Nous Sommes ce que nous Fumes : le Feuilleton de Paris Bazaar

Avec Boris Bergman suivez les folles aventures d’Alex Korn, songwriter passé de vie à trépas. Vous découvrirez que l’Enfer n’est pas ce qu’on croit, qu’il est même très bien fréquenté et que l’ange Gabriel porte le Perfecto. Un feuilleton totalement barré. Un bonheur pur Bazaar !

Chapitre XII : « Sous le plus grand Chapiteau du Monde : du Goudron et des Plumes »

« Ça devait arriver,

La statue s’déboulonne.

Faut-il qu’on lui pardonne ?

Seulement avec les yeux

De s’êt’ pris pour un dieu,

Il faudrait qu’il assume…

Il est ce que nous fumes sans les plumes

Fin des temps on s’attend

Rendez-vous quai des Brunes. »

Ava se repoudre le nez.

– Tu préfères qu’on te goudronne en position christique ou façon cannibale de série B, mains et pieds attachés à une batte de cricket ?

– Il ne répond pas, Ava.

– C’est normal. Norma lui a mis la main sur la bouche.

Gabriel reprend son souffle.

– La première…

– Eh bien, ce sera la deuxième, ricane le croupier. Comme je suis drôle. N’est-ce pas, Sergio ?

– Certo, signor Croupier de la Noche.

Nous Sommes ce que nous Fumes-Ava-ParisBazaar-Bergman

Quelques heures plus tôt. Salle de billard-nuit.

L’Ange aligne ses petits origamis.

Ils sont beaux, n’est-ce pas ?

– Gabriel, il faut que tu lâches du lest. Laisse partir ceux qui n’en peuvent plus.

– Et pourquoi je ferais ça, monsieur Vladek de mes deux ?

– Parce que du côté de la zone A, ça sent l’incendie.

– Les incendies, c’est fait pour s’éteindre. C’est à peine une révolution, juste un retour de bâton. Une révolution, c’est chiant. On sait comment ça se termine. Le chasseur devient le chassé. L’homme qui renverse Gabriel sera pire que Gabriel… Qui est cet homme ?

– Je ne sais pas, Gaby

Tu le sais. J’ai été un père pour lui. Il était normal qu’un jour le fils me bouffe.

Gabriel s’arrange l’accroche-cœur dans le miroir. Il poursuit.

Un genre de repas totémique, si j’en crois Lévi-Strauss. À propos de ce dernier, mon jeans de cérémonie est prêt ?

– Il a eu ses vapeurs Gaby, il t’attend dans ton boudoir.

– C’est pas une place pour… C’est quoi ce bruit ?

– Casse-toi par la trappe.

– Tu viens avec moi ? Non, bien sûr, tu n’es pas de mon côté.

– Je ne suis plus de ton côté.

– Et tu quoque mi fili…

– … N’est pas César qui veut, Gabriel.

Nous Sommes ce que nous Fumes-César et Brutus-ParisBazaar-Bergman

Mitchum fait d’un coup de santiague tomber le pont-levis. Le groupe des 7 fait irruption dans la salle de billard : Mitchum, Sinatra, Ava, Norma, Buddy Holly. Monsieur et le Croupier ont la banane. Léone et Morrison gardent la porte. Les robots de Fink ne sont jamais loin…

On l’habille ?

– Le goudron tiendra mieux à même la peau.

– Bien vu, Frank…

–  Merci, Ava.

Le groupe des 7 porte celui qui fut l’Ange Gabriel dans la salle de sport. Il l’accroche au portique. Frank se racle la gorge. Marilyn lui barbouille les lèvres de son rouge préféré.

C’est dommage que la Taylor ne soit pas là, elle aurait adoré ta fin.

– Et pourquoi cela, ingrate ? répond le goudronné.

Parce que si j’ai bonne mémoire, malgré toutes les saloperies que toi et Papitok m’avez fait ingurgiter, « Soudain l’Été Dernier » est ton film préféré… Tu te rappelles de la fin ?

– Non.

– Eh bien, tu vas la vivre…

– Pourquoi, ingrate ?

Mitchum rallume un clop avec son clop.

C’est mortel.

Le croupier se cure le nez.

En tout cas ça n’va pas tarder à l’être. Le meilleur arrive.

L’oncle Léonide et Alex se sont pointés dans la salle de sport suivi d’un John Fink menotté.

Goudronnez-moi ça aussi.

– On va manquer de plumes, rétorque Buddy Holly

Tu n’as qu’à plumer l’Ange.

–  Merci, Bob.

Alex se gratte la tête comme au temps où il cherchait la phrase qui tue pour commencer un texte.

– Tu peux m’dire ce qu’il se passe, Tonton ?

– Nos acteurs enduisent Gabriel et sa récente âme damnée de goudron. C’est Marlène et Ava qui vont lui coller les plumes.

Nous Sommes ce que nous Fumes-Marlène-Portrait-ParisBazaar-Bergman

Marlène vocalise. Elle est prête. Elle chante :

Ich bin von fuss bis kopf auf liebe eingestellt doch ist mein welt und sonst gar nicht… »

– Poupoupoupidou

– Merci, Norma

– De rien, Marlène.

Sinatra est prêt lui aussi.

–  He’s quite an angel but he’s a trump…

–  « A trump »…  c’est trop doux pour ce mégalo qui nous retient ici depuis… Depuis ?

Buddy Holly enlève ses lunettes. Trop d’émotion, trop de buée.

Marilyn s’approche de l’Ange qui sent l’asphalte.

T’as bien dit « ingrate » ? Attends, Buddy tu m’prêtes tes lunettes ?

– C’est bien parce que c’est presque toi, Norma…

Nous Sommes ce que nous Fumes-Buddy Holly-Lunettes-ParisBazaar-Bergman

Journal d’une Marilyn

Je m’appelle Norma comme la vraie. Norma Mc Leod.

Mon père est mort lors d’une bagarre avec le sien. Ma mère est partie pour New York. J’avais huit ans. Je rêvais déjà d’être la nouvelle Judy Gardland.

Le dimanche, je me glissais entre les spectateurs, pour assister à une matinée de « Lady in the Dark » où j’ai vu Danny Kaye pour la première fois. C’était aussi sa première fois. Il chantait ‘Tchaïkovski ».

Un an plus tard, un producteur m’a fait miroiter un Hollywood où je serais la nouvelle fausse blonde du 35 minimètres.

Il est parti un matin avec ma caisse…
Vague de chaleur sur Hollywood Bvd.
Un ashkénaze alcoolique qui est aussi agent a pitié de moi.

Il me trouve un job de chanteuse à Vegas…

Je connais le meilleur du pire. Les stars déchues qui vous tombent dessus avant de s’endormir la braguette ouverte. Le joueur de poker à sec qui vous ajoute à sa mise…

Gabriel, enfin Goufalopoulos de son nom d’origine, vient me voir dans la loge collective. Il me traite comme une princesse… Il me chante du folklore grec jusqu’à l’aube sans jamais avoir un geste déplacé. Plus tard, il m’engagera pour un show dans un endroit qui doit selon lui rester secret.

Il y a de cela… Je n’sais plus…

Nous Sommes ce que nous Fumes-Marylin-Hollywood Bvd-ParisBazaar-Bergman

Maryline frappe le crâne de Gabriel de son escarpin.

Au fait, pourquoi tu m’as confisqué ma collection de cartes postales à l’effigie des Kennedy ? J’avais rien fait, enfin rien de grave. Juste dévoré le cheesecake que Monsieur t’avait préparé pour ton anniv’… Pas de quoi m’ punir… Ça va ? J’ te fatigue pas trop Gaby… ? Ma parole, tu pleures… Ça, c’est nouveau. Hey, le club des Oubliés, l’Ange Gabriel fait fondre le goudron…

Tous ensemble :

For he’s a jolly good fellow… For he’s a jolly good fellow… For he’s a jolly good fellow…

Mitchum se lève :

– … And so say all of us… Allez, chante Gaby. Toi aussi, petit ragondin. Fink ? C’est bien ça ?

Fink et Gabriel s’exécutent.

– … And so say all of us…  And so say all of us…

Norma leur pince le nez.

Poo-poo-pidoo…

On applaudit.

Monsieur, alias Vladek baisse les yeux. Il envoie un baiser à Norma Mc Leod, alias Norma Jean.

Ne t’inquiète pas, Monsieur. Tout va mieux. J’ai le droit de t’appeler Vladek ?

– Bien sûr, Marilyn. Tu n’m’en veux pas trop ?

– Je n’en ai jamais voulu à personne… C’est ça mon problème… J’ai fini par croire que j’étais la petite Norma Jean, devenue Marilyn d’un coup de baguette magique des studios…

Alex tend son mouchoir brodé à Léonide.

C’est Norma qui me l’a donné. Dis-moi Tonton, quelle est la véritable identité de Morrison et de Leone ?

– Ah non, eux ce sont les vrais.

– Et tu gardes ça pour toi depuis le début ?

– Ça t’aurait mis en danger, Alex. Et tu aurais fini comme Pavel Papitok.

– Il a raison, signor Korn…

La tête de Leone apparaît entre l’oncle et le neveu

–  Notre mort, à savoir celle de Jim Morrison comme la mienne, a été organisée par Il piu grande Figlio di Mignota del Mondo : Evangelis Gofalopoulos, l’ex-maitre de ces lieux. Je te donnerai les détails quand nous serons à la croisée des chemins.

La croisée des chemins ?

– Fratello… À la fin de notre petite sauterie, nous allons nous rendre à la salle de billard. Petit a : soulever la trappe. Petit b : descendre par l’échelle de soie du regretté Gabriel.

– Vous allez-nous le tuer ?

Non, juste le laisser dans ses vingt mille mètres carrés de solitude et murer cet endroit.

– Il va s’ennuyer tout seul.

– Il a John Fink qui pourra désormais avoir la langue de la même couleur que les fausses Docs de l’Ange. Bon, tu t’souviens des instructions : tu descends de l’échelle, qu’est-ce que tu vois ?

– Un début de galerie de photos Harcourt sur le mur de gauche.

– Giusto.

– Si je me souviens… Arrivés à Gary Grant on tourne à droite.Un kilomètre plus tard, l’ affiche de « Singin’ in the Rain » et… À nous la beuh, la zique et les femmes !… J’ai bien travaillé Sergio ?

– Certo. Tu as bien travaillé, Jimmy.

Jim Morrison se passe la main dans les cheveux.

 

 

Nous Sommes ce que nous Fumes-Trapèze-ParisBazaar-Bergman

On y retourne, les amis. J’ai installé quatre gigantesques HP Lockwood autour de l’Ange et de Fink. Je règle les potards au maximum et je leur passe les œuvres complètes du Velvet et des Doors.

– Tu vas leur éclater les tympans ?

– C’est le but, Alex.

– Caro Jiminy, laisse-moi finaliser le plan de sortie. Nous n’avons que quelques heures avant que les fidèles de l’Ange viennent nous gâcher la fête… Arrivés au poster de « Trapèze » on se sépare… Et deux kilomètres de photos de l’Ange plus tard, -ça va être dur, il ne nous reste plus qu’à grimper sur l’autre échelle pour respirer le bon air du désert.

– Léonide et moi ?

– Vous êtes presque arrivés Alex. Vous le saurez par le bruit des machines à sous et le tintement des jetons qui tombent desbandits à un bras. Ferme les yeux, Alex… Visualise : vous êtes devant la petite porte en acier… Vous chantez « Mi la mi la mi »… De l’autre côté de la porte on vous répond « Do ré la… »

???

– C’est le mot de passe pour le frère du Croupier de la Nuit qui est lui-même croupier. Il vous ouvre. À vous la vie et les filles aux oreilles de lapin… En attendant Amici, on retourne à la salle de sports. Je crois que nos séquestrés ont encore des choses à dire. Regarde le Croupier, on va en apprendre de belles…

À suivre…

Où l’on apprendra, dans le chapitre XIII,  que Grecs orthodoxes et Mormons font parfois bon ménage, et qu’il ne faut se fier aux apparences que lorsqu’elles vous sont présentées comme telles…

Boris Bergman

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