Les Rita Mitsouko : Folie Rock !!

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S’il fallait retenir un groupe ayant marqué le rock en France musicalement et visuellement, Les Rita Mitsouko arriverait dans le peloton de tête. Retour sur une musique folle et populaire.

Les années 80 ont vu bon nombre de groupes français débarquer sur le devant de la scène. Niagara et sa pop énergique, les punks avec les Garçons Bouchers ou Ludwig Von 88, ou encore Marc Seberg avec le (très) regretté Philippe Pascal. Il y avait aussi les fers de lance du rock français, Noir Désir, la Mano Negra, et les Negresses Vertes. Un des plus dingues était sans aucun doute Les Rita Mitsouko.

Formé par un ancien guitariste punk, Fred Chichin, et Catherine Ringer, chanteuse et actrice porno à ses heures pour survivre. Après leur rencontre en 1979, ils montent Rita Mitsouko un an plus tard. Le nom du groupe vient de l’association du nom d’une strip teaseuse nommée Rita Renoir à celui d’un parfum, Mitsouko de Guerlain. En 1984, le duo sort son premier album. Et là, bingo ! Marcia Baïla explose. Le morceau est multi-diffusé sur les radios. Le single est disque d’or. Les Rita Mitsouko sont partout.

Le clip, illustrant des peintures modernes, est bien barré. Les costumes, notamment signés Jean Paul Gaultier, qui avait fondé sa maison de couture trois ans auparavant, reflètent la folie colorée du groupe. À partir de cette date, tout va changer pour les deux parisiens. Ils enchaînent les cartons jusqu’en novembre 2007, date de la mort de Fred Chichin. Le musicien touche à tout, compositeur génial, est emporté par une saloperie de cancer du foie foudroyant, issu d’une hépatite C chopée dans les années 70.

Douze ans après la disparition de la moitié du duo, une compilation ressort. Au programme, quinze titres, tous connus du grand public. Que ce soit Andy (qui ne lui a toujours pas dit oui), Singing In The Shower avec les Sparks, l’inévitable C’est Comme Ça, le génial Les Histoires D’A, ou l’inévitable Marcia Baïla, tous ces morceaux sont un bonheur total. Certains d’entre eux, comme l’excellent Jalousie, ont une version rallongée par rapport à la version originale.

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Ce qui est hallucinant, c’est que tous ces morceaux sont toujours sacrément d’actualité. Alors que beaucoup de chansons vieillisent très très mal, Le Petit Train, inspirée d’une ritournelle composée en 1952 par le «Prince de la chanson», André Claveau, est terriblement d’actualité. Sous ses airs festifs, le morceau est également très sombre, parlant des trains de la mort affrétés par des pourritures nazies pour de funestes et horribles destinations. Une sorte d’hommage au père de la chanteuse déporté à de multiples reprises dans des camps de concentration. Dans la même sorte de registre, il y a évidemment Y’A D’LA Haine. Le texte, écrit en 1993, assorti de bidouillages dance électroniques, est assez sombre et assène notamment que c’est le bordel partout, que la haine prédomine et que la planète est bousillée…

L’album se décompose en deux parties. La seconde, c’est celle des inédits et raretés qui débute par All Tomorrow’s Parties, reprise d’un morceau du Velvet Underground publié sur la compilation Les Enfants Du Velvet en 1985. Autre reprise, celle de Reinforcements. Morceau signé par leurs potes des Sparks en 1974. Ringer et Chichin la transforment en un reggae électronique qui ne dénature pas pour autant le morceau originel. Suivent ensuite quelques morceaux un peu barrés comme L’Oiseau Chante, Got Got Un Œuf, ou encore Le Juste Prix, axé sur la société de consommation et paru sur Emmaüs Mouvement, album spécial pour les 50 ans de l’association humanitaire et solidaire. Mention spéciale pour le titre Berceuse (Version Chinoise), assez improbable, sauf peut-être quand on parle le chinois…  

Il y aussi d’autres morceaux un peu moins dingues comme Dédé Bordé, qui aborde le thème de la solitude, ou encore le très futuriste Porteur De Bonnes Nouvelles. Clown De Mes Malheurs est un titre assez fou, qui n’est pas sans rappeler des chansons de Nino Ferrer époque Mirza. Il a été enregistré pendant les sessions de The No Comprendo en 1986.  Le morceau, déjà publié dans un Best Of sorti en 2001, est à la fois simple et efficace. Il se retient plus que facilement. Si Lento (Eleganto) est simplement sublime, Communic’Hearts In Love, titre bonus de l’album Variety sorti en 2007, est un morceau naviguant entre pop et rock, et fait penser au groupe The The. Peut-être à cause de l’harmonica omniprésent. Il est surtout parmi les dernières compos que Fred Chichin enregistra.

Le voyage n’a pas été des plus simples pour Les Rita Mitsouko. Aujourd’hui, Catherine Ringer tient toujours le flambeau et fait vivre l’esprit de Fred Chichin, son alter ego de vie (scénique et privée), en reprenant des morceaux des Rita Mitsouko sur scène. Qu’on l’aime ou pas, peu importe. Certes, elle a chanté avec Marc Lavoine. Oui, elle «a fait» du X. Et alors ? Elle a toujours fait ce qu’elle a voulu, ou ce qu’elle a pu.

Il est tellement facile de juger les gens sur leur passé. C’est ce qu’avait fait le génial Gainsbourg, manifestement beurré comme un P’tit Lu, en s’en prenant stupidement à Catherine Ringer, la traitant de pute et de salope, lors d’une émission télé en 1986. Pierre Desproges avait aussitôt pris la défense de la chanteuse des Rita Mitsouko, en parlant de Gainsbourg avec cette répartie sublime : «Je l’aimais bien, de son vivant» .

Catherine Ringer est une artiste rare. Avec Fred Chichin, elle formait Les Rita Mitsouko. Duo fou et génial, à la popularité inégalée, qui aura marqué à jamais l’histoire du rock en France.

Laurent Borde  

Les Rita Mitsouko / Best OF / Because Music (2 CD + DVD avec 2 films musicaux)

PS #1 : L’intégrale des Rita Mitsouko est ressortie en version remasterisée comprenant 12 CD (ou 13 vinyles) + 1 DVD  

PS#2 : Catherine Ringer est actuellement en tournée en France.

PS#3 : Non, rien, en fait ! Tout est écrit

      

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