Nous Sommes ce que nous Fumes : le Feuilleton de Paris Bazaar

Nous Sommes ce que nous Fumes-Gene Tierney-Ouv-ParisBazaar-Bergman

Avec Boris Bergman suivez les folles aventures d’Alex Korn, songwriter passé de vie à trépas. Vous découvrirez que l’Enfer n’est pas ce qu’on croit, qu’il est même très bien fréquenté et que l’ange Gabriel porte le Perfecto. Un feuilleton totalement barré. Un bonheur pur Bazaar !

Chapitre IX : Ça n’me dit pas ce qu’est devenu Pavel Papitok…

« Narco touriste à Amsterdam

Papillon cramé

Les ailes au ras d’la flamme

On t’a rêvé près du canal… »

– Pas mal, Alex. Et après ?

– Après c’est à vous, mon Angerie.

– Qu’il est bête, mon dieu qu’il est bête.

Gabriel tapote le crâne d’Alex. Alex arrache une plume de l’ange. Tout le monde est content. Marlène roule sa dernière galoche au garçon d’ascenseur.

« Ich bin von kopf bis fuß

Auf liebe eingestellt`

Doch ist ist meine Welt

Und sonst gar nichts… »

– La tedesca… Mama mia quel talent…

– Tu viens, Sergio. On n’a pas l’temps.

– ???

– Tu n’reconnais pas l’eau d’Cologne de John Fink ? S’il nous trouve nous sommes cuits et notre projet d’évasion avec.

Nous Sommes ce que nous Fumes-Gene Tierney-Laura-ParisBazaar-Bergman

Salle de billard. Projection privée en 35 mm. Les participants : Léonide, Monsieur, John Fink, Alex et l’Ange Gabriel. Le film : Laura d’Otto Preminger. Léonide s’assoit à même le sol. Fink sur le siège qui lui est réservé.

– Et Preminger ?

– Il n’est pas encore prêt, votre Angerie.

– Tu peux m’appeler Gabriel devant Alex. Il fait partie de la famille, sinon il ne serait pas ici.

Alex ne quitte pas Léonide des yeux. Inversement et pour cause… Quelques heures plus tôt…

Flashback…

Alex : Le Croupier de la Nuit ?

Jim M. : Non, je connais cette démarche. C’est le chef, notre chef…

La clef fait un demi-tour dans la serrure de la chambre d’Alex.

– Bravo, Jimmy. Le seul a avoir la clé est…

– Léonide ?

– Oui, Alex. C’est bien moi.

– Je m’en doutais. Raconte.

– Je t’l’ai déjà dit. Tout s’explique et tout va s’expliquer sauf qu’il y a urgence… Je le sais par monsieur Monsieur.

– Ah, parce qu’il est aussi dans l’coup ?

– Pas depuis longtemps, Alex.

– Bref. Je sais par Monsieur que Gabriel et ses pantins ont des présomptions graves et concordantes quant à la participation de notre petit groupe qu’il a nommé : « la Révolte des Traîtres ».

– Le petit groupe c’est qui, Tonton ?

– C’est tout l’monde. Marylin, Sinatra, la Garner, Mitchum et même la Gloria Graham.

Léone et Morrison lèvent les yeux au ciel en se raclant la gorge.

– J’ai réussi à la faire venir jusqu’ici. Je la présente ce soir à Gabriel. Il a toujours été un grand fan de l’actrice. Il va sans aucun doute essayer de l’honorer dans la salle des plaisirs. Pendant le court moment où il va lui montrer sa collection de photos dédicacées, nous pourrons inspecter la salle de billard. Vous l’avez compris, nous n’avons pas beaucoup de temps.

Léone se lisse la barbe.

– Espérons, amici, que la trappe…

– Sortir sera déjà une bénédiction, Sergio.

-E vero, Dottore.

Les trois synchros : Amen.

… Fin du flashback

Nous Sommes ce que Nous Fumes-Laura-ParisBazaar-Bergman

L’Ange Gabriel trampoline le fauteuil en velours. Traveling sur Dana Andrews. De dos, au pied du tableau de Laura qui se prend pour Gene Tierney.

C’est magnifique. N’est-ce pas, Léonide ?… N’est-ce pas, Alex ? Vous ne dites rien, monsieur Fink… Faites-moi un « Ah » d’admiration ou je vous répudie. On s’exécute ?

Léonide à voix basse :

Si ça pouvait être vrai.

Fink ouvre grand la bouche:

Ahhhh…

L’Ange s’est levé.

On arrête et on s’refait le film demain. Pas encore de Gene Tierney en vue Monsieur Monsieur ?

– On s’en occupe, Gabriel.

– Tu dis toujours ça… Marlène était contente de sa robe en lamé ?

– Elle ne l’a pas encore essayée.

– Quand je pense au mal que je me suis donné pour qu’elle ait la réplique exacte de la robe qu’on a cousue sur elle lors de sa dernière tournée en Allemagne… Avec Burt Bacharach s’il te plait… Non, mais regardez-le.

L’Ange claque des doigts. Fink se réveille.

Tu écrivais des chansons avant de venir ici et tu ne connais pas Burt Bacharach ?? Monsieur, emmenez-moi cet analphabète dans la salle de rééduc ! Et ma Gloria Graham, elle est où ?

– Je suis là, votre Angerie.

– Oh, merci à vous tous… Elle porte la robe qu’elle avait face à Bogart dans « In a Lonely Place »… Comme c’est gentil… J’ai vu tous vos films.

– Merci, votre Angerie.

– Vous êtes responsable de ma première érection…C’était au moment où vous mourriez dans les bras de Glenn Ford

– « The Big Heat »,  soupire Fink qui n’a pas encore quitté la pièce.

– Bravo, Fink ! Vous êtes pardonné. Relâchez-le… Et si nous allions dans ma bibliothèque consulter mes archives, chère Gloria ? Nous pourrions tourner les pages ensemble…

Je m’en réjouis d’avance, cher Ange.

– Appelez-moi Gaby, ce sera plus simple.

L’Ange et Gloria s’éloignent. Flashs de projecteurs. On entend Gabriel susurrer : « Pas d’autographe ce soir, désolé… Un autre soir, peut-être ».

Il aime le cinéma, Léonide.

– Il lui sera beaucoup pardonné, Alex…

Découpage de moquette située sous la table de billard. Petite poignée en sterling silver. Contre-plongée sur les trois caballeros d’un soir.

C’était donc vrai… (Et en plus ils sont synchros)

Léonide se gratte la tête.

– On y est arrivés, Monsieur Monsieur. Boude pas, Alex. Je te dirai tout, mais là on n’a pas l’temps… En plus, c’est d’ici que Gabriel écoute tout le monde. Je n’suis même pas sûr qu’il ne s’écoute pas en cachette pour savoir le mal qu’il se dit de lui.

– Alex, va prévenir Leone qu’il prévienne Jim. L’opération « Jour J-vais point G final » peut commencer.

Alex jette un œil sur l’échelle qui descend de la trappe. Il aperçoit sur le mur une affiche de péplum italien.

Intéressant…

– Grouille, Alex ! On a peu d’temps avant qu’ils reviennent.

– T’es sûr ?

– Je n’suis sûr de rien, Alex. Mais son p’tit doigt me dit que l’ange est trampoline ascendant lapin… L’entretien ne devrait pas durer plus de cinq minutes chrono. En conséquence, on recouvre la trappe, on s’en va et on s’organise.

– Ok,  j’y vais.

– Et pourquoi ce sourire, Alex ?

– On va sortir pour aller où ?

– Dehors.

– Ça veut dire qu’on est à l’intérieur ? À l’intérieur de quoi ?

– T’es pire qu’un talmudiste.

J’entends des voix. On met les voiles.

On a tamisé les lumières du couloir de la zone A. Alex se tient droit devant la porte de Sergio Leone.

– Mi la mi la mi…

– Do ré la… Tu chantes juste, Fratello. Tu peux entrer.

Léone ouvre l’armoire aux souvenirs. Il sort un mégaphone. Se racle la voix :

The fire is lit… Je répète, The fire is lit… Ça y est, il a entendu.

– T’es sûr, Sergio ?

– Tu n’as pas entendu ? Il a fredonné de « I’ll be your mirror »de sa copine Nico.

– ??

– Nico du Velvet Underground.

– Et alors ?

– « I’ll be your mirror » Je serai ton miroir. Ça veut dire qu’il a compris le message, Alexio. Sauve-toi ! Si Fink et ses traditorite trouvent ici, on est bons pour la salle de rééducation.

– Ça fait mal ?

– Non, mais c’est chiant.

– Je peux te poser une question, Sergio ?

– Une seule.

– La photo à côté du mégaphone, c’était où ?

– C’était à Hawaï. J’ai failli me faire bouffer les coglioni par un requin blanc. C’est la Cardinale qui m’a sauvé.

Mal rasé par Alex, le mur du couloir qui le mène à sa chambre. Il pense à Leone. Hawaï et le requin lui rappellent le bassiste de Bo Craddock. Celui qui s’est fait bouffer les deux pieds par un cousin du requin blanc. Il ne pouvait plus assurer les tournées du chanteur, mais Bo l’appelait toujours pour ses enregistrements en studio. On le roulait jusqu’au micro. Quand Bo lui demandait de la console si tout allait bien, il répondait : « Grâce au fric que tu me fais gagner, je vais pouvoir me payer une belle paire d’arpions en titane ».

Journal d’Alex

« Imaginons qu’un requin me mange la main droite, je pourrais toujours enregistrer les débuts de mélodies et de textes sur un magnéto. Ne plus entendre le stylo à plume griffer le papier me serait insupportable… Et puis, salut la recherche des accords sur ma guitare de manchard…  Ai-je bien entendu le chant du coq ? C’est un enregistrement où Jim Morrison qui nargue John Fink et ses pantins… Qu’importe… Ce jour-là, nous sommes sortis du studio à l’aurore. Sue m’a pris la main :

– Qu’est-ce que tu regardes, Alex ?

– La beauté du ciel.

– Tu devrais en parler à Bo…

– Il déprime encore ?

– Il est persuadé que personne ne l’aime. Que son album en passe d’être mixé est de la merde. Il a ajouté : (Alex et Sue synchros) « Il y a des jours où je voudrais m’endormir et ne plus me réveiller. »

Nous Sommes ce que nous Fumes-Nico-ParisBazaar-Bergman

Milamilami?

– Doréla?

– C’est toi, Sergio ?

– Non c’est Léonide, ton oncle.

– Entre.

– Pas l’temps. Demain, séance de travail avec le tyran à plumes puis visite obligatoire au bureau des fleurs… On vient… Cache-moi.   

Alex referme la porte des toilettes sur l’oncle Léonide. Un bruit de galoches suivi d’un grincement de cuir de guêtres, c’est le Croupier de la Nuit et son pote.

– Deux fois en une semaine, c’est pas normal.

– Léonide, je ne te demande pas d’m’expliquer, tu vas encore botter en touche.

– Ça veut dire que le croupier et le mormon n’ont pas été payés. Je n’aimerais pas qu’ils fassent du mal à notre Gabriel.

– ??

– C’est nous qui allons lui donner du goudron et des plumes.

– C’est chouette, Tonton. Plus tu racontes, moins j’comprends.

– Fais-toi du bien. Va écrire sur Sue, ses rollers, son joli petit cul, la trahison de Bo Craddock… Ça te fera des vacances avant d’avoir le choc de ta vie.

– Ok… mais ça ne me dit pas ce qu’est devenu Pavel Papitok.

– Je te rassure, il est bien mort.

– Effectivement, c’est rassurant.

À suivre…

Boris Bergman

 

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