« Nous Sommes ce que nous Fumes »I-II : le Feuilleton de Paris Bazaar

Alex Korn-LA-Ouv-Feuilleton-ParisBazaar-Bergman

Avec Boris Bergman suivez les folles aventures d’Alex Korn, songwriter passé de vie à trépas. Vous découvrirez que l’Enfer n’est pas ce qu’on croit, qu’il est même très bien fréquenté et que l’ange Gabriel porte le Perfecto. Un feuilleton totalement barré. Un bonheur pur Bazaar !

Prologue : Saut de l’Ange dans la ville éponyme

… Où l’on apprend comment le songwriter Alex Korn est passé de vie à trépas…

Alex Korn-Condo-Feuilleton-ParisBazaar-Bergman

Alex , tu n’es pas raisonnable… lui dit son Jiminy Cricket qui ne le quitte jamais. Ce n’est pas une fin d’après-midi à se foutre en l’air… Quitte à mourir, va dans ta maison de Malibu, écris un mot à tes maîtresses, je sais ça va être long, et laisse-toi couler au milieu des surfers.

T’es sûr ?

– Au moins, tu ne blesseras personne… Tu habites au 27é étage… As-tu pensé qu’en sautant de ton balcon, tu risquais de blesser quelqu’un ?

– Il y a des jours où je me demande de quel coté tu es.

– J’te laisse Alex, j’ai d’autres patients à décourager de sauter du 27é étage de leur condominium…

Les palmiers ombrechinoisent le ciel de la ville des Anges. L’heure ? Entre chiens et loups, lorsque les nuages rayent le pastel de leurs nattes rousses. C’est précisément l’heure qu’a choisie Alex pour faire un saut dans l’inconnu.

Tu viens Alex ? Je t’ai préparé un sandwich au pastrami comme tu aimes, avec beaucoup de cornichons.

Alex ne répond pas. Il corrige un dernier texte. Du plus haut que son 27é, un petit homme aux grandes ailes et costume Prince de Galles surveille le songwriter. Il sait que l’autre va commettre ce que les mortels appellent sans savoir : l’irréparable. Alex Korn jette un œil vers le bas. Avec un peu de chance, il ira s’aplatir sur la banquette arrière de la Cadillac rose qu’il s’est offerte avec les droits de son premier succès. Il relève le col de son Perfecto. Vérifie le texte qui va illustrer son geste.

Voyons un peu tout ça..

« J’étais bien partie par ici,

J’me suis cassée par là,

J’ai pris le verre à pied

Pour y être avant toi… »

Non. « Avant moi » est plus de circonstance…

« Nous sommes ce que nous fûmes sans les plumes, j’t’attends au quai des Brumes »

– Ça m’va. J’y vais…

Alex enjambe le balcon qui le sépare du pastrami et de l’éternité. Il hésite. Revient sur la balcon. Cherche son stylo à plume. Ajoute un autre couplet à ce qui sera son dernier texte… Mais le vent qui souffle sur le Wilshire Bvd voit les choses autrement. Le texte vole de ses propres ailes. Alex tente de le ratrapper et tombe avec lui là où il voulait tomber : 27 étages plus bas, sur le cuir ridé d’une Cadillac passée du rose au rouge sang.

Alex Korn-Pink Cadillac-Feuilleton-ParisBazaar-Bergman

Chapitre I : Y a du beau monde au Paradis

Y a du beau monde au Paradis. Les dieux de l’Olympe, à l’exception d’Hermés qui boude pour des raisons inavouables, ont accepté de rencontrer le dieu unique qui se voile la face en toute logique car il sait qu’il ne doit pas avoir de visage. De nouveaux arrivants et quelques reporters filtrés ou exfiltrés « d’en bas » se ruent sur le buffet. Le ciel est en liesse et on ne sait pas encore pourquoi. L’Ange Gabriel lui le sait. À quelques nuages de là, un homme au costume Prince de Galles a relevé Alex.

Bonjour Mr Korn, je m’appelle Monsieur et je suis votre accompagnateur.

– Monsieur comment ?

– Monsieur Monsieur… Edgar Monsieur. Nous sommes en retard Monsieur Korn, il va falloir presser le pas. Il n’aime pas attendre…

-Il ?

L’homme pointe l’index droit vers le ciel.

– Il ?

– Vous le saurez assez tôt.

– Je peux, Monsieur Monsieur ?

L’homme au costume Prince de Galles fait oui de la tête. Il laisse Alex regarder une dernière fois le palmier qui veillait sur son condominium. L’homme invite Alex à entrer dans l’ascenseur aux parois de cristal. Il appuie sur la touche « Paradis 27é étage et demi »…

– C’est une coïncidence ?

– Quisa, quisas, quisas…

– Belle voix.

– Flatteur.

L’ascenseur décolle avec grâce. Bruits de grelots. Monsieur Monsieur s’énerve :

Ça y est, on est encore bloqués.

– En général ça dure longtemps ?

–  Ne vous inquiétez pas.Vous avez toute l’éternité pour vous inquiéter… En attendant, je vais vous rédiger le mot que vous lui remettrez. Je le connais. Je sais comment lui faire plaisir. Vous avez quelque chose pour écrire ?

– Toujours.

– Notez : « Je n’ai jamais eu envie de mourir. Je n’arrivais plus à vivre »… Ça vous plait ?

– Si je mens, je suppose que le saurez très vite.

– Exact.

– Non.

– Parfait.

– 27é, comme chez moi.

– Je customise en fonction du client…

– Et demi ?

– Le « et demi » ? c’est juste pour le plaisir d’entendre la question…

Pour la première fois depuis longtemps, Alex Korn entend la voix de son Jiminy Kriket : l’oncle Léonide celui qui prend un malin plaisir à massacrer la grammaire de toutes les langues qu’il parle couramment.

– C’est vrai. Tu avais encore des choses à faire en bas mais soyons clair, à part les méchants, personne ne t’a forcé. Le coté positif est qu’on va se revoir… Quoique c’est pas gagné… L’autre est de plus en plus capricieux…

– Qui c’est « l’autre », c’est « lui » ?

– Fais le ventriloque, comme à l’école. Je suppose que Monsieur te surveille du coin de l’œil, méfie-toi de lui. Il lui rapporte tout.

– Qui c’est le « 2é lui » ?

– Ga-bri-el…

– L’ange Gabriel ?

– « Lui » même.

– Méfie-toi de lui comme de la peste bubonique. C’est lui qui a le pouvoir…

– Comment tu sais tout ça ?

– Ce schmock à plumes veut apprendre le violon, alors je lui apprends le violon… Comme ça, j’ai quelques privilèges : un cornichon supplémentaire sur mon sandwich au pastrami, une balade tzigane au réveil…

– J’entends des voix…Vous parlez à qui ?

– Je parle tout seul Monsieur Monsieur.

Alex, je te vois plus tard, dit l’oncle Léonide la bouche pleine. Une dernière chose, Gabriel va te dire que tu étais programmé pour l’Enfer mais qu’il  » te permet de faire un stage au purgatoire », c’est du pipeau de chez pipeau… L’Enfer, c’est bien : j’y suis. Et pis, y’a tous les potes. Tous ceux qui reviennent du Paradis pour mauvaise conduite avouent s‘être plus fait chier que devant un film indépendant libanais.

Alex sort le mouchoir de tante Sarah. Il feint de se moucher.

– T’es enrhumé Alex ? s’étonne l’oncle Léonide. J’ai ce qu’il faut…

Non, mais l’autre me surveille.

– Un dernier détail, Gabriel se rêve écrivain, parolier ou homme de théâtre… Il pense que tu es la clef.

– Comme tous les imbéciles, il pense qu’il y a une recette.

– Pourquoi, il n’y en a pas ? coupe Monsieur Monsieur qui montre pour la première fois le côté obscur de sa force.

J ‘dois faire la queue avec les autres ?

– Mais non cher Mr Korn, oubliez tout ça. Nous allons prendre un autre chemin.

Les voix qui sortent des haut parleurs sont mixés par Phil Spector qui n’a rien de mieux à faire en bas, dans le quartier des condamnés à 355 ans de taule.

Jim Morrison qu’on a enfin transféré du Purgatoire en Enfer s’adresse au planton de service :

No one gets out of here alive, how about dead ?

– Calmez-vous, réplique le planton qui lui glisse sournoisement son cahier d’autographes.

Sur la file de gauche là où le néon clignote les 5 lettres « Enfer », un cousin de George Bush.Jr a attrapé le planton par le col.

Vous voulez dire que j’ai cotisé toute ma vie au club des Évangélistes pour rien ? Je vais t’arracher les plumes, ange-planton de merde ! Le planton se réajuste la cravate.

Vous pouvez y aller. Je suis immunisé a la douleur et les plumes comme je suis immortel , ça repousse…

– Je ne vois pas le rapport, soupire l’évangéliste.

Pourquoi voulez-vous qu’il y en ait un ? répond l’ange.

Hé oui, c’est comme ça tous les jours… soupire Monsieur. Et cela depuis le début des temps. Plus que deux virages et nous sommes arrivés.

De son rétroviseur à plumes, Ernest, ou était-ce Edgar ?, Monsieur a bien noté qu’il était épié et même suivi.

Excusez-moi Mr Korn, il faut que j’appelle.

Monsieur s’arrache une plume et la porte à ses lèvres :

Vôtre Angerie, j’ai l’impression confuse que nous sommes suivis et que les suiveurs sont… Enfin, vous voyez qui…

Depuis son bureau, l’Ange Gabriel ne s’étonne pas plus que ça.

Je n’aurais jamais dû permettre leur transfert en Enfer. Ils y retrouvent toutes leurs mauvaises fréquentations et voilà ce qui arrive.

– Mais le Paradis est tellement chiant, vôtre Angerie. Il faut les comprendre.

– Je trouve votre sympathie pour ce metteur en scène rital et ce rocker héroïnomane extrêmement suspecte. Vous vous morteliser Monsieur. Changez avant que je vous mute.

– Que cela soit écrit et s’accomplisse, vôtre Angerie. Nous sommes en route et toujours suivis.

Alex tourne la tete vers les deux ombres. La première chuchote :

Tu viens Jim, je crois qu’on est repérés.

– T’as raison Sergio…

Monsieur colle ses lèvres à l’oreille d’Alex :

Tu n’as rien vu, tu n’as rien entendu… C’est dans ton intérêt.

Nous Sommes ce que nous Fumes-Ange-Désir-ParisBazaar-Bergman

Chapitre II : Moi Gabriel, toi Alex

… Où l’on apprend que Gabriel, écrivain en herbe, n’est pas toujours un ange. Et qu’il rêve de collaboration artistique avec Alex Korn…

Je vois que vous avez admiré la porte de mon modeste bureau cher Alex… Je peux vous appeler Alex ? Hé oui,  je peux. C’est la réplique exacte de la porte des studios Cinecitta au début des années 40, comme vous le savez commandées par le Duce… Le Duce, ah… mais ne nous égarons pas cher Alex… D’abord, bienvenue parmi nous !

L’ange Gabriel, car c’est bien « lui » pichenette un grain de riz insistant de son Perfecto flambant neuf. Un bruit de grelots le rappelle à l’ordre.

Excusez-moi, une urgence. J’avais bien dit qu’on ne me dérange sous aucun prétexte, vous savez qui j’ai dans mon bureau ?… Bon, branchez la vidéo sur la section 5…

Bonjour vôtre Angerie, nous avons un problème ici a la section 5. Il semblerait que deux des nouveaux arrivants se soient procurés des objets contondants… Regardez, ce que nous avons filmé il y a une heure…

Gabriel, Monsieur et Alex levent la tête vers l’écran où deux hommes échangent à voix basse.

Je dois retouner à Rome, Jim. J’avais un film en préparation.

– Sergio, tu crois qu’ça m’a fait plaisir de crever d’overdose dans les chiottes d’une boite à la mode… J’avais encore suffisamment de chansons pour faire un triple album.

– De qui parlez-vous ? ose Alex.

Deux collègues à vous cher Alex… Monsieur, laissez-nous et profitez-en pour régler le problème de ces deux irréductibles.

L’ange Gabriel appuie sur la touche verte de la télécommande. Un rideau à l’ancienne révèle une multitude d’objets brillants à souhait.

Ce sont les disques d’or et les oscars de ceux que j’ai sauvés de l’ennui du Paradis pour qu’ils déclarent leur flamme à celles de l’Enfer… Pas mal, hein ? Allez, ne m épargnez pas. Je peux tout entendre, et d’ailleurs j’entends tout…

– J’ai soif.

– Quel mauvais hôte je fais. Coca Light , coke cristal, red libanese, hawaïan stick… ??

– Merci, Gabriel. Mais j’ai tout arrêté. Ça m’rendait parano.

– Et vous aviez de toute façon de bonnes raisons pour le devenir.

– Je vois que vous êtes au courant…

Gabriel lève le doigt au ciel.

C’est « lui ». J’ai son numéro de portable… Vous avez l’air étonné… Je sens que c’est à-propos du concept Enfer-Paradis, j’me trompe ?… Il est vrai que nous faisons à dessein, au travers de nos représentants du culte sur terre, une mauvaise publicité à l’Enfer. Nous ne voulons pas que nos futurs clients se bousculent aux portes du Paradis… Comme vous n’allez pas tarder à le constater, cher Alex, l’Enfer est en vérité beaucoup plus agréable : meilleurs musiciens donc meilleure musique, belles nanas et super Weed…

– Gabriel…

– Oui ?

Jim et Sergio…?

– Je n’ai pas le droit d’en parler, ils sont à l’isolement.

Les ailes de l’ange Gabriel passe d’une très belle teinte turquoise à un rouge presque agressif.

Alex Korn-Weed-Feuilleton-ParisBazaar-Bergman

À suivre…

Où l’on apprendra dans le chapitre 3 que l’Enfer est quand même l’Enfer et que l’on n’a pas forcément envie d‘y rester…

Boris Bergman

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