fixe bêtement.

Avec un pote du collège on a alors trouvé la solution : la Suède. Des mecs qu’on connaissait y étaient allés et nous avaient dit que là-bas les filles étaient faciles, que le sexe était simple et sans chichis. Aussi naturel que de prendre un lait fraise en terrasse. How do you do ? Fine and you ? Et hop, on martyrise le sommier dans l’heure qui suit. C’est ce qu’il me fallait. J’ai bossé une partie de mes vacances scolaires comme aide peintre sur un chantier pour me payer trois semaines en Suède et baiser enfin !

Mon pote avait un plan pour qu’on parte avec un routier jusqu’au nord de l’Allemagne. On a crapahuté avec nos sacs à  dos et on s’est retrouvés à Malmö. La première nuit, on a dormi sur la plage dans nos sacs de couchage. Quand on s’est réveillés, la plage était jonchée de crapauds. Mauvais présage. On a remonté le pays en stop avec nos sacs à dos, tout étonnés, en tant que Français, de ne pas avoir été violés-consentants par les nanas qu’on croisait.

Le cinq ou sixième jour, pourtant, on en a rencontré deux qui nous ont amenés chez elles. On s’est assis dans le canapé mon pote et moi et elles nous ont fait face sur un autre. Impressionnés par les deux blondes, clichés de la Suédoise de base, on n’avait pas osé retirer nos sacs à dos. On ne pouvait donc pas s’adosser et prendre une allure désinvolte pour les entreprendre. On restait raides sur le canapé et les filles attendaient qu’on leur fasse la conversation. 

Au bout de dix minutes que le silence sifflait, j ‘ai ouvert ma gueule : « From where do you come from ? » L’une d’elles a répondu « Göteborg » . On a hoché la tête à tout hasard, comme quoi c’était super d’habiter là. Et après un autre long silence plombant, mon pote a tenté : « What kind of music do you prefer to listen to ? » Elles ont répondu en choeur : « Oh ya, Rolling Stones ! » On n’a rien compris. Phonétiquement, on a entendu : « Oh ya, raling sten ! » J’ai acquiecé et j’ai dit que personnellement je préférais les Rolling Stones. Elles nous ont offert des cigarettes suédoises et puis on s’est levés, on leur a serré la main et on est partis. 

On a arpenté le pays, couchant dans les auberges de jeunesse, avec la même infortune avec les nanas parce qu’on n’arrivait pas à  discerner quand on avait la cote et surpris que notre aura de Français ne fonctionne pas d’entrée. Alors on a acheté plein de revues pornos qu’on potassait le soir en se tripotant. Et puis on s’est résolus à rentrer. Epuisés et déçus de ne pas avoir été confrontés à  la légende de l’allumette suédoise hautement inflammable. Je ne me suis jamais autant branlé qu’en Suède.

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Contrariétés en milieu chiottard

Qui ne s’est pas retrouvé  aux prises avec un rouleau de PQ bien compact, dont on ne trouve pas l’entame… ! Hein ?! 

On a beau le tourner et le tourner encore, pas moyen de trouver une accroche de papier et quitter enfin ces chiottes avec dignité pour passer à autre chose. Comme ça s’éternise et qu’on commence à avoir des fourmis dans les cuisses, la mort dans l’âme et l’embarras aux fesses, on se résout à extraire le rouleau du support afin de scruter par où on peut enfin dérouler. Mais c’est jamais standard ces trucs là. Y’a des mecs qui s’ingénient à compliquer le système de réceptacle à PQ. Comme si la vie n’était pas assez compliquée comme ça. On « merde » .

Alors en désespoir de cause, on fouille dans ses poches pour trouver un bout de Kleenex en souhaitant bonne route au prochain régent sur le trône.

On finit par sortir et on veut se laver les mains. On l’aurait fait déjà avec un PQ confort, alors avec un Kleenex peau de chagrin à risques…

Et en sortie de chiottes, on a toujours une petite cerise sur le gâteau avec le lavabo du bistrot où t’appuies sur le bitogno pour que l’eau coule et le temps que tu mettes tes mains savonnées sous le robinet, ça coule plus. Faut se laver les paluches une par une. Une qui appuie sur le truc, l’autre qui se rince. Alternativement.

Comme la minuterie d’escaliers de certains immeubles. Abruptes souvent. Tu descends et la minuterie s’arrête. Noir complet. Tu rates une marche et tu ne sais pas comment t’as réussi à ne pas être mort avec le coup du lapin ou paraplégique de Cherbourg avec les reins brisés.

C’est pas le tout de se faire chier (!) avec les taxes, les agressions, les voisins bruyants, la maladie, l’arrogance des politiques, l’incompétence des services, encore faut-il ne pas avoir besoin d’aller déféquer dans un bistrot où un restau de hasard.

Francis Basset

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